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Conjoncture | Par Leila Marchand | 30-05-2017

Conçue pour protéger les semences du monde entier en cas de catastrophe

La réserve mondiale de graines est menacée par le réchauffement climatique

Une hausse de températures exceptionnelle, enregistrée en hiver dernier, a causé de fortes pluies dans la région à la place de la neige habituelle. Conséquence, le pergélisol qui entoure la chambre forte souterraine a fondu, ce qui a provoqué une fuite d'eau à environ 15 mètres dans l'entrée du tunnel de 100 mètres qui mène à la réserve.

Une hausse de températures exceptionnelle, enregistrée en hiver dernier, a causé de fortes pluies dans la région à la place de la neige habituelle. Conséquence, le pergélisol qui entoure la chambre forte souterraine a fondu, ce qui a provoqué une fuite d'eau à environ 15 mètres dans l'entrée du tunnel de 100 mètres qui mène à la réserve.

«Nous n'avions pas prévu que le pergélisol pourrait ne plus être là et qu'il subirait des conditions météorologiques extrêmes comme cela», a réagi cette semaine dans le Guardian Hege Njaa Aschim, du gouvernement norvégien, qui gère le site. «Beaucoup d'eau a inondé l'entrée du tunnel, puis elle s'est gelée. Entrer dans le tunnel donnait l'impression d'entrer dans un glacier».

Heureusement, l'eau fondue n'a pas atteint la réserve. Les précieuses graines restent en lieu sûr dans l'entrepôt, stockées à une température de -18°C, optimale pour la conservation.

Censée protéger les graines pendant des centaines d’années

Mais cet incident sème le doute sur la capacité de cette «Arche de Noé végétale» à résister au changement climatique. Quand la réserve a été inaugurée en 2008, elle était censée pouvoir fonctionner «sans l'aide des humains». Son lieu d'implantation, sur l'archipel norvégien du Svalbard, en faisait le lieu idéal, à l'abri de l'humidité, des fortes chaleurs et de toute activité tectonique.

L'entrepôt vise à préserver pendant des centaines d'années des échantillons de graines des principales espèces cultivées dans le monde. En cas de perte accidentelle d'une variété de semences dans un pays, lors d'un événement climatique ou une guerre par exemple, la banque de graines serait en mesure d'en fournir à nouveau.

Actuellement, la «chambre forte du Jugement dernier» - comme on la surnomme parfois - compte plus de 930 000 échantillons de graines des principales espèces alimentaires comme le maïs, le riz, le blé, le niébé, l'aubergine, la laitue, l'orge et la pomme de terre. Les échantillons, venus des quatre coins du monde, restent la propriété de ceux qui les y ont déposés. Au total, 4,5 variétés de semences peuvent être stockées.

La chaleur de 2016 se répétera-t-elle ?

A la suite de ces fuites d'eau, la Norvège a annoncé dans un communiqué des protections supplémentaires autour de la réserve. Des travaux vont être entrepris pour rendre le tunnel étanche et des tranchées seront creusées aux alentours pour canaliser l'eau de fonte et la pluie. «Tout ce qui peut être source de chaleur sera également retiré de l'entrepôt», a aussi précisé Hege Njaa Aschim, en citant les équipements électriques.

«Nous prenons ce problème très au sérieux», a ajouté la responsable. «Nous devons voir ce que nous pouvons faire pour minimiser tous les risques et veiller à ce que la banque de semences soit autonome». Pour cela, les gestionnaires du site comptent sur les prédictions des experts du réchauffement climatique.

La douceur exceptionnelle de 2016 - année la plus chaude sur Terre depuis le début des relevés de températures en 1880 - se répétera-t-elle à l'hiver prochain ? A la mi-novembre 2016, la température frôlait zéro degré Celcius au Pôle Nord, soit 20° au-dessus de la moyenne, selon l'institut danois de météorologie.

«L'Arctique et surtout Svalbard se réchauffent plus vite que le reste du monde. Le climat change radicalement et nous sommes tous étonnés de la rapidité avec laquelle ça se passe», a déclaré Ketil Isaksen, de l'Institut météorologique norvégien, au journal norvégien Dagbladet. En plus d'être un danger pour la biodiversité locale, cette hausse de température dans la région fait fondre la banquise, une fonte qui a un impact décisif sur l'ensemble de la planète.

Hege Njaa Aschim, en charge de la Réserve mondiale de semences, compte bien trouver une solution face à cette menace : «C'est une grande responsabilité et nous prenons ce problème très au sérieux. Nous faisons cela pour le monde».

L. M.

In Les Echos

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