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Santé | Par Alexandre Darbuse | 25-01-2017

Les spécialistes de la santé se penchent sur le problème

Le dentifrice est-il si dangereux pour la santé ?

Une récente étude de l'Inra montre que le colorant E171, présent dans beaucoup de produits alimentaires et cosmétiques, attaque le système immunitaire chez le rat... Haro sur le M & m’s, les Têtes brûlées et le dentifrice ? Une nouvelle étude scientifique a de quoi inquiéter : le dioxyde de titane, présent dans bien des produits de consommation, que l’on repère sur les emballages sous le sigle E171, pourrait être dangereux pour la santé. Faut-il renoncer à se brosser les dents et interdire tout bonbon aux enfants ?

Une récente étude de l'Inra montre que le colorant E171, présent dans beaucoup de produits alimentaires et cosmétiques, attaque le système immunitaire chez le rat... Haro sur le M & m’s, les Têtes brûlées et le dentifrice ? Une nouvelle étude scientifique a de quoi inquiéter : le dioxyde de titane, présent dans bien des produits de consommation, que l’on repère sur les emballages sous le sigle E171, pourrait être dangereux pour la santé. Faut-il renoncer à se brosser les dents et interdire tout bonbon aux enfants ?

Une étude de l’Institut national de la recherche agronomique a en effet dévoilé que ce colorant provoque des lésions précancéreuses chez le rat. Or, l’E171 est utilisé de façon courante, aussi bien dans les bonbons que dans le dentifrice. L’étude montre pour la première fois chez l’animal que l’E171 pénètre dans le sang, la paroi de l’intestin et se retrouve dans l’organisme. Mais surtout, qu’il provoque des troubles du système immunitaire. «On a constaté sur les rats que l’E171 se retrouvait dans le foie et provoquait des lésions précancéreuses», résume Pierre Fabrice, directeur de recherche à l’Inra.

Son petit nom scientifique est «dioxyde de titane» et il est composé à 45% de nanoparticules et à 55% de microparticules. «L’E171 n’est pas un nanomatériau parce qu’il y a moins de 50% de nanoparticules», précise Pierre Fabrice. Ce colorant permet de blanchir un produit, de le faire briller et d’améliorer la protection contre les UV. On le retrouve dans certains dentifrices, des cosmétiques, des crèmes solaires, des peintures.

Mais aussi dans 150 produits alimentaires, selon une enquête de Agir pour l’environnement, qui avait déjà alerté sur les dangers de cet additif. L’ONG a pointé du doigt notamment les gâteaux Napolitain Lu, les chewing-gums Malabar, les épices pour guacamole Carrefour et les conserves de blanquette de veau William Saurin… ainsi qu’une centaine de bonbons.

Mais attention, ce colorant n’est pas présent dans tous les dentifrices, loin de là. «Ce qui prouve qu’il n’est pas indispensable», plaide Magali Ringoot, coordinatrice des campagnes d’Agir pour l’Environnement. Et l’ONG a même été plus loin : après avoir repéré la présence de l’E171 dans certains gâteaux, bonbons et autres produits alimentaires, elle a écrit aux industriels pour leur faire part des risques. «Beaucoup d’industriels ont retiré ce colorant de leurs produits, notamment les conserves de blanquette de veau William Saurin et les têtes brûlées, souligne Magali Ringoot. C’est plutôt encourageant !»

Une évaluation par l’agence du cancer de l’OMS a déjà conduit au classement du dioxyde de titane comme cancérogène possible pour l’homme en cas d’exposition professionnelle par inhalation. Mais l’étude de l’Inra fait grand bruit car elle parle cette fois des conséquences sur la santé de cet additif ingéré. «Cette étude fait date car elle démontre que des rats exposés aux mêmes doses d’E171 que l’Homme développent des lésions précancéreuses. Or on sait que les premiers consommateurs de bonbons, ce sont les enfants. Pour nous, il faut appliquer le principe de précaution et retirer du marché les produits qui contiennent de l’E171.»

De son côté, l’Inra souligne qu’on ne peut pas conclure directement que l’E171 est un cancérigène certain. «Notre étude n’est qu’un point de départ dans ce travail pour déterminer les éventuels risques de ce produit», résume Pierre Fabrice de l’unité Toxalim. Pour deux raisons : «On ne peut pas extrapoler ces résultats sur l’Homme. Et nous avons constaté des lésions précancéreuses, c’est-à-dire des anomalies qui ne deviendront pas forcément des tumeurs cancéreuses.»

Ces incertitudes n’ont pas empêché les autorités de prendre rapidement des mesures. Dès vendredi, les ministères chargés de l’Economie, de la Santé et de l’Agriculture ont décidé de saisir l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail afin de déterminer si l’additif alimentaire E171 présente un éventuel danger pour les consommateurs. L’Anses devrait rendre ses conclusions d’ici la fin mars.

«Il y a un an, ce sujet était totalement inconnu alors qu’on est exposés à l’E171 tous les jours et que cet additif a une faible utilité», se félicite Magali Ringoot d’Agir pour l’Environnement.

A. D.

In 20minutes.fr

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