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International | Par Moumene Belghoul | 11-04-2017

Après l’intervention inattendue des Américains

Syrie, changement des règles du jeu ?

L’agression américaine contre la Syrie aura clarifié si besoin est certaines postures devenues aujourd’hui plus lisibles. C’est probablement la première fois qu’une agression américaine contre un pays arabe est applaudie en même temps par Israël et par des pays arabes. Signe des temps qui semblent avoir particulièrement changé dans ce Moyen-Orient compliqué. Beaucoup a été dit sur la volonté de Trump de paraître plus audacieux que son prédécesseur et regagner en crédibilité notamment sur le plan intérieur. Mais force est de constater qu’une action militaire de cette nature de la part de la première puissance mondiale ne saurait rester sans conséquences sur le terrain où Russes et Iraniens s’ouvrent désormais le droit de «riposter» dans cette guerre de positions particulièrement sanglante en cours en Syrie depuis plus de six ans

Les Tomahawks américains qui ont visé une base aérienne en Syrie sont venus finalement remodeler une situation sur le terrain syrien déjà particulièrement compliquée. Les commentateurs et analystes y sont allés de toutes les lectures pour expliquer les tenants et les aboutissants d’une réaction agressive de l’hyper-puissance dans un champ déjà par trop miné par six années de tragédie et de jeu de manipulation de la part de plusieurs acteurs. Une tragédie dont le peuple Syrie continue de payer le prix. L’agression américaine contre la Syrie aura également clarifié certaines postures devenues aujourd’hui plus lisibles. C’est probablement la première fois qu’une agression américaine contre un pays arabe est applaudie en même temps par Israël et par des pays arabes. Signe des temps qui semblent avoir particulièrement changé dans ce Moyen-Orient compliqué. La réaction de la Turquie, l’un des acteurs importants de la tragédie syrienne n’est pas également passée inaperçue. Le ministre des Affaires étrangères Benali Yildrim s’est félicité de cette frappe et a souhaité même d’autres bombardements contre l’armée syrienne. Une attitude étonnante pour un pays qui avait accusé les Etats-Unis d’avoir encouragé la tentative de coup d’Etat contre Erdogan et rentré en brouille avec Washington sur la question du prédicateur Gülen. La position d’Ankara ne manquera pas de compliquer de nouveau ses rapports avec Moscou. Les zones kurdes dans le nord syrien pourraient ainsi s’embraser et embrouiller les calcules des turques dans cette partie stratégique pour leurs intérêts. Aussi dans le nord de l’Irak, la Turquie pourrait avoir les plus grandes difficultés à évoluer face au gouvernement irakien. Beaucoup a été dit sur la volonté de Trump de paraître plus audacieux que son prédécesseur et regagner en crédibilité notamment sur le plan intérieur. Mais force est de constater qu’une action militaire de cette nature de la part de la première puissance mondiale ne saurait rester sans conséquences sur le terrain. Washington a fait un mouvement important sur l’échiquier. Ses adversaires sur le terrain auront le droit d’en faire autant.   

 

Ligne rouge

 

La réaction de Moscou, Damas et Téhéran aura ainsi été particulièrement froide se limitant à condamner cet acte considéré comme «encourageant» pour les groupes terroristes. Les alliés s’ouvrent ainsi le droit de «riposter» dans cette guerre de positions particulièrement sanglante en cours en Syrie depuis plus de six ans. La Russie et l’Iran pourraient être désormais libérés de certaines contraintes sur le terrain syrien vis-à-vis de leurs adversaires. Moscou et Téhéran ont condamné  une «action agressive qui viole le droit international» contre un «Etat souverain». Les président Poutine et Rohani  l'ont qualifiée d'«inadmissible», rappelant en cette attitude unilatérale violait le droit international. Les présidents iranien et russe ont renouvelé leur appel à la tenue d'une enquête objective au sujet de l'attaque chimique présumée qui a touché la ville de Khan Cheikhoun, dans la province d'Idleb, le 4 avril dernier. Une enquête qui devrait permettre d'établir les responsabilités, alors qu'une grande partie des Occidentaux et des pays du Golfe accusent déjà Damas sans avoir attendu une quelconque enquête. Une réaction aura également marqué les observateurs. Celle du centre de commandement des forces russes, iraniennes et groupes alliés soutenant le gouvernement syrien, celles-ci signifie dans un communiqué qu’elle «répondra par la force» si la «ligne rouge» était une nouvelle fois franchie en Syrie. «L'opération conduite par les Etats-Unis est une agression contre la Syrie : une ligne rouge est franchie». «Désormais, toute agression, quel qu'en soit l'auteur, fera l'objet d'une réponse par la force et les Etats-Unis connaissent les moyens dont nous disposons pour cela», précise le communiqué. Le ton n’aura jamais été aussi ferme envers la puissance américaine augurant d’un scénario catastrophe si la raison ne l’emporte pas. Les bombardements des Américains ont fait monter d’un cran la tension en Syrie et ouvert le champ sur le pire, c'est-à-dire une déflagration généralisée dont les conséquences pourraient être désastreuses pour Washington et ses alliés dans la région.  

 

R. I.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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