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Culture | De notre correspondant à Annaba Mohamed Rahmani | 13-04-2017

Le théâtre, père des arts, parle à tout le monde

Un vecteur de socialisation de la culture sous-exploité



De tous temps et chez tous les peuples, le théâtre a toujours existé sous différentes formes et expressions vivant du peuple et parmi le peuple. Il trouve sa raison d’être dans l’influence qu’il exerce sur la personnalité de base des individus. L’effet cathartique qu’il provoque étant une sorte de purge pour des  émotions réprimées qui, de ce fait, s’extériorisent allant jusqu’à briser des tabous pour libérer la société de l’empire du conservatisme sclérosant.

Ainsi, chez nous et depuis des temps immémoriaux, le théâtre, même sous sa forme la plus primitive a eu sa place, dans la famille traditionnelle, dans les fêtes et dans les souks. On fait du théâtre sans le savoir et sans pour autant évoluer sur des planches avec rideaux et éclairages et on arrive à charmer et à séduire l’assistance qui suit avec attention des péripéties savamment racontées par la vieille grand-mère. Celle-ci, en ces longues nuits d’hiver, autour d’un feu dans cette chaumière perdue en pleine montagne raconte. Le volume de la voix qui monte et qui baisse selon les séquences, la gestuelle adoptée, l’expression du visage, les émotions ressenties, ce regard triste ou joyeux font vivre cette histoire qui permet à l’assistance d’entrer dans le récit raconté. On est suspendus à ses lèvres, aux chuchotements et aux murmures pour ne rien rater ; cet art, ce talent, cette narration personnalisée, c’est du théâtre. Kateb Yacine ne disait-il pas que sa mère, à elle seule, était un théâtre ?

Puis vint la modernité avec ces temples construits pour le 4e Art qui dispose ainsi d’un espace d’expression confortable avec toutes les commodités pour un public qui a pris goût à cette expression artistique devenue un besoin. Pièces de théâtre, acteurs, accessoires, décors, éclairage, orchestre et autres font ces spectacles qui drainent des foules qui se bousculent pour y entrer. Des pièces qui ont marqué des générations entières et qui sont devenues des classiques du théâtre connues de tous. Mais, hélas, cela ne dura pas longtemps et tout bascula, une descente aux enfers qui a tout balayé, ne restent que ces temples sans âme, déserts et sans vie. Des édifices squattés par des intrus qui exploitent ces espaces pour des joutes politiques stériles ou alors quelque manifestation culturelle conjoncturelle.

Cette cassure a eu des effets pernicieux pour la santé du théâtre qui s’en est trouvé handicapé ne pouvant plus se prendre en charge par lui-même faute de production. Des écrivains qui se sont détournés de cet art, des acteurs de théâtre au chômage et des professionnels qui ont changé de métier. 

L’intervention du ministère de tutelle avec des mesures drastiques, réduisant considérablement  les budgets de ces théâtres a donné le coup de grâce à cet art qui, pourtant, est l’un des piliers de la culture, de sa diffusion et de sa socialisation. Il aurait été, à notre humble avis, plus judicieux d’affecter une partie de ce budget à la formation et à l’écriture qui pourrait être le point de départ d’un renouveau du théâtre algérien avec de jeunes talents qui existent et qui ne demandent qu’à être aidés pour s’affirmer et voler de leurs propres ailes. Mais apparemment cela n'emballe personne et l'on n'a de yeux que pour la rentabilité, les chiffres. Mais les chiffres n'ont jamais fait la culture.

M. R.

 

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