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Culture | Par Sihem Bounabi | 20-05-2017

Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans de Fatima Sissani

Trois destins de femmes fidèles à l’appel du 1er Novembre 1954

Fatima Sissani a réussi à travers son œuvre à rendre hommage au combat des femmes algériennes durant la Guerre de libération, au-delà de leurs origines ou de leurs statuts sociaux

La réalisatrice Fatima Sissani a présenté, mercredi dernier, son documentaire Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans, à l’institut Français d’Alger, qui aborde le destin croisé de trois femmes, en l’occurrence Eveline Lavalette-Safir, Zoulikha Bekaddour, et Alice Cherki et leur engagement durant la Guerre de libération nationale pour l’indépendance de leur patrie l’Algérie. La projection s’est déroulée en présence de  Zoulikha Bekaddour, et Alice Cherki et d’un nombreux public.

Fatima Sissani a réussi à travers son œuvre à rendre hommage au combat des femmes algériennes durant la guerre de libération, au-delà de leurs origines ou de leurs statuts sociaux. Dans son documentaire, elle leur donne la parole, exprimée tout en pudeur mais également avec plein de fraicheur, cinquante ans après les faits, ou les sujets les plus lourds a l’instar du séjour en prison et de la torture sont abordés avec une pointe d’humour et avec un regard détaché ultime remède pour la résilience. Il y a également dans le documentaire de nombreuses photos d’archives ou on voit sur grand écran les noms des martyrs de la Guerre de libération nationale, mais également des images d’actualité relatant la réalité coloniale et les massacres du 8 mai 1945 qui a été un élément de prise de conscience pour beaucoup d’algériens.

Dès les premières images, l’émotion est présente avec l’apparition sur l’écran de la moudjahida Eveline Lavalette-Safir,  décédée  en 2014. Née à Alger en 1927 dans une famille de la bourgeoisie coloniale de la troisième génération, Eveline a rejoint les rangs du Front de libération nationale en 1955. Dans le documentaire, où elle témoigne pour la première fois face a une caméra après une cinquantaine d’années, la moudjahida raconte sa prise de conscience de l’injustice du système colonial et de son engagement pour la libération de son pays car elle se considère algérienne à part entière. Elle aborde les missions dont elle était chargée, son arrestation, son séjour en prison aux cotées d’autres Moudjahidate. Eveline Lavalette-Safir  restera très pudique sur la torture qu’elle a subie lors de son arrestation mais surtout lorsqu’elle a été internée en hôpital psychiatrique, où elle a subie plus d’une vingtaine d’électrochocs et autre formes de tortures physiques et psychiques. Elle préfère raconter la légitimé du combat du peuple algérien pour son indépendance, en témoignant de l’apartheid qui existait sous le joug colonial. Elle témoigne également de l’adhésion à cette cause de tous les militants pour la liberté sans distinction d’origine ou de confession religieuse, unis par une solidarité fraternelle pour répondre à l’appel du 1er novembre 1954. Elle évoque dans un livre son parcours,  Juste algérienne, comme une tissure. C’est avec beaucoup d’émotion et enthousiasme qu’elle parle de L’appel du 1er novembre 1954 en soulignant que «c’est un document très complet dans lequel on se retrouve bien». Sur grand écran, on ressent sa fierté à la relecture des extraits en concluant avec une voix pleine de conviction : «Algérien ! Nous t’invitons à méditer notre charte ci-dessus. Ton devoir est de t’y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté; le Front de libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne. Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie».

Le documentaire, mettra également à l’honneur, le parcours des militantes. Zoulikha Bekaddour, originaire d’une famille de Tlemcen, qui était également agent de liaison, et Alice Cherki, d’une famille juive présente en Algérie depuis deux mille ans.

La projection a été suivie d’un débat où la question de la transmission a été évoquée. Zoulikha Bekaddour, souligne que «nous avons toutes les trois écrit et avons dit chacune nos vérités et nos itinéraires. Le drame en Algérie c’est que l’on ne lis pas et que l’on n’encourage pas la lecture notamment à cause des problèmes de diffusion et de distribution». «Mon cheminement je l’ai écris et j’ai dis mon ressenti. Je suis une femme libre, victime de la ‘’ bleuite’’ qui reste un sujet tabou. Notre histoire il faut des gens courageux pour l’écrire, car tant qu’elle ne s’écrira pas notre jeunesse qui réclame et veux savoir son histoire sera désemparée», a-t-elle souligné. Elle ajoute que «le drame est que notre histoire et écrite par des étrangers. L’histoire repose sur des témoignages. Il serait souhaitable que tout ceux qui ont vécu cette guerre puissent témoigner, même les enfants doivent s’exprimer».

Pour sa part Alice cherki souligne que «si j’ai écrit le livre sur Frantz Fanon, que j’ai connu, et d’autres livres c’est bien pour transmettre car j’aime beaucoup transmettre aux jeunes générations. En même temps c’est un destin de femme. Cela continue avec une parole qui est portée pour ces jeunes pour qu’ils s’approprient quelque chose de leur propre histoire. C’est une façon de continuer à répondre à l’appel du 1er novembre. On a toutes continué dans notre domaine à travailler, à réfléchir et à transmettre»..

Fatima Sissani affirme que «la guerre de libération d’Algérie a pesé lourd dans ma famille comme dans toute les familles algériennes. Ce documentaire est une quête personnelle. Pour les besoins du film, j’ai beaucoup de récits, de livres sur la colonisation, la torture, les ségrégations et les humiliations que l’on porte en héritage. C’est l’histoire des miens et j’ai la résistance en héritage».

S. B.

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