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Culture | Par Sihem Bounabi | 16-05-2017

Clôture du colloque sur le 7e art et l'œuvre mammérienne à Oran

Travailler à la socialisation de l’œuvre de Mouloud Mammeri

Pour le cinéaste et enseignant à la faculté des langues étrangères de l’université Oran 2, Mohamed Bensalah, «il est temps de faire table rase des clichés tenaces concernant les rapports entre la littérature et le cinéma et d’abolir les frontières entre les arts»

Le colloque tenu sous le thème «L'œuvre mammérienne revisitée à l'aune du 7e Art», organisée durant deux jours au Théâtre régional Abdelkader-Alloula d’Oran, dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri s’est clôturé dimanche dernier avec plusieurs recommandations des participants visant à donner davantage de visibilité sur l'œuvre de l’écrivain et anthropologue. «Le but est de rendre plus accessible l’œuvre de Mouloud Mammeri», a précisé El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut-commissariat à l'amazighité (HCA), organisateur de cette rencontre placée sous le haut patronage du président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Le secrétaire général du HCA a expliqué que la proposition des participants vise à «mettre l'œuvre de Mammeri à la disposition des jeunes lecteurs à travers, notamment, son adaptation aux supports multimédias et aux autres formats susceptibles d'attirer la génération montante comme la bande dessinée», rapporte l’APS. Le colloque a également vu les intervenants plaider pour la «numérisation de l’ensemble des thèses soutenues dans les universités algériennes et étrangères traitant de la problématique de l’adaptation des œuvres littéraires algériennes au cinéma et au théâtre». Le SG du HCA a souligné que cette action permettrait, à terme, la réalisation d’un inventaire bibliographique à mettre à la disposition des chercheurs, en suggérant, dans le cadre de ce centenaire, d'accorder la priorité à l’œuvre mammérienne. Les conférenciers ont aussi appelé à «promouvoir le travail accompli par les différents laboratoires de recherche qui traitent de ces thématiques, en encourageant l’action en réseau et le partenariat», ainsi qu'à «la traduction des travaux et recherches vers le tamazight et l’arabe». La rencontre a débouché également sur d'autres propositions portant «baptisation d’une des structures scientifiques et de recherche de la wilaya d’Oran du nom de Mouloud Mammeri», et «duplication de l’expérience de l’événement organisé à Oran dans d'autres villes du pays et à l'étranger au profit de la communauté nationale, par exemple au Centre culturel algérien (CCA) ou à l’Ecole internationale algérienne de Paris».

Les activités animées dans la capitale de l'Ouest algérien, dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri, se sont achevées par la projection du film documentaire Da L'Mouloud à la Cinémathèque d'Oran, en présence du réalisateur Ali Mouzaoui. Produit en 1990, ce moyen-métrage de 50 minutes met en lumière l'engagement de Mammeri en faveur de la culture, du patrimoine national dans sa dimension linguistique, matérielle et immatérielle. Le montage de ce film a nécessité deux années de recherche documentaire, a indiqué le réalisateur dont l'œuvre donne la parole à Mammeri et à d'autres figures de la littérature algérienne à l'instar de Tahar Djaout (1954-1993) et Rachid Mimouni (1945-1995). Un autre documentaire, L'aube des damnés, réalisé par Ahmed Rachedi en 1965, avait été projeté samedi à la Cinémathèque d'Oran. Ce cinéaste a évoqué à cette occasion sa collaboration réussie avec Mammeri qui a écrit les commentaires de cette œuvre. Il a également rappelé que son film L'opium et le bâton en 1973 a été adapté du roman au titre éponyme de Mammeri.

Pour rappel, les rapports entre la littérature et le cinéma ont été au centre des débats dimanche lors de la deuxième journée du colloque consacré à Mouloud Mammeri. Pour le cinéaste et enseignant à la faculté des langues étrangères de l’Université Oran 2, Mohamed Bensalah, les rapports entre la littérature et le cinéma est une longue histoire de querelles et de malentendus. Il a souligné à cet effet qu’«on demande au film d’être scrupuleusement fidèle à l’œuvre dont il s’inspire, alors que le passage d’un langage à l’autre s’accompagne nécessairement d’une transformation, fruit de la rencontre profonde de deux créateurs». Il a rappelé, dans ce sens, que Mouloud Mammeri, interrogé à propos de l’adaptation de son roman L’Opium et le bâton à l’écran, disait «je n’attends pas une translation fidèle, les choses ne pouvant se dire que différemment au cinéma. Rachedi a suivi très fidèlement le roman», indiquant que le roman et le film sont deux langages différents dans une déclaration faite à la presse 48 heures avant sa mort. Selon le conférencier, El Hariq, feuilleton télévisé de Mustapha Badie, adapté à partir de la trilogie de Mohamed Dib, Le vent du sud de Benhadouga, adapté par Slim Riad, L’Opium et le Bâton et La colline oubliée de Mammeri, adaptés à l’écran respectivement par Ahmed Rachedi et Abderrahmane Bouguermouh ainsi que Morituri et Ce que doit le jour à la nuit de Yasmina Khadra, portés à l’écran par Touita Okacha et Alexandre Arkadi, constituent des exceptions. Pour lui, «il est temps de faire table rase des clichés tenaces concernant les rapports entre la littérature et le cinéma et d’abolir les frontières entre les arts».

S. B./APS

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