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Economie | Par Fabien Piliu | 20-03-2017

Selon l’Insee, le PIB progresserait de 0,3% et de 0,5% au premier et deuxième trimestre

Et si François Hollande avait mené la bonne stratégie économique ?

Les comptes de la nation continuent de s'améliorer doucement. Entre 2015 et 2016, le déficit du budget de l'Etat est passé de 3,5% à 3,3% du PIB. Il s'élevait 4,8% du PIB en 2012. Sur la même période, le déficit de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) a reculé de trois milliards d'euros par rapport à 2015 pour atteindre 7,8 milliards d'euros, soit le montant le plus faible depuis 2002. En 2012, il avait atteint 17,5 milliards d'euros

Dévoilées ce jeudi, les dernières prévisions de l'Insee invitent plutôt à l'optimisme. La plupart des indicateurs repassent dans le vert. Il faudrait que cette tendance soit durable pour que le chômage recule réellement et que les finances publiques retrouvent le chemin de l'équilibre.

En annonçant le 1er décembre qu'il ne se présenterait pas à sa propre succession, François Hollande a pris tout le monde de court.

Quatre mois après cette décision inédite dans la Cinquième République, le président de la République a-t-il des remords ? Selon certains de ses proches, il s'en mordrait les doigts...

Si la situation de Benoît Hamon - lâché par un certain nombre de ténors et d'élus du PS qui préfèrent miser sur le cheval Macron - ne s'améliore pas dans les sondages, la sociale démocratie qu'il souhaite incarner risque de ne pas être représentée au second tour de l'élection présidentielle.

Croissance molle

Ce ne serait pas la seule source de regrets de François Hollande. Engluée dans une croissance molle tout au long du quinquennat, l'économie française semble enfin sortir de l'ornière. Après avoir timidement progressé de 1,1% en 2016, soit 0,4 point de moins que ce que la loi de Finances 2016 envisageait initialement, l'activité accélérerait enfin cette année ! C'est ce qu'anticipe la dernière note de conjoncture de l'Insee dévoilée ce jeudi. Selon ses calculs, le PIB progresserait de 0,3% au premier trimestre puis de 0,5% au deuxième trimestre. A la fin juin, si ces prévisions se réalisent, l'acquis de croissance, qui correspond à la croissance annuelle si l'activité stagne au second semestre, s'élèverait à 1,1%.

Dans ce contexte, toujours si ces anticipations se concrétisent, la prévision de croissance sur laquelle a été bâtie la loi de Finances 2017 devient réaliste. Fixée à +1,5% par Bercy, celle-ci est jugée trop ambitieuse par la plupart des économistes, le consensus s'établissant à +1,2%.

Vers une croissance enfin équilibrée ?

Comment expliquer cette embellie printanière, que semble valider la plupart des enquêtes de confiance réalisée auprès des ménages et des entreprises ? Tous les moteurs de la croissance sont allumés. Ou presque. La consommation des ménages, en hausse de +0,2% et de +0,4% au premier et au deuxième trimestre, reste solide. Atones depuis 2015, les dépenses des administrations publiques reprennent des couleurs (+0,4% lors de chaque trimestre), stimulées par les collectivités locales. L'investissement continue de progresser, que ce soit celui des entreprises (+0,9% et +0,5%) ou celui des ménages (+0,9% et +1%).

«L'investissement des entreprises peine d'ailleurs à retrouver de sa superbe. Malgré une hausse de +4,2% en 2016, il  n'est que de +3% supérieur à son niveau de 2007. Le fardeau fiscal pèse sur l'investissement des entreprises françaises : le profit brut des entreprises françaises est taxé à 60%, alors que la moyenne de l'Ocde est de 40%», rappelle Euler-Hermes.

Après une année 2016 catastrophique, même le commerce extérieur, retrouverait des couleurs, en raison notamment du dynamisme relatif de la zone euro qui absorbe environ 60% des exportations françaises. «Au total, la croissance resterait solide dans la zone euro, à +0,4% au premier trimestre puis s'élèverait un peu au deuxième trimestre, à +0,5%, du fait de l'investissement privé et des exportations», précise l'Insee. Fin juin, les exportations progresseraient de 2,6%. Sur l'ensemble de l'année dernière, elles n'avaient augmenté que de 1,1%.

