INFOS
Au fil des jours | Par Noureddine Khelassi | 20-04-2017

Bouterfa confirme que l’essor des énergies renouvelables est une priorité nationale

Finalement, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, disait le Tigre George Clémenceau ! Et il est heureux de constater que notre ministre de l’Energie Noureddine Bouterfa ne fait pas partie de cette catégorie de gens qui aiment tant mourir avec leurs idées, et même pas de mort lente comme aurait dit George Brassens ! Il est donc agréable de constater la mue salutaire d’un homme qui était il n’y a pas si longtemps que ça un adepte intégriste des énergies fossiles. On est alors ravis de le voir se convertir aux énergies renouvelables, tout en déclarant notamment que l’exploitation du gaz de schiste n’est pas à l’ordre du jour car la priorité est désormais accordée aux énergies non carbonées qui sont «l’avenir». Le changement de convictions et de vision chez lui a été rapide et radical. Il y a deux ans seulement, et alors qu’il dirigeait Sonelgaz, l’opérateur public d’électricité et de gaz, il n’hésitait pas à déclarer que les énergies renouvelables «n’étaient pas une priorité», le besoin et l’urgence étant de «satisfaire le consommateur, car l’Algérien a besoin d’avoir son électricité, qu’importe l’origine». Et il invoquait même de forts coûts de financement d’un programme de développement des énergies renouvelables, soit 100 milliards de DA par an, alors même que l’Algérie est sous fortes contraintes financières. Avec cette conversion totale aux énergies propres, Noureddine Bouterfa se range donc à l’avis du président Abdelaziz Bouteflika qui a décrété en février dernier que l’essor des énergies renouvelables est une «priorité nationale». Il faudrait par conséquent s’attendre à ce qu’un coup d’accélérateur soit donné à l’application du programme ad hoc adopté en Conseil des ministres en mai 2015. Le chef de l'Etat avait rappelé à cet effet une plate mais heureuse évidence, à savoir que le développement des énergies renouvelables «est à même de prolonger durablement l’indépendance énergétique de notre pays et de générer aussi une dynamique de développement économique dans son sillage». L’équation de souveraineté énergétique à deux termes est donc là : l’expansion des énergies renouvelables favorise une dynamique économique réelle. Pour rappel, le programme national des énergies renouvelables prévoyait une production d'ici à 2030 de 22 000 MW d'électricité de source renouvelable, notamment dans le solaire et l’éolien. Volumes destinés au marché intérieur, en plus de 10 000 MW supplémentaires à l’export. Ce qui correspond à un peu moins de 30% de la production globale d'électricité à l’horizon 2030 et le double de la capacité actuelle de production d'électricité. Ce n’est pas astronomique mais ce n’est pas négligeable non plus. Cette volonté de mettre encore plus l’accent sur les énergies de substitution nécessite un déploiement à plus grande échelle du photovoltaïque et de l'éolien. Elle implique aussi un recours accru au solaire thermique, à la cogénération, la biomasse et la géothermie. Et, c’est heureux, il existe une prise de conscience à ce sujet comme en témoignent les projections officielles. Grâce à ce programme volontariste, il est prévu de réaliser une économie d’environ 300 milliards de m3 de gaz sur la période 2021-2030. Une partie de cette épargne énergétique sera exportée, ce qui rapporterait à l’Etat des revenus supplémentaires importants. Et, cerise financière sur le gâteau économique, jusqu'à 300 000 postes d'emplois directs et indirects devraient être générés par la mise en œuvre de ce programme même modestement ambitieux. En termes d’énergies non fossiles, notamment dans le solaire, l’Algérie est certes encore loin d’égaler l’Espagne qui a lourdement investi et qui a une vision stratégique en la matière. Mais notre pays a déjà fait quand même un effort : en 2015, 14 centrales électriques photovoltaïques totalisant 268 mégawatts (MW) ont été mises en service dans les Hauts-Plateaux et le Sud, pour un coût global de 70 milliards de dinars et une création de 250 emplois par unité. Une capacité installée s’ajoutant à la centrale hybride de Hassi R’mel (150 MW) et à la ferme éolienne d’Adrar (10 MW). Mais il y a désormais beaucoup mieux que cette politique de l’ambition modeste en matière d’énergies renouvelables. C’est le changement de cap et l’adoption d’une politique de développement des énergies non carbonées beaucoup plus ambitieuse. Et c’est, par exemple, l’annonce réjouissante à Houston lors d’un Forum algéro-américain sur l’Energie de la volonté, forcément politique, qui consiste à doter le pays d’une gigantesque capacité de 4 000 MW, en énergie solaire photovoltaïque. Le projet porte sur l’installation de centrales électriques et la fabrication locale des équipements dédiés. Il est donc plus que temps d’être résolument en capacité de produire de l’énergie solaire à grande échelle. Et comment peut-il en être autrement dans un pays qui a un des tous premiers taux d’ensoleillement annuel au monde ! Comme tout le monde ne l’ignore pas, grâce à la géographie, l'Algérie dispose d'un des gisements solaires les plus élevés au monde. La durée d'insolation sur la quasi-totalité du territoire dépasse les 2 000 heures/an et peut atteindre presque les 4 000 sur les Hauts-Plateaux et le Sahara, contre 2 800 sur le littoral. Une irradiation moyenne de 5 KWh/m2 par jour sur la majeure partie du pays, soit environ 1 700 KWh/m2/an au Nord et 2 263 kWh/m2/an au Sud. Une divine bénédiction !

N. K.

Réactions (0)