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Brocante | Synthèse : A. Samil | 03-06-2017

DICTATURE, DROGUE, GUERRE FROIDE, CIA, CANONNIERE…

La mort du général Noriega exhume l’image d’un monde de confrontations

Du vivant du président (il était chef d’Etat quand même) disparu, ce qui semble aujourd’hui complètement incongru et inconcevable se vivait dans la normalité imposée par le rapport de force entre grandes puissances en vigueur. La décennie 80 était dominée par la rivalité des deux superpuissances USA et Etats-Unis. Le général Noriega, arrivé au pouvoir en 1983, y avait trouvé sa place de président-malfrat en se mettant à la disposition du plus fort. Les Etats-Unis n’ignoraient rien de ses activités de narcotrafiquant et l’enrôlèrent même comme l’informateur en chef de la CIA, dûment rétribué, dans le pays.

Il finira néanmoins par devenir encombrant aux yeux de ses protecteurs. La fin de la guerre froide, à la fin des années 80, sonne le glas pour Noriega. Ses frasques et ses casquettes multiples sont devenues trop scandaleuses et le rendent infréquentable pour Washington. Le 20 décembre 1989, l’opération «Juste Cause», à laquelle participent 28 000 soldats américains, met fin en quelques jours à son régime.

«La mort de Manuel Noriega clôt un chapitre de notre histoire, a tweeté le président du Panama, Juan Carlos Varela. Ses filles et ses proches méritent un deuil en paix.»

Le quotidien Le Monde retrace dans son édition du 30 mai le parcours de celui qui était surnommé «Tête d’ananas» et dont la vie  est digne d’un roman d’espionnage.

 

 

 

 

 

Manuel Noriega, l’ancien dictateur qui a dirigé le Panama entre 1983 à 1989, est mort dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 mai. Il avait 83 ans. La vie de celui qui était surnommé «Cara de pina» («Tête d’ananas»), en raison des cicatrices d’acné dont son visage était grêlé, est digne d’un roman d’espionnage.

«Enfant illégitime né en janvier 1934 – ou 1936, à moins que ce ne soit 1938, selon différentes versions qu’il n’a jamais infirmées –, son ascension et sa chute ont pour toile de fond la guerre froide sur le continent américain, la lutte de la CIA contre l’influence de Cuba, sans oublier le trafic de drogue entre la Colombie et les Etats-Unis.

Dès la fin des années 1950, alors qu’il finissait ses études à l’Instituto Nacional de Panama, Manuel Noriega a commencé à travailler comme informateur pour la CIA, écrivait Time Magazine en 2009 dans un Who’s Who des agents de la CIA. A l’issue de ses études, il obtient une bourse pour aller étudier à l’école militaire de Chorrillos, au Pérou.

Lors de sa première affectation militaire, en 1966, dans la Garde nationale panaméenne dans la ville de Colon, sur la côte Atlantique, il fait connaissance du capitaine Omar Torrijos, qui deviendra son mentor.

 

A la solde des Américains

 

partir de 1967, la relation de Noriega avec la CIA s’affermit : les guérillas d’inspiration marxistes s’activent sur tout le continent. Il reçoit une formation sur le renseignement et le contre-espionnage sur la base militaire américaine de Fort Gulick, au Panama (à l’Ecole militaire des Amériques). Cette formation est complétée par un cours sur la guerre psychologique à Fort Bragg, en Caroline du Nord.

Le 11 octobre 1968, «Tête d’ananas» prête main-forte au coup d’Etat militaire d’Omar Torrijos contre le président Arnulfo Arias, 11 jours après son accession à la présidence (après avoir occupé le poste à deux reprises, en 1940-1941 et 1949-1951). Sous le règne de Torrijos, la carrière de Noriega s’accélère. Le nouvel homme fort du pays le remercie en lui confiant la direction des services de renseignement de l’armée.

Parallèlement, Noriega permet à la NSA (Agence nationale de la sécurité des Etats-Unis) d’ouvrir un poste d’écoute sur le canal de Panama, pour surveiller les communications au Panama et dans la zone du canal : le pays est l’un des avant-postes de Washington dans la lutte contre les mouvements d’inspiration communiste d’Amérique centrale. La confiance est telle qu’en 1971, à la demande de l’administration Nixon, Noriega se rend à Cuba pour négocier la libération des équipages américains du Johnny Express et du Lyla Express, deux cargos arraisonnés par la marine cubaine.

Lors d’une audience tenue en 1994 en vue de réduire la peine de Noriega, Donald Winter, le chef de la station de la CIA à Panama, a confirmé que ce dernier était régulièrement payé par les services américains, rapporte le Washington Post.

 

De mèche avec les narcos

 

Pourtant, rapidement, Noriega multiplie les casquettes et commence à jouer sur deux tableaux. Dès les années 1970, Noriega s’associe avec les narcotrafiquants colombiens, parmi lesquels Pablo Escobar, pour acheminer de la cocaïne vers les Etats-Unis. Entre 1970 et 1987, son nom va apparaître dans pas moins de 80 affaires différentes suivies par les agents de la DEA, l’agence fédérale américaine de lutte contre le trafic de drogue.

En 1976, la CIA commence à avoir des doutes sur Noriega : George H. W. Bush, qui était alors son directeur, apprend que ce dernier a pénétré les interceptions américaines au Panama, grâce à des militaires américains à sa solde. Malgré ces premiers soupçons, malgré les dommages causés par le trafic de drogue aux Etats-Unis, les défauts de Noriega sont compensés par son impact dans la lutte contre le communisme. En 1983, lors de l’invasion de l’île de Grenade, Washington fait appel à lui comme intermédiaire pour éviter un affrontement entre les troupes américaines et les militaires cubains qui construisent une piste d’atterrissage sur l’île.