Pourtant, le contexte macroéconomique est un peu moins favorable pour les exportateurs qui ont vu leur compétitivité-prix rogner par la remontée progressive des cours des matières premières et en particulier de ceux du baril de brut. Certes, le commerce extérieur retirerait encore 0,2 point de PIB à la croissance fin juin. Mais on est loin de la facture de 0,8 point de PIB que le commerce extérieur a laissé à la croissance française en 2016.

Dans ce contexte, la situation sur le marché de l'emploi continue de s'améliorer, même si cette embellie doit toujours être relativisée compte tenu du nombre toujours élevé - près de six millions - de personnes inscrites à Pôle emploi.

«Au total, au premier semestre, les créations nettes d'emplois dans le secteur marchand seraient un peu moins nombreuses, tout en restant solides (+81 000). L'effet d'enrichissement de la croissance en emplois apporté par le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice), le Pacte de responsabilité et de solidarité (PRS) et la prime à l'embauche dans les PME faiblirait un peu mais ces trois dispositifs contribueraient tout de même à créer ou sauvegarder 40 000 emplois au premier semestre 2017. Par ailleurs, le reste de l'emploi (salariés du secteur agricole, des branches non marchandes et non-salariés) augmenterait modérément (+10 000 sur le semestre en cumulé)», indique l'Insee qui estime à 93 000 le nombre de créations de postes au premier semestre 2017.

Le taux de chômage devrait baisser

Certes, c'est moins que les 118 000 observées au second semestre 2016. Mais si cette dynamique se poursuit, sachant qu'il faut 150 000 créations d'emplois pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail, le nombre de demandeurs d'emplois devrait enfin reculer et la courbe du chômage durablement s'inverser. L'Insee vise un taux de chômage de la population active à 9,5% en France métropolitaine à la mi-2017, contre 9,7% actuellement. «L'amélioration de la santé des entreprises est encore trop progressive pour espérer un retour rapide au plein emploi. En témoignent les défaillances d'entreprises, attendues en baisse de -7% en 2017, mais dont les niveaux restent supérieurs de +49% aux niveaux constatés avant la crise de 2007», relativise une nouvelle fois Euler-Hermes.

Bien évidemment, cette batterie d'indicateurs, pour encourageante qu'elle soit, n'indique pas que l'économie française est définitivement sortie de l'ornière. Cette reprise peut-elle être durable ? Rien n'est moins sûr. Certains aiguillons de la croissance actuelle ne jouent déjà plus. Avec la remontée des cours du brut, l'ère de l'énergie peu chère est révolue. D'autres ne joueront bientôt plus. A terme, la Banque centrale européenne (BCE) mettra fin à sa politique monétaire expansionniste, donnant le coup d'envoi à une remontée des taux d'intérêts aujourd'hui historiquement faibles

Par ailleurs, quel sera l'effet de la politique économique menée par le successeur de François Hollande à l'Elysée ? Les principaux candidats jouent la carte de la prudence. On notera qu'aucun d'entre eux ne prend le risque d'annoncer une reprise forte et durable lors de «son» quinquennat. Par ailleurs, notons que François Fillon, comme Emmanuel Macron, qui font partie des principaux prétendants, centrent leur stratégie en faveur des entreprises sur la transformation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) en allègements de charges pérennes, comme l'a déjà promis l'actuel président de la République. De fait, il n'y a pas de rupture entre ces deux candidats et François Hollande.

Les déficits reculent

Au regard de ces statistiques et compte tenu de la situation de l'économie française en 2012, on peut se demander si le candidat François Hollande n'aurait pas pu présenter un bilan non pas glorieux mais au moins honnête avant de se présenter à sa propre succession. C'est d'autant plus vrai que les comptes de la nation continuent de s'améliorer doucement. Entre 2015 et 2016, le déficit du budget de l'Etat est passé de 3,5% à 3,3% du PIB. Il s'élevait 4,8% du PIB en 2012. Sur la même période, le déficit de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) a reculé de trois milliards d'euros par rapport à 2015 pour atteindre 7,8 milliards d'euros, soit le montant le plus faible depuis 2002. En 2012, il avait atteint 17,5 milliards d'euros.

«Cette reprise intervient avec une année de retard par rapport à ce que nous avions anticipé, en raison notamment des soubresauts de la crise de 2008-2009. Parce que les effets de la politique économique menée depuis cinq ans continueront à se diffuser au cours des prochains mois, il sera alors possible d'estimer à leur juste mesure toutes les réformes mises en place lors du quinquennat», explique-t-on dans l'entourage de Michel Sapin, le ministre de l'Economie et des Finances, très proche de François Hollande.

F. P.

In latribune.fr

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