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Culture | Par Nasser Hannachi | 14-01-2016

En attendant de trouver les moyens d'attirer les touristes

Le cachet patrimonial exigé pour développer le tourisme

L’innovation et le management sont désormais les deux atouts majeurs dans les stratégies à adopter aussi bien pour une entreprise que pour une politique dans cette période caractérisée par une concurrence mordante pour conquérir des parts de marché, tant en interne qu’à l’internationale dans un monde et une économie globalisés. Le secteur de tourisme n’échappe pas, de l’avis des experts, à cette règle. D’ailleurs, la métamorphose pour permettre au secteur de tirer profit de toutes ses potentialités a déjà été entamée dans tous les pays où le tourisme a sa place dans l’économie et contribue au PIB du pays de manière conséquente.

En Algérie, on songe depuis longtemps à faire du tourisme un secteur producteur de richesses et chaque responsable apporte sa vision, recette et méthode pour y parvenir. La dernière recommandation en date est celle du ministre du Tourisme et de l’artisanat, Amar Ghoul, qui a demandé, lors de l’inauguration du 10e Salon international des équipements et services pour l’hôtellerie à Alger, l’intégration du cachet culturel local dans l’équipement et la décoration des hôtels et des infrastructures touristiques. Le ministre insistera sur la nécessité que les produits artistique et artisanaux soient l’émanation de la culture et du patrimoine algériens, excluant de ce fait la dimension universelle des arts. Donner une large part à la culture locale est, certes, nécessaire, mais on ne peut pas couper les liens que toute culture a avec les autres cultures du monde. La tutelle insiste sur le patrimoine dans son large spectre et expressions pour les embellissements, et semble omettre un atout majeur de promotion qui est celui de l’ouverture vers le monde via ces passerelles culturelles.

Que les infrastructures touristiques et hôtelières algériennes accordent à la touche ornementale purement locale une bonne place pour mettre en valeur le patrimoine sous ses multiples compositions, ce n’est jusqu’ici guère une nouveauté ni une innovation. Les hôtels existants, bien avant l’arrivée de l’actuel ministre à la tête de ce secteur névralgique, avaient chacun son cachet local. D’une région à l’autre, ils ont leurs propres spécificités puisées dans le mobilier et décorations artisanaux utilisés. Ça va des simples ustensiles et tableaux à l’ameublement des chambres, salons, lobbys, restaurants et autres espaces. Le touriste arrivant peut tout de suite voir qu’il est dans un décor «exotique» qui lui offre un échantillon de la culture locale. Mais faudra-t-il encore que ce touriste vienne…

Or, le tourisme peine à décoller depuis la décennie noire, ce qui exige une politique de relance intégrant des paramètres bien définis, dont la ressource humaine, pour la promotion du secteur. Le responsable veut redorer à sa manière le blason d’un créneau aux antipodes des normes universelles, et ce, en prônant une vitrine originale comme l’ont déjà fait de nombreux pays dont les deux voisins que sont le Maroc et la Tunisie. L’Algérie a autant d’atouts et d’outils. Elle recèle un gisement inestimable en la matière pour peu que la créativité et l’imagination dans les rangs des designers, artistes et artisans l’emportent sur les conceptions basiques.

Une autre condition s’impose à ce schéma novateur pour concrétiser cette «vision» ministérielle. Il s’agit de l’implication directe des collectivités locales dans les projets en perspectives. Si pour le secteur public, il sera facile d’imposer l’intégration du cachet culturel, il en sera tout autrement pour le privé. Dès lors, une alternative se dégage : la force ou la diplomatie. Les pouvoirs publics devront obliger les propriétaires d’hôtels et d’infrastructures touristiques à adopter ce cachet culturel en l’inscrivant dans le cahier des charges à satisfaire pour obtenir le droit d’exercer ou de se rapprocher des promoteurs privés, et les persuader d’opter pour des embellissements et équipements produits par des ateliers, artistes, artisans et designers s’inspirant de la culture locale dans leurs travaux.

Dans les deux cas, la démarche, si elle se concrétise, sera une bénédiction pour les artisans qui ont toujours du mal à vendre leurs productions, car, elle leur ouvrira la voie vers non seulement la commercialisation mais aussi la promotion. L’entreprise n’est pas aisée, malgré les engagements étatiques dans le soutien de ces activités qui renaissent aux quatre coins du pays. «Peu de propriétaires se soucient du cachet séculaire d’un produit et de sa dimension patrimoniale. Leurs seuls soucis est la rentabilisation de leur affaire. Ils n’ont, pour la majorité, aucune notion de marketing et de tourisme. Dans la plupart des établissements hôteliers, le patrimoine est réduit à une part incongrue. Il est remplacé par ces pseudos œuvres artistiques et artisanales produites à la chaîne, de manière industrielle. L’authentique et le beau sont éclipsés, ignorés», soulignent des observateurs.

D’autres acteurs mettent en relief la nécessité de revoir les infrastructures dans leur globalité (accueil, qualité de service, diversités des offres...) et de ne pas se dissimuler dans des détails. «Ce n’est certainement pas ces décors recommandés par le ministre qui vont attirer les touristes dans nos infrastructures hôtelières. Certes, ils constituent une pierre importante comme partout ailleurs dans le monde en ce qui concerne l’identité et le patrimoine d’une quelconque région, mais en aucun cas les gestionnaires ne devraient se confiner absurdement dans de tels dessins, alors qu’en général le tourisme bat de l’aile faute d’une stratégie et d’un investissement intelligent impliquant les vrais professionnels pour espérer une véritable relance du secteur», disent-ils.

Certaines appréciations ne manquent pas de critiquer cette vision stéréotypée de s’enfermer dans ses frontières en versant exclusivement dans la culture nationale dans un monde qui se meut, qui s’ouvre… Les passerelles culturelles et la culture universelle sont une réalité. Le métissage aussi. L’universalisme est le caractère dominant de ce siècle. Contemporain, baroque et du terroir se côtoient dans les décors. Cette palette contrastée ne peut que drainer autant de curieux visiteurs dans nos infrastructures, souvent en jachère, car des ingrédients y manquent.

En dernier ressort, un grand marché se présente pour le monde artisanal et artistique en Algérie afin de relooker les espaces touristiques, et du coup permettre aux anciens métiers (faïences, marbres, bois, dinanderie,…) de recouvrer un tant soit peu leur santé financière, et garantir des entrées à ce segment battant de l’aile. Désormais, l’artisanat et le patrimoine s’introduiraient systématiquement dans des esquisses empruntées pourtant à des architectures modernes. Le paradoxe sur la donne touristique en Algérie laisse des zones d’ombres ! Envelopper le tourisme dans le terroir pour le relancer reste une aubaine parmi les multiples facettes relatives à cet art d’attirer le visiteur, le touriste…

N.H.

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