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Editorial | Par A. Lemili | 20-04-2017

Hécatombe routière : encore et toujours

L’Algérie s’apprête à accueillir du 20 au 22 mai des experts internationaux dans le cadre d’un séminaire dont le but essentiel est de diagnostiquer les problèmes de la conduite, les répercussions psychologiques, sociales, économiques et sanitaires sur l’individu et la société. Le choix des experts paraît des plus judicieux. Il s’agira de spécialistes de Suède, du Danemark, de la Turquie, de Jordanie et d’Allemagne. Judicieux parce que cette quinte de pays est des plus représentatives du phénomène des accidents de la route.

Dans le communiqué d’annonce, est notamment mis l’accent sur «le rôle de la famille et les acteurs sociaux à l'instar de l'école, des centres de sûreté, des institutions ministérielles, des médias, de la mosquée, des écoles de conduite, des associations de la société civile, de la police routière, de la Gendarmerie et de la Protection civile». En somme, tout un programme qui, quelque part, force le trait sur une relative faillite des acteurs évoqués. Une faillite qui, bien entendu, se mesure d’année en année par l’évolution exponentielle des victimes et forcément des conséquences en découlant autant sur les familles des victimes que les institutions et établissements de l’Etat.

En fait, le choix des pays cités est illustratif de la réalité vécue par leur population, mais bien loin de toute perception hâtive qui laisserait à supposer qu’ils constituent un modèle à calquer, à l’exception de la Suède et ses statistiques «avantageuses» de 264 morts au cours de l’année 2016. C’est à la faveur d’une loi dite «Vision zéro» prise en 1997 par le Parlement et promettant d'éliminer à la fois les morts et les blessés de la route que ce pays scandinave est effectivement parvenu à diminuer l’hécatombe qui lui était connue. Pour cela, il a notamment fallu de profonds aménagements du réseau routier dont la réalisation de 1 500 km dite «2+1» qui auront permis de sauver près de 150 vies. La Suède avait également fait le choix de durcir la répression routière accompagnant celle-ci par la multiplication des passages piétons sécurisés, des ponts et des zébras avec lumières clignotantes et protégés par des ralentisseurs dont le résultat allait s’avérer spectaculaire : diminution de moitié la mortalité des piétons.

L’Algérie est-elle en mesure d’instaurer une organisation spartiate du genre et les Algériens pourraient-ils être sensibilisés au point qu’ils deviennent effectivement conscients de la nécessité de mettre un terme à ce drame qui veut que désormais chaque semaine au moins 50 personnes périssent sur l’asphalte et que plus d’un millier soient blessées et pour certains définitivement handicapées ?

En 1972 les routes allemandes avaient la triste réputation de faire en moyenne 58 morts par jour. Actuellement, elles n’en sont plus qu’à une dizaine. Et ces accidents sont, selon un organe spécialisé, imputables à une météo clémente avec un automne sec qui exhorterait les conducteurs à rouler plus vite.

La présence de la Jordanie à cette rencontre internationale a également ses raisons, ce pays, malgré une réglementation très sévère, détient le triste record ayant l’un des taux d’accidents le plus élevé au monde. Paradoxalement, l’Algérie n’est citée dans aucune des statistiques établies par des institutions internationales relevant de l’ONU et/ou des organisations non gouvernementales. Est-ce à dire qu’il n’existe aucun organisme national à même de confirmer la comptabilité morbide qui alimente quotidiennement la rubrique «Société» et «Faits divers» des quotidiens d’information ?

«Diagnostiquer la réalité routière et les séquelles des accidents de la route», «Les expériences internationales dans les stratégies de la prévention routière», «Le rôle des institutions sociales» feront partie des thèmes débattus au cours du séminaire. Pourvu que tout ce qui sera dit soit suivi d’effet.

A. L.

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