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Théma | De notre correspondant à Annaba Mohamed Rahmani | 31-05-2017

Annaba

Activité au ralenti et gaspillage à grande échelle

A Annaba, durs ont été ces 4 premiers jours du Ramadhan où chacun essaye tant bien que mal de s’adapter au nouveau rythme avec ses exigences et ses interdictions que l’on doit bon gré mal gré observer en tant que musulman. L’activité est réduite au minimum particulièrement la matinée où la ville ne commence à s’éveiller et à s’animer que vers 9h30 où l’on voit quelques rares piétons se traîner vers leur lieu de travail. Une nonchalance qui dure toute la journée où l’on attend avec impatience le f’tour pour ensuite ressusciter et sortir de chez soi bien revigoré après s’être rempli la panse.

Il faut dire que ce mois censé être celui de la piété, de la modération, de la maîtrise de soi, de la fraternité et de la solidarité s’est transformé au fil des ans en celui de la frénésie de la consommation. On n’a de yeux que pour les aliments et les boissons, on dépense sans compter sans se demander si on est capable de tout consommer.

Au marché couvert de la ville, on se bouscule devant les étals pour acheter de grandes quantités, tout y passe surtout que les prix sont abordables cette année. Avec cette abondance de produits bien présentés et qui donnent envie, on prend presque tout, fruits et légumes de différentes variétés, et on passe chez le vendeur de dattes pour se choisir des branchettes. «Pour le f’tour avec du lait, c’est très bon pour rompre le jeûne après s’être abstenu toute la journée, ça donne de l’énergie et puis c’est très bon, c’est mon fruit préféré», nous dit un vieux rencontré près d’un de ces vendeurs qui présentent des variétés de dattes aux différents prix.

Chez le boulanger du coin, on ne se contente plus d’acheter la baguette traditionnelle comme d’habitude, on cherche le pain amélioré, brioché, rond, ou encore celui dit «pain maison» pétri sous différentes formes avec des graines de nigelle ou de sésame, une envie qui ne se manifeste que pendant ce mois et que les boulangers saisissent pour bien achalander leurs étalages.

Ensuite c’est chez le pâtissier qu’il y a foule, tartelettes au citron, castel, babas, éclairs et tartes sont au menu, chacun se remplit une boîte et avant de rentrer, on passe chez le vendeur de zlabia pour se charger encore d’un kilo de cette pâtisserie orientale très prisée par les jeûneurs. Là aussi, c’est toute une variété qui est présentée, syrienne, turque ou tunisienne, on en choisit pour rentrer les bras chargés de toute cette victuaille.

Au f’tour, on se retrouve devant une table bien garnie pour finalement n’en consommer qu’une infime partie, c’est à peine si on y goûte car on ne peut pas tout avaler. Les restes, pour la plupart, sont jetés. Les poubelles se remplissent, du pain en quantité, des plats cuisinés, des fruits et même des boissons se retrouvent dans les bennes à ordure.

Ce pic de consommation qui n’en est pas un en réalité puisque les aliments sont jetés relève du gaspillage, un gaspillage qui coûte beaucoup d’argent surtout que certains produits comme le pain et le lait ou encore certains ingrédients sont importés en devises fortes. «Dieu nous ordonne de ne pas gaspiller car il n’aime pas les gaspilleurs mais l’Algérien est commandé par ses envies et il n’arrive pas à les maîtriser, avant le f’tour, c’est plutôt son estomac qui commande et il n’a de yeux que pour les aliments, il en prend plus qu’il n’en a vraiment besoin, ce qui l’amène à en jeter une grande partie, alors qu’il y a des gens qui n’arrivent même pas à assurer la chorba avec un bout de viande. Wallah h’ram», nous a confié une vielle femme, un petit sachet à la main.

Selon les statistiques, le gaspillage connaît des pics impressionnants pendant le Ramadhan plus de 30% des produits achetés se retrouvent dans les décharges publiques. Une situation qui continue et qui perdure malgré les appels à la modération et les campagnes de sensibilisation à la radio ou dans les mosquées où les imams avec forces versets expliquent que le gaspillage est «h’ram». Apparemment cela ne convainc personne et l’on continue à acheter plus qu’il n’en faut, une inconscience qui n’est pas près de disparaître au vu de ce qui se passe au niveau des marchés.

M. R.

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