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Culture | Par Mohamed Rahmani | 14-01-2016

Le patrimoine culturel est un atout touristique

Culture et tourisme : l'osmose tant espérée

L’osmose entre tourisme et culture n’est plus à démontrer du fait de l’interpénétration de ces deux secteurs où l’un et l’autre sont solidaires et se soutiennent mutuellement. Le tourisme ne peut se développer sans la culture car celle-ci est son premier atout pour faire du pays une destination touristique par excellence. L’argumentaire présenté par les agences de voyages s’appuie essentiellement sur la découverte d’un pays, de nouveaux horizons, de nouvelles cultures, de nouveaux «way of life», de l’Histoire, de l’art dans toutes ses expressions, des sites historiques ou archéologiques pour convaincre le touriste et l’inciter à visiter le pays en question.

Dans les pays voisins, et en dehors de leurs cultures spécifiques qui, depuis ont été développées par l’institution de festivals dédiés au cinéma, aux arts plastiques, à la chanson et aux musiques du terroir, le «filon» exploité et surexploité, on en est venu jusqu’à puiser dans le patrimoine culturel algérien que l’on s’est approprié. «La table de Jugurtha», une montagne au sommet plat baptisée ainsi, située entre Sakiet Sidi Youcef et El Kef en Tunisie, est présentée comme étant une retraite du roi numide, une sorte de citadelle imprenable qui dominait toute la vallée et où les armées romaines étaient défaites. Les touristes qui y affluent, apprécient les légendes savamment racontées par les guides touristiques bien formés pour susciter encore plus la curiosité des visiteurs. Ces derniers racontent ce qu’ils ont vu et vécu autour d’eux et cela ramène encore plus de touristes. Or, Jugurtha est un roi amazigh, Numide, qui a vécu dans la partie algérienne de la Numidie. C’est un produit algérien de pure souche qui est chez nous prisonnier des plis d’une Histoire amnésique, malmenée, pervertie et travestie par des politiques, selon les objectifs visés.

L’identité, l’authenticité, le patrimoine et la culture dont notre ministre du Tourisme a fait son cheval de bataille pour relancer ce secteur moribond périclitent et sont exploités et détournés par d’autres qui n’ont rien à avoir avec notre identité et notre authenticité. L’histoire des frères Aaroudj, Barberousse, est elle aussi exploitée et détournée par la Tunisie qui propose à Carthage-land (Hammamet) un circuit sur barque où on raconte les aventures et les péripéties de ce corsaire fondateur de la Régence d’Alger avec des actions simulées, des batailles factices et un bruitage bien orchestré. Un émerveillement pour les touristes qui payent pour découvrir cette histoire tant vantée. Là aussi c’est l’Histoire de l’Algérie du XXVe et XXVIe siècle qui sert au développement du tourisme chez les autres.

Saint Augustin l’Algérien, l’université de Madaure, Taghaste, Tubirsicu Numidarum ont été un autre filon pour le tourisme tunisien qui en a profité à fond. «Vous voyez ces montagnes là-bas, juste derrière, il y a l’antique Taghaste et Madaure, là où est né Saint Augustin, là où il a étudié mais vous ne pouvez pas y aller, c’est une question de sécurité pour vous», expliquait alors aux visiteurs étrangers, en 1998, un guide touristique au niveau du poste frontalier de Sakiet Sidi Youcef à quelques centaines de mètres du territoire algérien.

Ces filons qui sont sur les terres algériennes, cette histoire plus que millénaire, ces sites archéologiques témoins de civilisations qui sont passées en Algérie peuvent à elles seules relancer et développer le tourisme pour peu que l’on s’y intéresse vraiment. Des circuits touristiques et des itinéraires bien étudiés peuvent être élaborés «Sur les pas de Saint Augustin», «Visites guidées sur les traces de Barberousse», Tombeau de Massinissa (El Khroub), de Syphax (Aïn Témouchent), de Tin Hinan à Abalessa, dans l’Ahaggar, visite du musée Bardo à Alger et bien d’autres. Des guides touristiques formés pour prendre en charge ces circuits, des hôtels aux personnels accueillants, des conditions de séjour agréables, des plats du terroir, le fameux couscous, plat national, Deglet Nour et autres constituent les «ingrédients» d’une réussite dans ce domaine.

La directive du ministère du Tourisme qui veut que les hôtels soient une vitrine de l’identité, de l’authenticité, du patrimoine et de la culture est une initiative fort louable mais il faudrait d’abord qu’il y ait des touristes. Nos représentations diplomatiques à l’étranger ne font pas assez pour la promotion de la destination Algérie, celle-ci ne figure pas sur la liste des tour-operator et pour l’y inscrire, il faudra beaucoup de travail, d’initiatives quitte à inviter les patrons de ces agences à visiter le pays avec une prise en charge totale, et leur faire faire des circuits bien déterminés avec des guides compétents.

Nos artistes et hommes de culture ont accueilli avec beaucoup de satisfaction cette directive mais n’y croient pas trop. «Je suis heureux que l’on ait pensé à la culture pour promouvoir le tourisme, c’est une vision tout à fait appropriée mais cela n’est pas réaliste dans la mesure où les patrons d’hôtels ou d’établissements de ce type ne vont pas l’appliquer et je sais de quoi je parle. Ces derniers ne pensent qu’à engranger des recettes sans se soucier de l’avenir du tourisme et encore moins la culture. L’Etat n’a pas pu exercer son contrôle sur la conformité de ces hôtels, du point de vue propreté, hygiène, ameublement, qualité des personnels et autres, alors appliquer cette mesure relève du surréalisme», nous a confié un peintre.

La réalité est là, amère et cinglante, il faudra beaucoup de temps pour que les mentalités changent, pour que tout le monde comprenne que la culture est indispensable, vitale même, que ce soit pour le tourisme ou pour la vie de tous les jours.

  M.R.

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