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Théma | De notre correspondant à Tizi Ouzou Malik Boumati | 08-03-2017

Tizi Ouzou

L’enlaidissement de la ville de Tizi Ouzou se poursuit

À la faveur de l’embellie financière qui a caractérisé la décennie 2000, les villes algériennes ont connu des mesures visant l’embellissement qui a toujours manqué dans les politiques urbanistiques en vigueur depuis l’indépendance. Certaines structures réalisées ces dernières années ont en effet donné un nouveau cachet aux villes.

À la faveur de l’embellie financière qui a caractérisé la décennie 2000, les villes algériennes ont connu des mesures visant l’embellissement qui a toujours manqué dans les politiques urbanistiques en vigueur depuis l’indépendance. Certaines structures réalisées ces dernières années ont en effet donné un nouveau cachet aux villes. Des structures qui en ont fini avec la forme carrée sans âme ni identité des immeubles qui ont enlaidi les agglomérations algériennes. Mais ces œuvres ne sont pas suffisantes pour cacher ou camoufler le désastre urbanistique que nos villes ont subi pendant des décennies.

Il y a eu certes des opérations de grandes envergures pour certaines, visant l’embellissement des villes, mais le mal est tellement grand et profond qu’il faut plus que cela pour venir à bout de la laideur qui caractérise les villes algériennes. Aujourd’hui, la volonté de faire de nos villes des endroits agréables au regard ne semble pas acquise, tant les agressions contre l’urbanisme et l’architecture se poursuivent impunément. Pourtant, les responsables des pouvoirs publics n’ont pas manqué et durant de longues années de dénoncer les atteintes à l’urbanisme enregistrées en masse, particulièrement à partir de la décennie quatre-vingt-dix. Des déclarations faites publiquement par des walis, et même des directeurs de l’urbanisme.

L’exemple de Tizi Ouzou est plus qu’édifiant. Plusieurs anciens walis ont fait le constat. Des directeurs de l’urbanisme aussi. Mais paradoxalement, le massacre continue. Des bâtisses à plusieurs étages sont réalisées impunément au milieu des villas. La commune du chef-lieu a même vu l’érection de bâtiments au milieu de la forêt, du côté bas de Harouza. Un côté reversé certes au périmètre urbain, mais les responsables devaient prendre en considération la réalité du quartier avant de permettre à un promoteur de réaliser des bâtiments de six à sept étages, à côté de maisons individuelles. Le comble c’est qu’officiellement, le promoteur n’est pas censé être autorisé à réaliser plus qu’un R+3, selon le nouveau plan d’aménagement. Question : ceux qui ont élaboré le nouveau plan d’aménagement ignorent-ils qu’un R+6 est déjà en réalisation à cet endroit ou bien sont-ils complices de cette violation de la réglementation, commise habituellement pour bénéficier plus tard d’une mise en conformité ?

Cependant à Tizi Ouzou, les agressions ont commencé bien avant la décennie quatre-vingt-dix. La conception et la réalisation de ce qui est appelé pompeusement la nouvelle ville se sont avérées un grand désastre urbanistique et architectural. La période des Délégations exécutives communales (DEC) a aggravé les choses pour cette cité-dortoir, notamment quand les poches d’espaces verts ont été «bétonnées» avec des bâtisses hideuses qui ont contribué à la défiguration de la cité. Combien de fois les différents Plans d’occupation des sols (POS) et Plans directeurs de l’aménagement urbain (Pdau) ont subi des amendements dus justement aux différentes violations dont ont été victimes ces textes de loi.

A partir de là, les agressions se sont poursuivies contre l’urbanisme. Quand les vieilles habitaitons du centre-ville sont démolies pour une reconstruction, les services compétents n’ont pas jugé utile d’organiser les choses de façon à ce que la ville ait des bâtisses avec les mêmes caractéristiques (façades, nombre d’étages, balcons…). C’est-à-dire qu’il n’y a aucune politique urbanistique à Tizi Ouzou, où l’illégalité est par ailleurs quelque peu encouragée, dans la mesure où l’on se retrouve dans des situations où l’on se tait devant quelqu’un qui érige une bâtisse de 6 étages et l’on empêche son voisin immédiat de faire plus de 3 étages. Et l’on demande ensuite aux citoyens de ne pas douter de la bonne foi des fonctionnaires concernés. Des constats de cette nature sont nombreux à Tizi Ouzou et cela a grandement participé à l’enlaidissement de la ville des génets d’autrefois et de ses différents quartiers périphériques.

M. B.

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