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Magazine | Par Pascal Kümmerling | 19-04-2017

Des chiffres en augmentation

Les drones, une menace pour l’aviation

La prolifération ces dernières années de drones commerciaux ou de loisirs inquiète les responsables de l’aviation civile. En effet, ceux-ci représentent désormais une menace sérieuse pour la sécurité du trafic aérien.

La prolifération ces dernières années de drones commerciaux ou de loisirs inquiète les responsables de l’aviation civile. En effet, ceux-ci représentent désormais une menace sérieuse pour la sécurité du trafic aérien.

Si aucun accident grave n’a eu lieu pour l’instant, on dénombre par contre une multiplication des rapports d’incidents lors du décollage et de l’atterrissage des avions de lignes. Aux Etats-Unis, le Centre d’étude des drones de l’université de Bard a enregistré 921 incidents impliquant des drones et des avions dans l’espace aérien américain, de décembre 2013 à septembre 2015. Trente-six de ces incidents étaient considérés comme «proches d’une collision». Dans 28 d’entre eux, les pilotes ont dû agir pour éviter une collision.

Du côté de la Fédération Aviation Administration (FAA) on recense 500 survols illicites de drones au-dessus du sol américain de 2012 à 2014. A New-York, les pilotes de lignes croiseraient maintenant des drones évoluant à plus de 3’600 mètres, alors qu’ils ne sont pas censés voler à plus de 120 mètres.

Le 19 février dernier, un Airbus A320 d’Air France assurant la liaison Barcelone-Paris a croisé un drone à 1’600 m d’altitude à l’approche de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. Lorsqu’il a aperçu le drone, le copilote de l’avion qui volait alors à plus de 400 km/h a déconnecté le pilote automatique et effectué une manœuvre d’évitement. Le drone est passé à environ cinq mètres en dessous de l’aile gauche de l’avion.

Un des cas le plus grave est survenu à un A320 de la compagnie British Airways en avril 2016, qui a été percuté lors de son atterrissage à Heathrow avec 132 passagers et 5 membres d’équipages à son bord. Une fois inspectée l’avion a pu reprendre son service.

Pour l’Association internationale du transport aérien (IATA), les drones volant à basse altitude près des aéroports représentent une menace pour les avions qui décollent ou atterrissent et sont la principale préoccupation de l’organisation. Mais on note également que l’interférence des fréquences radio utilisées pour contrôler les drones avec les systèmes de contrôle aérien peut également poser problème.

A ce jour, seuls 63 des 191 pays membres de l’Organisation civile de l’aviation internationale (Oaci) ont adopté pour le moment des réglementations sur les drones. Neuf pays sont en train d’en élaborer, tandis que cinq Etats ont interdit l’utilisation des drones. Cependant, il est important de signaler le manque de cohérence entre ces règlementations. L’uniformisation des règles n’est pas encore à l’ordre du jour, pourtant le temps presse.

Dans notre pays, l’exploitation des modèles réduits d’aéronefs et de drones d’un poids compris entre 0.5 et 30 kg est interdite à une distance de moins de 5 km des pistes d’un aérodrome civil ou militaire. Si la réglementation semble pour l’instant bien respectée, les autorités aéroportuaires se préparent pourtant au pire, avec la mise en place prochaine de systèmes capables de neutraliser un drone ayant franchi les limites autorisées.

A Dubaï, les drones sont devenus si populaires que presque 40% des habitants en possède au moins un exemplaire. L’année dernière, la direction de l’aéroport de Dubaï a du stopper trois fois l’activité de l’aéroport suite à des intrusions de plusieurs drones. Lors de la fermeture la plus récente, le 29 octobre dernier, qui a duré pendant 90 minutes, 22 vols ont dû être détournés vers d’autres aéroports. On estime par ailleurs que chaque arrêt a coûté à l’aéroport environ 1 million de dollars la minute, sans parler du préjudice pour les passagers.

Désormais la chasse aux drones est ouverte, plusieurs aéroports se sont déjà munit de systèmes actifs. L’Autorité de l’Aviation Civile de Dubaï a répondu récemment à la menace avec la mise en place d’un «chasseur de drones», soit un avion télécommandé qui utilise l’imagerie thermique et infrarouge pour détecter les drones qui risquent de se perdre dans l’espace de l’aéroport. Une fois qu’il s’est verrouillé sur un drone drôle, l’avion le suit et envoie les coordonnées à la police de Dubaï, qui ensuite prendre le relais. Un autre système au sol permet à courte distance de brouiller la fréquence de guidage du drone et fait s’écraser le drone presque instantanément. Autre pays, autre méthode, aux Pays-Bas, on utilise des aigles à tête blanche, formés pour attaquer en piqué et capturer les intrus électronique. Le marché des chasseurs de drones est en pleine évolution pour venir équiper les aéroports mais aussi toutes sortes de manifestations.

P. K.

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