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Monde | Par Rabah Iguer | 07-06-2017

Après sa mise au ban par ses voisins

Le Qatar dans une situation inconfortable

Doha, à la politique étrangère ambivalente, avait au départ réagi avec colère, accusant ses voisins de vouloir la mettre «sous tutelle» et de l’étouffer économiquement, avant de tenter de calmer les choses devant l’escalade des sanctions imposées par ses voisins

Le Qatar, dans une situation inconfortable, tente de calmer le jeu après l’annonce de la part de ses voisins de l’isoler. Dans un discours diffusé par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera, le chef de la diplomatie de l’émirat, Mohammed Bin Abdul Rahman, a assuré qu’il n’y aura pas «d’escalade» de la part du Qatar, allié de longue date des Etats-Unis, comme l’Arabie saoudite. «Notre relation avec les Etats-Unis est stratégique», a-t-il insisté : «Il y a des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord, mais les secteurs dans lesquels nous coopérons sont plus nombreux que ceux dans lesquels nous divergeons.» Riche pays gazier à la politique étrangère ambivalente, l’Émirat avait au départ réagi avec colère, accusant ses voisins de vouloir le mettre «sous tutelle» et de l’étouffer économiquement. L’Arabie saoudite, l’Egypte, le Yémen, Bahreïn, les Emirats arabes unis, et le gouvernement libyen de Baïda accusent Doha de complaisance à l’égard des Frères musulmans et de l’Iran. L’annonce de la mise au ban du petit Etat gazier a poussé le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, à appeler les pays du Golfe à tenter de régler leurs divergences : «Certainement, nous encouragerions les parties à s’asseoir et à parler de ces divergences. Si nous avons un rôle à jouer pour les aider à affronter leurs différends, nous pensons qu’il est important que le CCG (Conseil de coopération du Golfe) reste uni.» De son côté, la Turquie, qui entretient des rapports étroits avec les monarchies du Golfe, a exhorté les acteurs au dialogue, proposant son aide pour que «la situation revienne à la normale». De son côté Téhéran a appelé le Qatar et ses voisins du Golfe à reprendre le dialogue pour résoudre leurs différends. «Les voisins sont permanents, la géographie est immuable. La coercition n’est jamais la solution. Le dialogue est impératif, particulièrement durant le Ramadhan», a affirmé dans un tweet le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif. Auparavant, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait affirmé que «la résolution des différends» entre le Qatar et ses voisins «n’était possible que par des moyens politiques et pacifiques et un dialogue franc entre les parties», condamnant l’usage de sanctions comme «inefficace» et «inacceptable». L’Iran est particulièrement visé par cette réaction anti-Qatar. L’Arabie saoudite et ses alliés ont en effet invoqué des questions de sécurité nationale pour justifier la rupture des relations diplomatiques avec leur voisin. Ils l’accusent, en effet, de déstabiliser la région et de soutenir des «groupes terroristes», y compris Al-Qaida, l’organisation Daech et la confrérie des Frères musulmans. Mais c’est également des déclarations sur un rapprochement entre le Qatar et l’Iran qui ont provoqué l’ire de l’Arabie saoudite. Ces déclarations, considérées comme authentiques par Riyad et Abou Dhabi, rompaient avec le consensus régional sur des sujets sensibles, et notamment l’Iran considéré par les Saoudiens comme «ennemi». Ces propos ont été considérés comme un acte de «trahison» à Riyad et aux Emirats arabes unis, les principaux animateurs du front anti-Téhéran.

 

R. I.

 

 

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