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Culture | De notre correspondant à Annaba Mohamed Rahmani | 08-06-2017

Annaba

Le livre de conte creuse son chemin


A Annaba, les librairies bien achalandées croulent sous les livres dont la mévente fait craindre la disparition de maisons d’édition qui, malgré tout, essayent de survivre en éditant le parascolaire «qui marche bien», nous confie un libraire. Il ajoutera que la mévente touche essentiellement la littérature, romans, essais ou œuvres qui sont boudés par le public. «Voyez par vous-même, les présentoirs, littérature arabe ou française, ces livres n’attirent presque personne et rares sont les personnes qui les prennent dans les mains pour les feuilleter ou lire le résumé pour très vite les remettre en place», déplore-t-il.

En effet, pendant les quelques minutes où nous sommes restés sur les lieux à observer les clients, nous avons remarqué que presque tous ne s’intéressent qu’au parascolaire, les «Bordas» comme on les appelle communément. Manuels de mathématiques, physique, sciences, histoire, géographie, de philosophie, bref tous les livres en rapport avec le programme de terminale toutes filières confondues. On en ressort chargés de ces livres après avoir payé entre 2 000 et 3 000 DA. «C’est pour le gosse, il passe son bac cette année et il a besoin de ces livres pour réviser», nous dit un parent. A la question de savoir pourquoi, il ne prend pas au moins un livre de littérature, une œuvre quelconque, il nous répondra que cela ne sert à rien. «Ces livres là ne vont pas aider mon fils à réussir l’examen, ce sera pour lui une perte de temps», dira-t-il. Et c’est la même réponse que nous avons eue à chaque fois. Une réalité qui se confirme au niveau de toutes les librairies à telle enseigne que les livres traitant de littérature ne sont plus exposés là où ils doivent l’être normalement pour être remplacés par le parascolaire qui enregistre des ventes très importantes.

Taha Hussein, Mustapha Lotfi el Manfalouti, Nadjib Mahfoud, Mouloud Feraoun, Mohamed Dib, Tahar Ouettar, Boudjedra, Mimouni, Benhadouga n’ont plus droit de cité et n’intéressent plus personne, leurs œuvres attendent que quelque amoureux de littérature les prenne, ne serait-ce que pour les feuilleter.

Cette mévente a un impact très négatif sur le plan production car les maisons d’édition ne peuvent travailler à perte ce qui donne un coup d’arrêt à l’écriture. Les écrivains sont ainsi freinés dans leur élan et leur inspiration sachant à l’avance que leurs romans ou leurs œuvres ne seront pas édités. Quoi d’étonnant alors que de voir nos écrivains quitter le pays pour aller exercer leurs talents sous des cieux plus cléments. Certains sont même devenus des valeurs sûres dans le monde de l’édition. Si ces auteurs reconnus et adulés, invités sur tous les plateaux de télévision en France, étaient restés au pays, ils seraient restés anonymes et auraient certainement changé de métier. Un talent qui se serait perdu comme tant d’autres.

Il reste cependant le livre pour enfant qui fait son bonhomme de chemin et qui est prisé par les écoliers car plein d’images et racontant des histoires tirées du patrimoine culturel national. Des livres qui intéressent et qui sont une initiation à la lecture. «Ça se vend bien, nous dit ce libraire, ce n’est pas cher, ça intéresse beaucoup les enfants et les parents ne rechignent pas à les acheter ce qui booste l’édition de ce type de livres.»

Une première étape donc vers cette activité de lecture dont les premières graines seront semées et qui croîtront pour devenir plus tard un besoin. Un besoin qui devra être satisfait et là c’est le retour de l’écrit, l’œuvre et de l’écrivain. Ces petits contes qu’on lit, auxquels on s’intéresse et qui donnent matière au rêve en développant l’imagination seront le point de départ d’une refonte de la lecture qui reconquerra la place qu’elle avait perdue depuis des décennies. On passera à la lecture distractive qui sera le premier support de culture qui s’en trouvera réhabilitée.

M. R.

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