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International | Par Moumene Belghoul | 28-02-2017

Alors que la situation sur le terrain syrien demeure explosive

Négociations de Genève : à qui profite l’impasse ?

Les différends restent tenaces sur les questions de fond dans cette tragédie syrienne : gouvernance, Constitution et élections. Le groupe de l’opposition réclame un «organe de transition ayant tous les pouvoirs exécutifs». Un plafond d’exigences qui s’apparente à vouloir faire durer la situation de statu quo actuelle. Reste une évidence : les velléités de fragiliser davantage la Syrie avec son gouvernement actuel. Et les signaux ne manquent pas. Au même moment à New York, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni s'apprêtent à déposer un projet de résolution prévoyant des sanctions contre «les auteurs d'attaques à l'arme chimique en Syrie». La nouvelle stratégie semble être de mettre dans le même sac le gouvernement syrien et Daech

Les négociations de Genève sur la crise syrienne se caractérisent par une indolence particulière, symptomatique des postures inconciliables des uns et des autres dans cette guerre imposée qui n’a pas encore livré tous ces tenants et aboutissants. Les différents groupes qui représentent l’opposition avec ses démembrements hétéroclites semblent avoir opté pour une posture dure et toujours intransigeante. Une stratégie qui ne saurait être adoptée sans un encouragement tacite ou directe des différents sponsors occidentaux et arabes. Sur le terrain la situation est loin d’être apaisée, les groupes armée n’ayant pas perdu leur capacité de nuisance. L’attentat sanglant ayant visé les services du renseignement syrien dans la ville de Homs en reste la dernière illustration. Le représentant de gouvernement syrien a exigé que l'ONU et l'opposition condamnent le terrorisme, après cet attentat meurtrier contre les services de renseignement syriens à Homs. «Nous avons demandé à Staffan de Mistura de faire une déclaration pour condamner les attaques de Homs. Nous réclamons la même déclaration de la part de tous les participants au processus de Genève», a insisté le chef de la délégation syrienne Bachar al-Jaafari. «Si une partie refuse de condamner le terrorisme, cela voudra dire qu'elle est complice», a-t-il lancé à l’endroit de De Mistura. Il est évident que le gouvernement syrien voudrait prendre à témoins les Nations unies sur les «intentions» des différents acteurs de la tragédie dans ces négociations et leur degré d’engagement. Les différents groupes qui constituent la partie en négociations avec le pouvoir n’ont pas eu une posture de condamnation franche contre le dernier attentat de Homs, ce qui a rajouté au froid initial déjà présent à Genève. «Aujourd'hui, nous attendons de l'opposition qu'elle condamne le terrorisme», a signifié le représentant syrien pour qui cette attitude serait un test. Pour Damas «la priorité numéro 1 à Genève» est justement de parler de terrorisme.

 

Une attaque sans précédent

 

Samedi 25 février, plusieurs kamikazes se sont fait exploser contre deux sièges de la Sécurité dans la ville de Homs faisant 42 morts dont plusieurs responsables militaires. L’attaque est sans précédent et replonge le pays dans l’inquiétude. L'ex branche syrienne d'Al-Qaïda, Fateh Al-Cham, a promptement revendiqué l’attaque alors qu’au même moment à Genève, l'ONU tente difficilement de lancer une quatrième session de pourparlers, après trois tentatives avortées en 2016. Avortées justement à cause de l’intransigeance des différents groupes armés qui refusaient même l’idée de négocier avec le gouvernement syrien et posaient comme préalable le départ du président Assad. L’heure est à l’impasse. Aucune discussion détaillée ne s'est encore engagée avec l'ONU, et encore moins entre les deux parties, c’est dire la difficulté à trouver un minimum de consensus entre les parties pour leurs permettre d’avancer. L'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura a successivement rencontré les représentants du gouvernement et de l'opposition. Il doit poursuivre ses entretiens durant le week-end, à la recherche du consensus. L’objectif demeure de faire rapprocher les protagonistes vers une plate forme sur laquelle construire un début d’accord. Mais aucune question de procédure - et encore moins de fond - ne semble réglée. «Ce sera un processus long et difficile», augurent déjà les observateurs. Les différends restent tenaces sur les questions de fond : gouvernance, Constitution et élections. Le groupe de l’opposition réclame un «organe de transition ayant tous les pouvoirs exécutifs». Un plafond d’exigence qui s’apparente à vouloir faire durer la situation de statu quo actuelle. Reste une évidence : les velléités de fragiliser davantage la Syrie avec son gouvernement actuel sont toujours pendants. Et les signaux ne manquent pas. Au même moment à New York, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni s'apprêtent à déposer un projet de résolution prévoyant des sanctions contre «les auteurs d'attaques à l'arme chimique en Syrie». La nouvelle stratégie semble être de mettre dans le même sac le gouvernement syrien et Daech. Même si la Russie a déjà annoncé son intention de mettre son veto un tel plan augure de lendemains angoissants.

 

R. I.

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