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Editorial | Par Hassan Gherab | 21-03-2017

L’inconnue

Le décor est en place pour les législatives. Les partis engagés dans la course avec leurs candidats, les boycotteurs, une instance indépendante de surveillance des élections, les listes épurées des électeurs et les infrastructures devant servir à la campagne électorale. Reste une inconnue dans l’équation : la participation, ou l’abstention. C’est la hantise aussi bien des candidats que des pouvoirs publics. Les premiers ne veulent pas faire partie d’une Assemblée populaire nationale «mal élue», comme ce fut le cas en 2012 pour l’actuelle avec un taux de 43,14%, et les deuxièmes tiennent à avoir une APN à la hauteur des évolutions apportées par la nouvelle Constitution. Ainsi, les deux acteurs unissent leurs efforts pour un même objectif : convaincre les citoyens de faire valoir leur droit d’électeur et d’aller aux urnes. Les formations politiques sont donc sur la brèche. Bien avant le lancement de la campagne électorale, le 20 avril prochain, les responsables de partis, déjà en précampagne, appellent, à chacune de leur sorties sur le terrain, les Algériens à voter massivement. Chacun y va avec son argument. Pour l’un, leur vote contribuera à l’avènement de la démocratie participative dont la structure porteuse a été mise en place avec la nouvelle loi fondamentale du pays, pour l’autre il permettra de faire barrage aux ennemis de l’Algérie, à l’intérieur comme à l’extérieur, tandis que certains y voient le nécessaire apport des citoyens à l’édification d’un Etat civil. Il s’en trouvera même un leader de parti, le MPA, qui, disant ne pas comprendre les appels au boycott prétextés par la fraude, soutiendra que «la meilleure arme pour faire échec à la fraude est justement de participer massivement à l’élection». Comment peut-on défendre une telle idée ? Mieux, ou plutôt pire, ce responsable ira même jusqu’à plaider pour l’obligation de vote qui ne doit plus être un droit constitutionnel mais «un devoir national et obligatoire» ! Heureusement, les pouvoirs publics n’ont pas montré un quelconque penchant pour cette posture martiale et ont opté pour la sensibilisation. Mais la démarche adoptée est d’une gaucherie affligeante, qui risque de se révéler contre-productive. On a placardé des affiches présentant des visages souriants, avenants, avec une main tenant une carte d'électeur et l’invite Samaâ soutek (fait entendre ta voix) pour convaincre les Algériens d’aller voter. Mais il s’avère que les modèles sur ces affiches ne sont pas des citoyens algériens. Les photos originales de ces posters, visiblement photoshopées pour traduire la diversité de la société algérienne, ont été téléchargées de banques d’images gratuites en ligne. C’est les photos de modèles étrangers que l’entreprise en charge de cette campagne a repris gracieusement, sûrement pour ne pas devoir payer des modèles algériens. C’est le ratage. On ne voit plus le message, mais la photo qu’on examine sous toutes les coutures pour déceler les points photoshopés. Les pouvoirs publics n’avaient pas besoin de mener campagne pour la participation, qui est la mission des candidats, mais puisqu’ils ont décidé de le faire, il fallait y mettre le fond et la forme pour espérer atteindre l’objectif. Et ce n’est certainement pas en se ridiculisant et en devenant la risée des réseaux sociaux qu’on parviendra aux résultats escomptés.

H. G.

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