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International | Par Moumene Belghoul | 14-03-2017

Le conflit qui dure depuis six ans s’éternise

Syrie, «une guerre pour rien»

Il est pour le moins évident que la déstabilisation de la Syrie aura constitué un objectif pour certains acteurs directs et indirects du conflit en cours. Ceux qui voulaient à la Syrie actuelle le même sort de fragilisation et de clivage interne que l’Irak semblent en partie avoir réussi leur pari. Même si la chute du régime et le départ du président Assad aura finalement échoué grâce à la résistance de Damas et de ses alliés, le pays est rentré dans une phase de guerre de basse intensité particulièrement nuisible à long terme. De quoi réjouir ceux qui ont parié sur la destruction de ce pays sans pouvoir réaliser leurs sombres desseins.

La guerre imposée à la Syrie depuis maintenant six années aura réussi à détruire les infrastructures du pays, pousser plus de la moitié de la population au départ et fait des centaines de milliers de victimes. Les revendications de départ d’une partie des Syriens auront beau été légitimes, à savoir davantage de partage des richesses et de libertés publiques, le résultat aujourd’hui est tout autre : un pays déstabilisé au même titre que son voisin irakien. «La Syrie, jadis relativement épargnée par l'extrémisme, est devenue l’un de ses sanctuaires, le niveau de vie s'est effondré et la corruption s'est généralisée», estime Fréderic Pichon géopolitologue et l’un des meilleurs spécialistes de la Syrie. Pichon tente, dans son dernier livre Syrie : une guerre pour rien, de pointer l'échec de la diplomatie héritée des concepts néoconservateurs. L'auteur s'interroge sur le rôle de la France, dresse des lignes prospectives pour l'avenir de la Syrie ainsi que pour la scène internationale, soulignant le poids grandissant de nouvelles forces, la Russie et l'Iran. En Syrie se joue selon lui exactement ce que d'aucuns prévoyaient avant même le premier mandat de Barack Obama, «un lent redéploiement de la puissance américaine ou en tous les cas une hésitation stratégique majeure, propice à une percée des puissances émergentes sur le retour». Ce que n'ont pas voulu voir les «néo-atlantistes» c'est que le monde a changé. Moscou n'aurait pas d'ambitions mondiales mais applique une stratégie régionale au Moyen-Orient menée avec une relative économie de moyens et une incontestable efficacité, «le tout sous la contrainte et dans un moment de latence de l'hégémonisme américain». Les Américains semblent particulièrement contraints de faire avec une nouvelle donne dans la région. La conférence d'Astana, est venue à ce titre le confirmer. Alors que depuis un demi-siècle les conférences relatives aux conflits moyens orientaux se tenaient systématiquement en Europe ou aux Etats-Unis, c'est le Kazakhstan qui a accueilli la dernière rencontre des parties syriennes. Avec des rôles inattendus pour certains acteurs d’habitude incontournables.  Pour l’auteur de l’excellent  Syrie : pourquoi l’Occident s’est trompé, la paix en Syrie sera au moins aussi compliquée à gagner politiquement que la guerre le fut militairement. Le conflit semble être passé à une autre dimension politique. L'intervention directe de la Russie depuis 2015 et l'installation durable de bases militaires à Tartous et à Hmeimim notamment, laissent penser que l'Etat syrien est sauvé. Contrairement à ce que pensent tous les think-tanks américains, il n'y aura pas de ‘’canton sunnite’’ sous protectorat américain dans l'Est syrien. Les Syriens et leurs alliés russes sont bien décidés à récupérer cette zone stratégique.

 

Sombres desseins

 

Il est pour le moins évident que la déstabilisation de la Syrie aura constituée un objectif pour certains acteurs directs et indirects du conflit en cours. Ceux qui voulaient à la Syrie actuelle le même sort de fragilisation et de clivage interne que l’Irak semblent en partie avoir réussi leur pari. Même si la chute du régime et le départ du président Assad aura finalement échoué grâce à la résistance de Damas et de ses alliés, le pays est rentré dans une phase de guerre de basse intensité particulièrement nuisible à long terme. De quoi réjouir ceux qui ont parié sur la destruction de ce pays sans pouvoir réaliser leurs sombres desseins. La Syrie ne semble pas s’être pour autant sortie du guêpier. Pour Frédéric Pichon même la question des relations entre les alliés de Damas ne tardera pas à se poser. «Non pas que la Russie et l'Iran soient incapables de s'entendre mais il existe déjà des divergences sur l'après guerre : les Russes souhaitent un système plus fédéral, les Iraniens plus de parlementarisme. Les Syriens récusent les deux options quant à eux : ils savent bien que le conflit a écorné le centralisme baathiste et favorisé les potentats locaux du fait de la dissémination de l'outil militaire.» De quoi donner du grain pour le prolongement de la tension permanente. Les quantités d'armement déversées par les belligérants en provenance de l'étranger (matériel de guerre livré aux groupes armés notamment par les services occidentaux, français et américains) «laissent augurer de potentialités de violence et d'une transformation radicale des conditions de vie à terme dans la région». Ainsi au vu des déploiements récents, les zones kurdes au nord de la Syrie seront incontestablement le théâtre de la tension future dans la région et le cœur de la lutte entre les différents acteurs.

 

M. B.

 

 

 

 

 

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