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Economie | Par Ziad Abdelhadi   | 13-03-2017

Devant les créneaux d’investissements saturés 

Le gouvernement  décide de mettre fin à toute duplication d’activités similaires

La déclaration du Premier ministre Abdelmalek  Sellal lors de la 20e tripartite,  qui s’est tenue le 6 mars dernier à Annaba, sur les créneaux d’investissement saturés, est pour le moins de nature  à souligner que le moment était venu de prendre des décisions  pour réorienter les investissements du pays. C’est d’ailleurs  tout à fait légitime si l’on veut éviter au pays des dépenses de l’argent public inutiles et qui plus est pourrait le mener dans des situations antiéconomiques c’est-à-dire enregistrer une surproduction dans plusieurs filières dont l’impact est la mise en péril de plusieurs entreprises locales. 

 

Force est d’admettre que des secteurs d’activités sont saturés ou en voie de l’être. Les exemples les plus édifiants résident dans les secteurs de la minoterie et de cimenterie. En effet, selon un rapport du ministère de l’Industrie et des Mines, l’Algérie compte plus de 200 unités de tailles différentes entre semouleries, minoteries et moulins, concentrés surtout dans le Centre, le Centre-Ouest et l’Ouest du pays. Le nombre de cimenteries est moins important mais en constante évolution. Le groupe public GICA produit plus de 13 millions de tonnes de ciment par an, et compte une douzaine de cimenteries. Il domine, avec son partenaire franco-suisse LafargeHolcine, le marché algérien. Mais c’est dans le secteur de la minoterie que le  phénomène de la saturation se pose avec acuité de par une surproduction à laquelle les minotiers semblent ne pas être préparés au point où certaines minoteries ne sont pas exploitées après que leur propriétaire ait beaucoup investi. En effet, il faut savoir que leur capacité de production globale actuelle est de trois fois supérieure aux besoins nationaux. Autre donne : comme ces unités de trituration sont rationnées par l’Office algérien interprofessionnel  des céréales (Oaic) qui ne leur fournit que 50% de leurs besoins, elles se retrouvent ainsi ne fonctionner qu’à 50%  de leur capacité de production. Et du coup, on peut déduire que la moitié des minoteries ne devraient pas avoir leur place sur le marché. Un cas de figure qui risque de se rencontrer dans les cimenteries tout ou moins à court terme puisqu’à l’horizon 2019, selon le ministère de l’Industrie et des Mines, il y aura 20 millions de tonnes de surproduction et cela suite à l’entrée en production de projets de nouvelles cimenteries et des projets d’extension de capacité  et de rénovation d’anciennes cimenteries publiques. En clair, si l’ensemble des projets validés par le Conseil national de l’investissement (CNI) voit le jour, il y aura fin 2020-2021 près de 20 millions de tonnes d’excédent de ciments.

Devant cette surproduction émanant des minoteries et des cimenteries, il va falloir trouver une solution. La plus en vue est celle de l’exportation. Une issue à la portée pour la minoterie mais à exclure pour les cimenteries. En effet, si pour les minotiers l’option d’exporter vers les pays africain demeure envisageable dans la mesure où les opportunités d’exporter vers des pays sont réelles, elle est à oublier pour les cimenteries. Et pourquoi ? Selon des experts, le ciment est un produit qui s’exporte mal «car la logistique de  transport jusqu’au chargement  des navires coûte très chère et rend ainsi  toute opération  d’exportation impossible», expliquent-ils. C’est d’autant plus vrai quand on sait que les pays qui exportent ce matériau de construction ont des cimenteries sur l’eau. En clair, cela signifie que la fin du processus de production se termine sur le navire or la quasi totalité de nos cimenteries sont situées à l’intérieur du pays. «De plus il faut savoir que le ciment par essence a pour débouché un marché régional : ce qui veut dire qu’il se vend sur un rayon de 300 kilomètres. Toujours au registre des industries en voie de saturation, on peut inclure celle du médicament dans la mesure où dans la centaine de projets en voie de réalisation, certains sont redondants car ils concernent les mêmes classes thérapeutiques. Cela dit et à partir de ces constats de créneaux d’investissement saturés, le gouvernement est appelé à faire barrage aux investisseurs porteurs de projet dans les créneaux dits saturés. C’est tout à fait conseillé dès lors où il est admis que toute redondance  dans un secteur de productivité induit un gaspillage dans l’utilisation de devises dont les recettes s’amenuisent de plus en plus. «Des devises qui devraient servir au contraire à d’autres secteurs de production et de services qui ne sont pas explorés  pour du moins ne plus solliciter les sociétés étrangères», avait déclaré, lundi 6 mars, Abdelmalek Sellal, Premier ministre, lors de la 20e tripartite à Annaba. Et de lancer à cette occasion  que «le moment était venu pour favoriser l’éclosion d’une dynamique d’investisseurs innovants et de porteurs de projets ambitieux pour faciliter la ré-industrialisation de l’Algérie». En somme, le gouvernement est décidé  en matière de création d’activités de mettre fin à la duplication d’activités similaires. Dans ce sens, l’exécutif prévoit dorénavant de ne s’orienter que vers des segments de production et de services insuffisamment exploités tels que l’agriculture et l’agroalimentaire, les énergies renouvelables, le fret, l’ingénierie et les études, les TIC, le tourisme domestique et d’autres domaines qui contribuent considérablement à la démarche de diversification de l'économie nationale.

Z. A.

 

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