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Théma | De notre correspondant à Béjaïa Kamel Amghar                       | 19-04-2017

Béjaïa

Le secteur peine à remplir correctement son rôle

La politique sociale de l'Algérie consacre l'accès gratuit aux soins et à l'éducation pour tous les citoyens. Aux moments de crise les plus dures, l'Etat ne se s'est jamais dérobé à cette mission essentielle.

La politique sociale de l'Algérie consacre l'accès gratuit aux soins et à l'éducation pour tous les citoyens. Aux moments de crise les plus dures, l'Etat ne se s'est jamais dérobé à cette mission essentielle. La Constitution et tous les textes législatifs qui en découlent érigent cette préoccupation au rang de priorité nationale. Etrangement, ces deux secteurs, en dépit de tout l'intérêt qui leur est réservé, sont manifestement mal en point. Les moyens matériels mis en place sont, de l'avis de tous, énormes. Les dotations budgétaires consacrées sont pareillement colossales. Les résultats obtenus, en retour, sont décevants. Notre système de santé est assurément mal géré. Il n'y a aucune autre explication. Les patients se plaignent constamment de difficulté d'accès aux soins, alors que les structures de proximités se répandent partout ! Ceux qui ont la chance de se faire admettre dénoncent la mauvaise qualité de l'accueil, la médiocrité des prestations, la négligence et le manque manifeste d'entretien. Dans toutes les communes et les quartiers populaires, on trouve des établissements publics de santé de proximité (EPSP).

Tous les villages et les hameaux disposent de polyclinique et de salles de soins. Dans les villes et les grands centres urbains de nouveaux hôpitaux ont été mis en service et d'autres sont  en construction, alors que des extensions d'établissements publics hospitaliers (EPH) préexistants ont été réalisées ou sont aussi en cours d'exécution. En matière d'équipements et de personnels, de gros efforts ont accompagné cette politique de déploiement tous azimuts. La wilaya de Béjaïa, par exemple, dispose d'un patrimoine considérable constitué d'un CHU doté de 22 services spécialisés, cinq hôpitaux implantés dans les principales villes de la wilaya, huit établissements publics de santé de proximité (Epsp), cinquante polycliniques et plus de 200 salles de soins, un Samu, un hôpital spécialisé en rééducation et réadaptation fonctionnelles, un centre régional de transfusion sanguine. De nouvelles réalisations dont un nouvel hôpital, 2 polycliniques et 2 Epsp ouvriront sous peu leurs portes.

Avec un tel dispositif, la population béjaouie ne devrait pas, en principe, se soucier pour sa santé. Hélas, la réalité est peu reluisante. On assiste, bien au contraire, à une régression continue du secteur, contraignant les gens à s'endetter pour se faire prendre en charge dans le secteur privé ou à solliciter la mansuétude du public pour collecter l'argent nécessaire à cet effet. «Durant les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, avec infiniment moins de moyens, nous étions beaucoup mieux pris en charge. Nos médecins et nos infirmiers, ne transigeant pas avec l'éthique, n'avaient qu'un seul souci : soulager les malades et participer, par là même, au développement du pays», regrette Ammi El Hachemi, un octogénaire qui a suivi de près les mutations successives du secteur et du pays de manière générale. «Aujourd'hui, les personnels de la santé, comme ceux de tous les autres secteurs d'activité, à quelques exceptions près, ne pensent qu'à leur portefeuille. Certains vont même jusqu'à exploiter les équipements publics à leur fin exclusive en faisant payer de substantiels dessous de table à leurs patients. La crise de notre système de santé est fondamentalement éthique. C'est bien dommage !», ajoute-t-il avec dépit.

Parmi les citoyens, nul ne disconvient à ce triste constat. L'Etat a mis les moyens et dégagé les budgets de fonctionnement qu'il faut. C'est dans la pratique que rien ne va ou presque. Les responsables du secteur doivent se pencher, en urgence, sur ce point pour rendre à l'exercice de la médecine sa pleine dimension humaine.

K. A.

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