En 1986, un article de Seymour Hersh dans le New York Times – citant des sources à la Maison-Blanche, au département d’Etat et au sein des services de renseignement américains – le met en cause. Il lui est reproché, pêle-mêle, de fournir des technologies américaines sous embargo ainsi que de vendre des passeports panaméens aux services secrets cubains et aux pays frères. Il est aussi accusé de soutenir des mouvements comme le M-19 (favorable à Cuba) en Colombie.

Surtout, Washington lui reproche d’avoir ordonné l’assassinat de Hugo Spadafora, en septembre 1985. Ce dernier, un opposant panaméen notoire, avait publiquement accusé M. Noriega de trafic de drogue. Son cadavre, décapité et atrocement torturé, avait été retrouvé à la frontière du Costa Rica.

En 1988, un rapport du sous-comité mené par John Kerry au Sénat sur les  activités liées au trafic de drogue, l’application de la loi et la politique étrangère «(Kerry Subcommittee Report : Drugs, Law Enforcement And Foreign Policy)» constatait : «La saga du général panaméen Manuel Antonio Noriega représente l’un des échecs les plus flagrants en matière de politique étrangère pour les Etats-Unis. Tout au long des années 1970 et 1980, Noriega a pu manipuler la politique des Etats-Unis vis-à-vis de son pays, tout en accumulant habilement le pouvoir presque absolu au Panama. Il est clair que chacune des agences gouvernementales des Etats-Unis qui a eu des relations avec Noriega a fermé les yeux sur sa corruption et son trafic de drogue. Noriega a été autorisé à établir la première ‘‘narco-kleptocratie’’ de l’hémisphère (américain).»

 

Il devient infréquentable

 

En février 1988, la justice des Etats-Unis l’inculpe pour trafic de cocaïne et blanchiment d’argent. Il risque alors quarante-cinq ans de prison et plusieurs millions de dollars d’amende. Washington décide d’instaurer des sanctions économiques et la rupture semble consommée. La perestroïka et la fin de la guerre froide vont finir par rendre Noriega accessoire : la CIA cesse alors de le rétribuer, écrit le Guardian.

Lors de la campagne présidentielle américaine de 1988, le candidat démocrate Michael Dukakis tente d’utiliser les liens entre son concurrent républicain, le vice-président George H. W. Bush, et  le baron de la drogue panaméen Noriega». En vain.

Au printemps 1989, les images des hommes de main du dictateur frappant à coups de batte de baseball des opposants finissent de détériorer son image. C’est en décembre 1989, après l’assassinat d’un militaire américain par les forces panaméennes, que le président américain George H. W. Bush ordonne l’invasion du Panama, estimant que Noriega représente une menace pour les 35 000 Américains présents dans la zone du canal.

 

Le 20 décembre 1989, l’opération «Juste Cause», à laquelle participent 28 000 soldats américains, met fin en quelques jours à son régime. Noriega est capturé le 3 janvier 1990 et extradé vers la Floride. Il va passer plus de deux décennies derrière les barreaux aux Etats-Unis pour des accusations de trafic de drogue.

Il est ensuite emprisonné deux ans en France pour blanchiment d’argent, avant d’être extradé vers le Panama en décembre 2011 pour purger trois peines de 20 ans de réclusion chacune pour la disparition d’opposants politiques sous son régime.

AU FORUM ECONOMIQUE DE ST-PETERSBOURG

Des hackers russes ont pu mener des attaques lors d'élections, admet Poutine

Lors de l'ouverture du Forum économique de Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a concédé qu'il était envisageable que des hackers russes aient mené, de leur propre initiative, des attaques informatiques contre les pays occidentaux. Il a toutefois nié toute implication de l'Etat russe.

 

Le chef d'Etat russe s'est exprimé devant la presse ce jeudi, à l'occasion de l'ouverture du Forum économique de Saint-Pétersbourg, comme le rapporte ici Reuters. Après qu'un média lui a demandé si la Russie était susceptible de chercher à influencer la campagne pour les élections fédérales allemandes, qui se tiendront le 24 septembre prochain, il a répondu : «Des hackers voient les choses d’un œil de patriote, ils commencent à apporter leur propre contribution à ce qu’ils estiment être une juste cause contre ceux qui parlent mal de la Russie. Est-ce possible ? Théoriquement oui.»

L'Etat n'est «pas impliqué»

Cette question lui a été posée alors que la Russie est soupçonnée d'avoir cherché à peser sur la dernière présidentielle américaine dans l'optique de faire élire Donald Trump, ou même de s'en être pris en sous-main à la présidentielle française. Après avoir fait cette concession toute théorique, il a à nouveau rejeté la possibilité que l'Etat russe soit lié à d'éventuelles attaques.

Il a même déclaré : «Au niveau d’un Etat, nous n’avons pas été impliqués dans ces attaques informatiques, et nous n’avons pas l’intention de l’être un jour. C’est plutôt le contraire d’ailleurs, nous essayons de les combattre dans notre pays.» Au cours de son intervention, il a notamment comparé les hackers à des artistes «à l'esprit libre». Toutefois, il doute que des tentatives de manipulations informatiques puissent changer quoi que ce soit à un scrutin. 

(Source : BFM TV et Reuters)

 

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