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Magazine | Par Jacques Rigoulet | 20-04-2017

Cornes de rhinocéros

Pourquoi le trafic d’ivoire explose

Le braconnage de rhinocéros a explosé ces dix dernières années. Un trafic criminel juteux entoure la corne de rhinocéros, ses fausses vertus thérapeutiques et le prestige qu’elle constitue en trophée de chasse. Il est temps d’agir pour sauver les 30 000 rhinocéros qui restent sur la planète.

Le braconnage de rhinocéros a explosé ces dix dernières années. Un trafic criminel juteux entoure la corne de rhinocéros, ses fausses vertus thérapeutiques et le prestige qu’elle constitue en trophée de chasse. Il est temps d’agir pour sauver les 30 000 rhinocéros qui restent sur la planète.

Un rhinocéros du zoo de Thoiry a été tué le 7 mars dernier ; sa principale corne a été sciée et volée. C’est la première fois qu’un rhinocéros vivant était abattu dans un zoo en Europe dans le but de dérober sa corne. La même semaine, en une seule journée, 13 rhinocéros ont été découverts morts en Afrique du Sud, abattus par des braconniers. En 2016, le nombre d’animaux tués s’est élevé à 1 054 individus. A titre de comparaison, en 2007, seuls 13 rhinocéros avaient été braconnés dans ce pays.

Il resterait, selon des comptages réalisés en 2015, moins de 30 000 rhinocéros dans le monde. On compte pour cet animal cinq espèces différentes : en Afrique se trouvent le rhinocéros blanc (environ 20 400 spécimens, dont 18 500 en Afrique du Sud) et le rhinocéros noir (5 200 spécimens, dont 1 900 en Afrique du Sud). En Asie subsistent le rhinocéros indien, qui vit en Inde et au Népal (3 500 spécimens), le rhinocéros de Sumatra (250 spécimens) et le rhinocéros de Java (50 spécimens seulement).

Chaque rhinocéros adulte peut porter jusqu’à quelques kilogrammes de cornes, selon son âge et son espèce, le rhinocéros blanc étant le plus pourvu (jusqu’à 6 kg). Le rhinocéros indien et le rhinocéros de Java n’ont qu’une corne tandis que les 3 autres espèces en possèdent deux.

Les rhinocéros africains (blancs et noirs) se trouvent principalement en Afrique du Sud, en Namibie, au Kenya et au Zimbabwe. Alors que seuls 62 rhinocéros avaient été braconnés sur tout le continent africain en 2006, ce chiffre atteint 262 individus l’année suivante et 1 090 individus en 2013 (dont 90% en Afrique du Sud).

En 2015, ce sont en tout 1 342 rhinocéros (blancs et noirs) qui ont été braconnés sur le continent africain. Ces dernières années, on a tué en Afrique du Sud autant voire plus de rhinocéros qu’il n’en naît naturellement dans le parc de Kruger et les fermes privées.

La corne de rhinocéros est utilisée dans la médecine traditionnelle asiatique pour soigner fièvres et maladies cardio-vasculaires ; elle est très prisée en Chine et au Vietnam ; plus récemment, on la trouve prescrite comme traitement anticancéreux ou aphrodisiaque.

Il n’existe toutefois aucune validation scientifique de telles vertus thérapeutiques. Mais ces croyances infondées favorisent une flambée de la demande de poudre de corne en Asie. Les prix grimpent toujours plus hauts : jusqu’à 60 000 dollars le kg… soit plus cher que l’or !

La corne de rhinocéros est en fait simplement composée de kératine agglomérée – une protéine présente dans les ongles des animaux et des humains – et de quelques acides aminés et minéraux, phosphore et calcium.

Selon l’ONG WWF, la demande de corne de rhinocéros a explosé au milieu des années 2000, tout particulièrement au Vietnam en raison de la parution d’informations selon lesquelles un officiel du gouvernement atteint d’un cancer serait entré en rémission grâce à son usage.

Il existe aussi une demande en Chine et à Hong-Kong pour confectionner des objets qui peuvent être des signes extérieurs de richesse (bijou, coupe libatoire) ; avant les années 2000, il existait de même un marché pour les manches de poignards (djamba) au Yémen.

Le commerce illicite des espèces sauvages constitue le 4e marché illégal au monde, après les stupéfiants, les produits contrefaits et la traite des êtres humains. Il concerne chaque année des dizaines de millions de spécimens d’animaux et de plantes. En 2014, on a estimé sa valeur entre 10 et 20 milliards de dollars.

Il existe aujourd’hui des preuves très claires que des groupes du crime organisé sont impliqués dans le braconnage du rhinocéros et le commerce illégal de ses cornes pour alimenter la médecine traditionnelle de certains pays d’Asie.

Ce commerce illégal est désormais l’une des activités criminelles les plus structurées auxquelles est actuellement confrontée la Cites - la Convention de Washington qui réglemente le commerce international des espèces -, aidée dans son combat par Interpol, Europol, l’OMD (Organisation mondiale des douanes) et l’Onudc (Office des Nations unies de lutte contre les drogues et les crimes).

Avant les années 2000, les pressions sur les pays consommateurs (Yémen, Corée, Taïwan et Chine) pour stopper ce commerce de cornes ont provoqué, jusqu’en 2007, une baisse du braconnage et une remontée des effectifs de rhinocéros en Afrique. Mais au milieu des années 2000, suite à l’émergence du marché vietnamien, le braconnage a repris de façon spectaculaire.

Selon l’Onudc, les principales cargaisons de corne proviennent, par ordre d’importance, d’Afrique du Sud, du Mozambique (où il n’y a plus de rhinocéros vivants mais où il y avait beaucoup de braconniers qui venaient sévir dans le parc Kruger sud-africain), du Zimbabwe et du Kenya.

Au début des années 2010, les Emirats Arabes Unis et l’Europe font office de plaque tournante : Prague a ainsi découvert en 2011 une filière de ressortissants tchèques chasseurs de trophées en Afrique du Sud qui les revendaient à leur retour à des commerçants vietnamiens.

De nombreux vols de cornes (90 entre janvier 2011 et juin 2012) ont également eu lieu dans des muséums et des salles des ventes partout en Europe, des méfaits perpétrés par la filière dite «irlandaise» des Rathkeale Rovers démantelée par Europol. Le Vietnam, la Chine et la Thaïlande sont, respectivement, les principaux pays importateurs de ces cornes volées.

Le commerce de la corne de rhinocéros est banni au niveau international depuis 1977 par la Convention Cites signée par 182 pays.

J. R.

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