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Magazine | Par Rémi Sulmont et Loïc Farge | 17-05-2017

Des projets qui commencent à éclore à travers le monde

Des fermes urbaines high tech

Les Chinois sont peut-être en train d'inventer l'agriculture de demain avec la construction, dès 2018, d'une ferme urbaine géante.

L'année prochaine doit commencer, au cœur de Shanghai, la construction de la plus grande ferme urbaine du monde. Cette ferme géante sera aussi verticale que les gratte-ciel de Shanghai. Le projet prévoit de cultiver 100 hectares (un kilomètre carré de culture hors-sol). La ferme urbaine de Shanghai battrait ainsi toutes les installations existantes, qui se multiplient actuellement dans le monde. Elle permettrait à Shanghai de se positionner sur la scène «verte» internationale comme l'une des métropoles les plus innovantes.

Le projet consiste à créer quasiment un quartier entier. Plusieurs bâtiments, vitrés et transparents, sont prévus : l'un pour une ferme d’algues, l'autre pour des serres flottantes, un autre pour une bibliothèque de semences. De ces tours maraîchères sortiront des tonnes de légumes verts (épinards, choux frisés, cresson...) pour nourrir une partie des 24 millions d'habitants de Shanghai qui en raffolent.

«La Chine ayant perdu des dizaines de milliers d'hectares de terres cultivables, un sixième des terres chinoises étant inutilisables car polluées, nous avons besoin de changer notre approche de l'agriculture», expliquent les promoteurs. Ils ajoutent une dimension pédagogique à leur ferme du futur : sensibiliser les jeunes générations à ce qu’ils mangent.

La productivité au mètre carré peut être 75 fois supérieure à des cultures de plein champ. Ce sont les techniques d'aquaponie notamment qui seront utilisées. Les plantes sont sous des LED, les racines baignées dans des engrais biologiques. C'est vraiment de la culture hors-sol. Il n'y a pas de terre. On atteint de tels rendements affolants car «il n'y a plus de saison, ma bonne dame !». Ces techniques permettent de s'affranchir à la fois des saisons, des contraintes climatiques et des sols. C'est une agriculture high-tech, qui ne laisse rien au hasard.

Cette ferme géante dessine sans doute l'agriculture de demain. Ce qui inquiète beaucoup Antoine Lagneau, spécialiste d'agriculture urbaine à Natureparif, l'agence régionale pour la biodiversité en Île-de-France. «C'est une fausse solution qui prend le problème à l'envers : on construit une agriculture artificialisée, aseptisée. Quand on voit dans ces projets qu'ils ont une vocation pédagogique pour les nouvelles générations d'urbains, on peut vraiment se dire que quelque chose ne tourne pas rond», argue-t-il.

«Vous allez apprendre à des enfants que tout peut être remplacé, et surtout que tout pousse à l'intérieur de tours maraîchères. Vous leur dites, en gros, que nous n'avons plus besoin de la nature», se désole-t-il.

Antoine Lagneau, spécialiste d'agriculture biologique en France, ne condamne pas complètement ces fermes verticales. Il reconnaît aussi qu'elles peuvent apporter une réponse pour nourrir les populations dans des villes asiatiques surpeuplées.

Benoît Hartmann, du Réseau pour la transition énergétique, y est lui favorable. Mais selon lui, «des telles tours maraîchères seraient absurdes en Europe et en France, où il existe des surfaces agricoles aux portes de villes». Il faut en réalité calculer précisément quel est le bilan carbone de chaque légume qui sera produit. C'est rentable si ça peut éviter de faire faire 500 kilomètres à une laitue.

R. S./L. F.

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