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Théma | De notre correspondant à Béjaïa Kamel Amghar | 07-06-2017

Béjaïa

Commerce informel et dégradation de l'hygiène

La consommation des ménages, c'est une tradition solidement ancrée, plafonne durant le mois du Ramadhan. Le marché de l'alimentaire connaît, à l'occasion, une dynamique exceptionnelle. Les producteurs affermissent leur présence sur le marché sur fond d'une campagne publicitaire intense. Les ménages ne lésinent pas pour orner la table du f'tour de plats savoureux et douceurs colorées. Tout au long de ce mois sacré, la famille, réunie au grand complet, profite, dans la joie et la chaleur du foyer, de cette espèce d'abondance subite à la quelle chacun de ses membres apporte sa propre touche personnelle.

Pour ainsi, c'est le mois où tout le monde fait des courses dans un élan singulier de générosité et de partage. Cette fièvre dépensière se trouve également dopée par un activisme caritatif tous azimuts. Les corbeilles, disposées dans toutes les surfaces commerciales pour recueillir les dons des bienfaiteurs, sont constamment pleines à ras bord. Pauvres ou riches, l'ensemble de la population se délecte dans la communion et la solidarité. Cette tendance à niveler temporairement toutes les disparités sociales a, bien évidemment, d'inévitables conséquences sur l'environnement. Incontestablement, c'est pendant ce même mois que la production de déchets culmine aussi. Les  niches et les bennes à ordures débordent. Emballages divers et restes de repas s'entassent aux points de dépôt des ordures ménagères. Paradoxalement, cette période s'accompagne partout d'une certaine mollesse des services chargés de l'hygiène et de la salubrité publique.

Ces jours-ci, toutes les villes et les villages de la wilaya de Béjaïa croulent sous le poids de ces monceaux de déchets multiformes. A proximité des supérettes et des épiceries, des «monticules» de cartons vidés de leur provision constituent un vrai casse-tête aux éboueurs. Les restes de fruits et légumes ont aussi doublé sur les aires fort animées des marchés. Les placettes publiques sont également envahies par des vendeurs occasionnels qui proposent des pâtisseries orientales, des jus et du pain faits maison. De longues tables, richement achalandées en gourmandises, attirant des essaims entiers d'abeilles et autant de clients alléchés, sont dressées partout. Qalb el-louz, baqlawa, maqrout, qtaïf, z'labia, s'baâte laroussa, matlouaâ, cherbates et fruits confis, ces étals exquis parfument l'atmosphère d'arômes appétissants où se mêlent la fleur d'oranger aux huiles essentiels de fruits secs. Exposés à l'air libre, toutes ces délicatesses, très sensibles, risquent sérieusement de se gâter et de nuire à la santé des consommateurs.

Les services du commerce, très pointilleux - une fois n'est pas coutume - sur les prix affichés font, toutefois, preuve d'une grande tolérance à l'endroit de ces vendeurs occasionnels. Faits maison, il y a aussi un souci de traçabilité de ces produits en cas de pépin. Ce serait, en effet, difficile de situer l'origine du problème pour y remédier à temps. Aux abords des grands axes routiers, les vendeurs de fruits et légumes de saison ainsi que d'autres produits du terroir local sont aussi légion. On y trouve également du lait et des œufs frais. En voix off, on justifie cette passivité des contrôleurs par l'absence de tous ces mets traditionnels, très prisés à l'occasion, dans les commerces traditionnels. Apparemment, on laisse faire dans la bonne intention de permettre aux gens de vivre pleinement l'ambiance du Ramadhan sans mécontenter, non plus, les nombreuses débrouillardes qui redécouvrent les délicieuses recettes de la pâtisserie traditionnelle. Si la chose étant entendue, les autorités locales peuvent aménager et équiper des espaces à cette activité saisonnière pour la maintenir sous contrôle et, pourquoi pas, la développer et la pérenniser. Mais, ce serait peut-être trop demander aux assemblées locales qui, généralement, tournent au ralenti durant ce mois sacré.

K. A.                                   

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