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International | Par Moumene Belghoul | 07-03-2017

La grande ville du nord en voie d’être récupérée

L’autre bataille de Mossoul

La récupération de Mossoul est actuellement un objectif commun entre plusieurs entités dont les objectifs et desseins sont manifestement différents. C’est surtout l’après bataille de Mossoul qui suscite l’intérêt de plusieurs acteurs internes, régionaux mais aussi internationaux. Le jeu de la Turquie est dans ce sens éloquent à plus d’un titre dans une zone où la question kurde est au cœur des luttes stratégiques. Ankara voudrait inlassablement peser de tout son poids afin d’avoir son mot à dire dans la reconstruction de la ville, voire dans sa gestion politique future. De leur côté les Occidentaux, Etats-Unis en tête, et leurs alliés régionaux ne veulent pas que la grande ville du nord tombe sous l’influence de Baghdad, donc de l’Iran. Ainsi la bataille d’influence est sans merci autant que la bataille militaire sur le terrain

La bataille de Mossoul qui fait rage actuellement dans le nord de l’Irak et qui met au prise l’armée irakienne et ses alliés locaux au groupe Daech, dans l’objectif de récupérer cette grande ville et libérer ses habitants, tire à sa fin. L’évolution des troupes irakiennes est constante et régulière malgré la «résistance» des éléments du groupe Daech. Il est vrai que la défaite à Mossoul constituerait sans nul doute un événement marquant dans l’évolution du groupe Daech, notamment en Irak. Le contrôle par l’organisation extrémiste d’une ville de l’envergure de Mossoul était un véritable choc pour les Irakiens et constituait un défi pour Baghdad, qui compte stabiliser un pays irrémédiablement ébranlé depuis l’intervention américaine en 2003, une invasion qui en a fait quasiment un Etat failli. La récupération de Mossoul reste actuellement un objectif commun à plusieurs entités, dont les objectifs et desseins sont manifestement différents.  C’est surtout l’après bataille de Mossoul qui suscite l’intérêt de plusieurs acteurs internes, régionaux mais aussi internationaux. Le jeu de la Turquie est dans ce sens éloquent à plus d’un titre dans une zone où la question kurde est au cœur des luttes stratégiques. Ankara voudrait toujours peser de tout son poids afin d’avoir son mot à dire dans la reconstruction future de la ville, voire dans sa gestion politique future. De leur côté les Occidentaux, Etats-Unis en tête, et leurs alliés régionaux ne veulent pas que la grande ville du nord tombe sous l’influence de Baghdad, donc de l’Iran. La bataille d’influence reste ainsi aussi coriace que la bataille militaire sur le terrain. Mossoul aura été la «capitale» de l’organisation extrémiste mais aussi l’un des éléments essentiels de sa stratégie axée sur l’administration des territoires au nom de la «défense des sunnites». Elle a aussi une portée symbolique, puisque c’est à Mossoul qu’Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l’organisation avait annoncé l’instauration du «califat», dont l’image a fait le tour du monde. La perte de Mossoul pourrait ainsi signifier la fin du projet territorial de Daech en Irak. Et la désillusion de ceux qui ont parié sur ce mouvement pour la modification des équilibres dans la région. Mais certaines questions restent en suspens.  Que restera-t-il de Mossoul et de ses centaines de milliers d’habitants une fois le groupe Daech chassé de la ville ? La question de l’après Mossoul demeure ainsi posée. Et de cette dernière dépend l’avenir de l’Irak et celui du «nouveau Moyen-Orient» en gestation par la volonté de certaines puissances.

Guerre du patrimoine

Une autre bataille, et pas des moindre, est aussi également menée par plusieurs protagonistes : celle du patrimoine culturel et archéologique dont regorge un pays comme l’Irak. Selon l’Unesco, l'antique cité assyrienne de Nimrod, vandalisée à coups de bulldozer et d'explosifs, a été détruite à 80%. A Mossoul, il faudra attendre la fin des combats pour dresser un véritable inventaire des dégâts infligés aux collections du musée de la deuxième ville du pays. En 2014 les extrémistes y ont détruit de précieux objets des périodes assyrienne et hellénistique. Repris en janvier, le tombeau du prophète Younès, l'un des plus importants sanctuaires du pays, a été sérieusement endommagé, selon le ministère de la Culture irakien. Ce lieu est même menacé d'effondrement à cause des tunnels creusés par Daech. L’on parle aussi de 700 pièces archéologiques exhumées sur ce site pour être revendues au marché noir. D'après les autorités irakiennes, Daech a vendu des permis de fouilles illicites sur les territoires qu'il contrôlait, alimentant le trafic de biens culturels irakiens. Une activité d’appropriation constante en Irak depuis l’invasion américaine. Les autorités irakiennes tentent d’y remédier. «Nous devons mettre fin au commerce des antiquités irakiennes, adhérer à la résolution 2 199 du Conseil de sécurité des Nations unies (qui proscrit tout commerce de biens culturels en provenance d’Irak et de Syrie) et assécher les finances de Daech», estime le ministre irakien de l’Education. Baghdad a même sollicité Interpol pour récupérer les biens dispersés à l'étranger, notamment en Europe. Le trafic des objets de valeur historiques bat son plain. Pour restituer le patrimoine irakien la tâche s’annonce colossale et pourrait prendre des dizaines d'années, préviennent les experts. L'enjeu d'un tel sauvetage dépasse les questions de patrimoine archéologique. Il s’agit de l’avenir de l’Irak.

M. B.

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