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Théma | De notre correspondant à Annaba Mohamed Rahmani | 19-04-2017

Annaba

Mort clinique des hôpitaux

«Le problème du secteur de la santé, ce n’est pas tellement les moyens ou les infrastructures car la couverture sanitaire touche toutes les agglomérations, c’est plutôt l’élément humain qui est défaillant et qui, il faut le dénoncer, ne s’implique pas dans cette politique de santé que le gouvernement a mise en place et veut la concrétiser sur le terrain», nous a déclaré un retraité du secteur qui déplore cette situation.

«Le problème du secteur de la santé, ce n’est pas tellement les moyens ou les infrastructures car la couverture sanitaire touche toutes les agglomérations, c’est plutôt l’élément humain qui est défaillant et qui, il faut le dénoncer, ne s’implique pas dans cette politique de santé que le gouvernement a mise en place et veut la concrétiser sur le terrain», nous a déclaré un retraité du secteur qui déplore cette situation.

Ces propos rappellent ceux tenus par le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abdelmalek Boudiaf, lors de sa visite à Annaba, il y a près d’un mois, à l’occasion d’un séminaire sur les EHS regroupant les cadres de son département exerçant dans les wilayas de l’Est. Il critiquait alors le fonctionnement des structures de santé insistant sur le fait qu’un hôpital de chirurgie cardiovasculaire ne doit pas réduire son activité à la cardiologie interventionnelle, qu’un hôpital de neurochirurgie doit fonctionner H24 car les urgences de neurochirurgie ne peuvent pas attendre et qu’un hôpital d’infectiologie doit disposer d’un programme de développement qui assure des soins et des examens sur place en matière de lits de réanimation et dans le domaine de l’imagerie médicale. Il menacera les personnels affectés à ces structures dont l’activité s’est réduite considérablement en promettant que «des mesures radicales seront prises et seuls les cadres engagés resteront en place».

Le rapport global présenté par un directeur central faisait état de progrès importants et d’avancées appréciables mais que beaucoup reste à faire pour améliorer la qualité des services notamment en matière d’accueil et de prise en charge des patients. Ainsi l’on apprend qu’au niveau national 79 EHS sont en service dont 31 spécialisés dans la prise en charge de la mère et de l’enfant, 8 en ophtalmologie, 8 en rééducation fonctionnelle, 5 en chirurgie cardiaque et le reste dans plusieurs autres spécialités. La stratégie mise en place et visant des réformes a insufflé une nouvelle dynamique qui a donné lieu à la réhabilitation, entre autres, des soins de proximité mais aussi aux soins à domicile pour lesquelles 211 unités ont été créées et 5 000 patients ont été dans ce cadre hospitalisés à domicile. Le bilan fait aussi état de 4 200 interventions, fruit de conventions de jumelage entre les hôpitaux du nord et ceux des Hauts-Plateaux et du sud. L’externalisation des soins a permis à 3 400 000 malades d’être pris en charge par des consultations et le nombre de polycliniques est passé de 250 unités en 2013 à 730 en 2016. Une avancée appréciable dans l’ensemble mais qui reste à améliorer au vu de la situation réelle sur le terrain.

En effet, au niveau des hôpitaux à Annaba, les personnels ne s’impliquent pas du tout dans cette dynamique que M. Boudiaf voulait insuffler au secteur pour arriver à une prise en charge totale des patients avec une bonne qualité de service. Médecins, personnel paramédical, agents de service et administration continuent à adopter des comportements qui, la plupart du temps, donnent lieu à des protestations des patients et de leurs accompagnateurs. Cela aboutit à des situations où la violence verbale et même physique prend le dessus et le service s’arrête de fonctionner, les médecins refusant de travailler dans pareilles conditions. Il faut dire aussi que l’indiscipline des patients, surtout les accompagnateurs, est pour beaucoup dans ces situations car chacun voulant passer le premier jugeant que son état est plus grave que ceux arrivés avant et veut se faire examiner en priorité.

Les absences répétées des personnels affectés aux différents services s’expliquent par le fait que ceux-ci travaillent aussi dans le privé où leur comportement vis-à-vis des malades change du tout au tout. Du visage fermé et antipathique avec cet air pas commode du tout au niveau des hôpitaux publics, ces employés qui exercent aussi dans les cliniques privées deviennent très accueillants avec un large sourire et une disponibilité qui met en confiance le patient qui se sent déjà sur la voie de la guérison.

Un comportement à la carte qui trouve son explication dans la rémunération autrement plus intéressante dans le privé et qui vient en complément du salaire versé par l’Etat, un salaire garanti même si on ne travaille pas.

Ces mêmes employés exploitent leurs postes au niveau des établissements hospitaliers pour recruter les patients au profit de médecins ou cliniques privées en conseillant aux premiers d’aller voir tel ou tel spécialiste dans tel ou tel établissement privé qui est mieux équipé et où exercent des sommités en matière de médecine. Cela veut tout simplement dire que non seulement ces employés sont payés à ne rien faire mais qu’ils participent activement à la prospérité des cliniques privées qui pratiquent des prix hors de portée pour les patients de modeste condition. Cela revient à dire que tous les équipements mis en place, tous les moyens mis en œuvre, la politique de santé du ministère de tutelle, ces milliers de salariés du secteur ne servent que très peu les citoyens qui se ruinent en dépenses de santé auprès du privé car justement ces milliers de salariés ne font pas leur travail.

Il faudrait que Boudiaf qui est sur tous les fronts s’agissant de redresser ce secteur stratégique s’intéresse de plus près aux personnels dont la mentalité n’a pas évolué croyant toujours que le secteur public est le beylik et qu’ils sont là juste pour faire acte de présence. Les menaces proférées lors de sa visite à Annaba doivent être exécutées autrement c’est la mort clinique de nos établissements hospitaliers.

M. R.

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