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Théma | De notre correspondant à Annaba Mohamed Rahmani | 08-03-2017

Annaba

Toilettage ponctuel et bidonvilles éternels

Les toilettages ponctuels avec replâtrages et badigeonnages - du tape à l’œil- ne changent en réalité rien car une fois ce «ponctuel» passé tout redevient comme avant et la situation empire. Car ces embellissements qui concernent juste les entrées de la ville et l’itinéraire censé être emprunté par le cortège officiel se dégradent très vite, ceux-ci ayant été réalisés le temps de la visite pour donner cette impression de localité bien entretenue où élus et autorités veillent à cette amélioration. Mais comme on dit chez nous : «Ce qui est décoré de l’extérieur, qu’en est-il de l’intérieur ?», et cet intérieur c’est tout autre chose que «la vitrine».

Les toilettages ponctuels avec replâtrages et badigeonnages - du tape à l’œil- ne changent en réalité rien car une fois ce «ponctuel» passé tout redevient comme avant et la situation empire. Car ces embellissements qui concernent juste les entrées de la ville et l’itinéraire censé être emprunté par le cortège officiel se dégradent très vite, ceux-ci ayant été réalisés le temps de la visite pour donner cette impression de localité bien entretenue où élus et autorités veillent à cette amélioration. Mais comme on dit chez nous : «Ce qui est décoré de l’extérieur, qu’en est-il de l’intérieur ?», et cet intérieur c’est tout autre chose que «la vitrine».

En effet,  à Annaba, juste derrière le Cours de la Révolution, cœur battant de la ville d’Annaba, en remontant vers la vieille ville et la Place d’Armes, c’est un autre monde, une autre dimension. Ici point de peinture, pas de badigeonnage, pas de remplacement d’ampoules de lampadaires, pas de colmatage de trous ou de cratères jonchant les chaussées étroites occupées par des vendeurs de l’informel. Ici c’est l’anarchie. Une zone de non droit où toutes sortes déchets trainent où l’on squatte  tout espace qu’on veut s’approprier allant jusqu’à le clôturer pour en interdire l’accès à toute autre personne. On gare son véhicule comme on veut, on bloque le passage et on agit comme si tout est propriété privée. Pas de camions pour l’enlèvement des ordures, pas d’agents de police en faction, pas même de patrouilles motorisées, les vols et les agressions y sont fréquents et la situation empire.

La ville, elle est à quelques mètres de l’autre côté de la rue et là c’est l’ordre et la loi, tout est réglé, personne n’ose occuper un passage ou un espace, les forces de l’ordre veillent.

Du côté des quartiers huppés,  à l’exemple de la cité Beau Séjour comme son  nom l’indique, tout est propre, pas l’ombre d’une saleté, des balayeurs y sont affectés et veillent à ce que rien ne soit laissé sur les trottoirs ou la chaussée. D’ailleurs ce quartier est tout le temps désert, il n’y a pas d’enfants dehors, pas de chats, pas de chiens, on se coirait dans une autre cité considérant que la vie ici tourne au ralenti avec ce silence qui règne.

A l’opposé, à El Fakharine, Boukhadra, Sidi Amar El Hadjar, H’djar Eddis, Bergouga, Derradji Redjem, Essarouel ou El Bouni c’est l’anarchie totale. On construit comme on veut et où on veut et quant on veut sous le regard impassible des autorités qui laissent faire. Avant-hier, vers 15 heures à Sidi Amar, nous avons constaté qu’un kiosque métallique prenait forme sur le trottoir juste en face du siège de l’APC. Des jeunes s’affairaient tout autour montant les panneaux et passant des fils électriques branchés à un lampadaire de l’éclairage public, et où, à quelques mètres un policier observait la scène sans broncher. Il faut dire que ce type de constructions a foisonné ces derniers temps du fait de l’absence de réaction des autorités ce qui a encouragé certains individus à  construire ces «locaux commerciaux».

Dans la même localité, El Qaria est devenue une véritable favela avec un enchevêtrement de ruelles serpentant à travers des centaines de baraques où chaque jour on vient construire en dur ou en matériaux traditionnels des habitations précaires.  A Chaiba, c’est encore pire puisque le bidonville s’est étendu jusqu’à assiéger carrément le CEM Bouamrane-Mohamed. Le petit stade construit il y     a une dizaine d’années s’est réduit, une partie du terrain a été squattée et  même l’entrée a été bloquée par des constructions illicites ne concédant qu’un petit passage juste pour les piétons. Cette situation perdure sans que les autorités, les élus en tête ne réagissent. La police de l’urbanisme et de la protection de l’environnement (Pupe) n’est pas spécialement mobilisée pour réprimer ces comportements et rein n’indique qu’elle interviendra dans les prochains jours au vu de ce qui se passe. En effet, ayant compris cela (le dernier a toujours tort) on s’approprie des espaces publics sur lesquels on construit pour ensuite annexer d’autres espaces situés à proximité pour une extension de «sa propriété». A la sortie de Sidi Salem par exemple, plusieurs terrains à proximité de la mer ont été clôturés, des individus en sont devenus les propriétaires de fait et ont même édifié des baraques. L’accès à la mer est «réglementé» par ces malfrats qui exigent d’être payés pour le stationnement de tout véhicule, la barque sert aussi de fast-food, en réalité celle-ci est un débit illicite de boissons alcoolisées où des beuveries sont organisées dès la nuit tombée. Ces débits de boissons sont aussi localisés dans le bidonville de Chaiba à Sidi Amar où des bagarres fréquentes éclatent entre ivrognes terrorisant les habitants.

Et donc ces embellissements et ces améliorations urbaines n’ont pas droit de cité dans ces quartiers populaires où parler de cadre de vie des citoyens relève de l’utopie, car, si on n’arrive pas à éradiquer ces bidonvilles malgré les milliers de logements attribués aux habitants de ces quartiers,  ceux-ci les revendent et continuent à vivre dans ces taudis.

M. R.

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