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Théma | De notre correspondant à Béjaïa Kamel Amghar | 08-03-2017

Le paysage urbain en dégradation continue à Béjaïa

Le populisme des autorités et l'incivisme du citoyen, le couple malfaisant

Nos villes et villages affichent toujours une grise mine, malgré l'engagement répété des pouvoirs publics en faveur de l'amélioration du cadre de vie des citadins. Le paysage urbain reste chaotique, partout. Mauvaise régulation de la circulation automobile, anarchie dans l'exploitation des rares aires de stationnement, affichage sauvage, manque d'hygiène, constructions illicites ou inachevées, absence d'aires de détente, détérioration visible du bâti et des espaces communs, les tares de la gestion urbaine sautent aux yeux du visiteur.

Nos villes et villages affichent toujours une grise mine, malgré l'engagement répété des pouvoirs publics en faveur de l'amélioration du cadre de vie des citadins. Le paysage urbain reste chaotique, partout. Mauvaise régulation de la circulation automobile, anarchie dans l'exploitation des rares aires de stationnement, affichage sauvage, manque d'hygiène, constructions illicites ou inachevées, absence d'aires de détente, détérioration visible du bâti et des espaces communs, les tares de la gestion urbaine sautent aux yeux du visiteur. La responsabilité de cette régression incombe, en premier et dernier lieu, aux autorités. Les mairies, auxquelles revient la charge de réguler tout cela et de veiller au bien-être de tout le monde, sont quasiment absentes, livrant nos cités à la prédation et au désordre. Ce constat se vérifie, par malheur, aux quatre coins du pays. C'est comme une espèce de malédiction! A Béjaïa, comme partout à travers le territoire national, le paysage urbain est en dégradation continue, en dépit des budgets dégagés par l'Etat afin d'arranger, un tant soit peu, la situation. Au chef-lieu de wilaya, la gestion des déchets ménagers pose toujours problème. Les bacs à ordures, constamment remplis à ras-bord, déversent leurs détritus sur les trottoirs et les placettes. Dans les cités populaires, les citoyens, livrés à eux-mêmes, se délestent de leurs poubelles n'importe où. Constatant la défaillance des services de la voirie, leur comportement irresponsable complique davantage le problème. Les bâtiments et les tours d'habitation, faute d'entretien, vieillissent très vite.

L'Opgi (Office de promotion et de gestion immobilière), qui détient généralement une bonne part de ce patrimoine, est déficitaire en raison du non-payement des maigres loyers qu'il applique encore à ces locataires. Est-il raisonnable que le loyer de l'habitat public soit toujours le même que celui des années 1980? Il serait aujourd'hui de l'ordre d'un vingtième du coût pratiqué sur le marché réel! En dépit de sa quasi-gratuité, les locataires, profitant du laxisme et de la mollesse de l'Etat, refusent de payer. Un comble! Le ministre de l'Habitat, Abdelmadjid Tebboune, a récemment déploré que 70% des bénéficiaires de logements publics locatifs (LPL) «ne payent pas leur loyer qui ne dépasse pas guère la modique somme de 1 200 dinars par mois». Un logement de même standing est loué  sur le marché réel à plus de 35 000 dinars. Cette triste réalité s'apparente franchement à de l'abus de biens publics. Le défaut de recouvrement s'élève à 31 milliards de dinars à l'échelle nationale. Conséquence: l'Opgi n'a pas les moyens requis pour entretenir correctement son parc immobilier. Les peintures ont disparu. Les installations d'eau, d'assainissement et d'électricité sont aussi défectueuses et dangereusement bricolées par les habitants eux-mêmes. Les boiseries et les parties communes sont dans état lamentable. Cette mauvaise façon de faire du «social» a négativement déteint sur le décor ambiant et sur les mentalités des gens.  Disons le tout de suite, la location d'un LPL doit dépasser le seuil des 5 000 dinars. Le locataire doit bénéficier en échange d’un cadre de vie digne pour permettre à ses enfants de grandir dans un milieu sain pour être, demain, de bons citoyens. Cet abandon ne profite à personne. Il accentue, bien au contraire, le malaise social et compromet les chances de cohabitation entre les différentes franges de la société. Dans le même ordre d'idées, le patrimoine communal est également bradé par les élus locaux. Est-il logique que les APC, majoritairement déficitaires, continuent à louer des locaux commerciaux à 500 dinars par mois, alors que leurs équivalents sont monnayés à plus 30 000 dinars chez le privé? Là aussi, les Assemblées locales usent et abusent des biens de la collectivité pour entretenir impunément des clientèles électorales ou faire des «affaires douteuses». Ces mêmes APC ferment aussi l'œil sur les constructions illicites, le non-achèvement des travaux par les particuliers disposant d'un permis de construire, laissent faire les «parkingueurs» et ne suivent pas les entreprises qui interviennent çà et là sans remettre les lieux en l'état. En un mot, les autorités et l'administration locales ont clairement failli à leur mission telle que définit par la loi. Le citoyen, complètement déboussolé, a fait le reste. On ne peut pas dénoncer l'incivisme du citoyen, quand les autorités compétentes, excessivement populistes ou corrompues, sont carrément absentes. Çà y est, le mot de la fin est lâché.

K. A.

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