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Editorial | Par A. Lemili | 18-05-2017

Drogues : suffit-il seulement d’en parler ?

Elle est louable l’enquête pilote engagée par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie sauf que comme d’habitude, mais à l’image de toutes les structures ayant fait le choix de la même mission dans un cadre associatif, le dénominateur commun est que tout le monde sait en parler, en parle énormément, mais sans apporter de réelles solutions, voire propositions de nature à rendre moins violente la réalité vécue par les personnes qui se trouveraient en phase avancée d’addiction. En outre, au-delà de trop théoriser sur un phénomène lequel, en plus des ouvrages scientifiques qui lui sont consentis à travers le monde, l’action publique de sensibilisation à travers les reportages, les documentaires, les prospectus, mais également à travers le cinéma et des films de fiction où si le sujet n’est pas central est au minimum à chaque fois évoqué, l’action publique gagnerait à mettre sur la table les raisons qui font justement que la consommation de drogues est en constante et surtout inquiétante évolution exponentielle. Or, jusque là et dans tout ce qui a été dit ou pu être dit ces quinze dernières années c’est, à la limite des banalités, le même discours et peu importe celui qui le fait. Durant toute la période précédemment évoquée il n’a toujours pas été question que de généralités, autrement dit des taux (pourcentage), des tranches d’âges, des genres. Dans une société algérienne socialement peu communicative et deux fois plus qu’une sur un sujet tabou pour ne pas dire honteux aux yeux des uns et des autres ladite enquête a-t-elle réellement des chances d’aboutir sur une réalité nettement moins raisonnable que «la confirmation de drogues et de psychotropes» où les «18,36% de consommateur de tabac sont en milieu scolaire» ? En fait, quelles que pourraient être les statistiques fournies par l’enquête pilote, c’est pourtant la réalité cachée ou tue par de nombreux autres consommateurs qui demeure la plus inquiétante car, serait-il possible aux yeux de n’importe quel citoyen lambda qu’un étudiant ou une étudiante révèlent allègrement leur addiction à une drogue alors même qu’avouer fumer est un pas que ne franchira jamais une fille ? Les pouvoirs publics ou du moins les secteurs concernés, notamment le ministère de la Santé, sont catégoriques lorsque leurs responsables affirment l’existence de centres de désintoxication assurant une prise en charge idoine, ce qui n’est pas le cas pour une bonne majorité d’entre ces structures lesquelles ne sont en réalité d’aucune assistance, voire même d’écoute aux jeunes drogués bien que cette défaillance l’est en général au corps défendant de ceux qui ont la charge de les faire fonctionner, mais qui sont plus que souvent désemparés en l’absence de personnels compétents sinon de leur disponibilité le cas échéant, de temps à consacrer aux familles désespérées, d’une thérapie étudiée, c’est-à-dire à court, moyen et long termes.  Enfin le talon d’Achille reste évidemment et en général la non-identification des raisons ayant conduit la personne concernée à l’usage des produits interdits. Le rôle de la famille pourrait pourtant être primordial dans bien des cas de figure sachant que le décrochage volontaire est possible même si une telle éventualité est pratiquement du domaine du miracle. Socialement, les jeunes algériens ne sont pas assez développés pour aller à la drogue juste pour s’intégrer dans un groupe ou tenter une expérience avec la seule idée de voir, elle est en général la conséquence d’un autre type de rupture sociale : tension familiale, conjugale, professionnelle et donc autant de raisons éludées à l’envi par des spécialistes qui se contentent de dire tout haut ce que tout le monde sait dans les plus profonds détails. Et le plus court chemin pour lutter contre la drogue serait de commencer par tarir les sources d’approvisionnement, le démantèlement des réseaux, une vigilance réelle à hauteur des frontières…

A. L.

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