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Culture | De notre correspondant à Tizi Ouzou Malik Boumati | 08-06-2017

La lecture est négligée par ceux censés la promouvoir

Le livre pour enfants doit être mis en valeur




Combien de discours ont été développés appelant à promouvoir la lecture et la production et commercialisation des livres ? Combien de décisions ont été prises dans le sens d’un développement de la politique du livre pour plus de lecture en Algérie ? Cela ne se compte plus mais force est de constater que tous les discours développés et toutes les décisions prises n’ont pas servi à grand-chose dans la mesure où la lecture reste encore et toujours la dernière du classement. La Tribune a, à plusieurs reprises, traité de ce sujet des plus importants pour l’avenir des nations. Sous différents angles. Et s’est rendu à l’évidence que pour le livre et l’ensemencement de l’amour de la lecture, ce n’est pas demain la veille dans un pays où les librairies ferment l’une après l’autre au même rythme qu’ouvrent les pizzerias et les restaurants fast-food.

Le constat est vraiment amer quand l’abandon par l’école algérienne du livre et de la lecture est la source principale du désert qui frappe cet aspect de l’éducation publique et du développement cognitif de l’individu. Il est difficile d’attendre quelque chose de quelque institution que ce soit quand la mission est abandonnée par celle dont la mission est justement l’éduction des enfants. C’est-à-dire l’éducation de ceux par qui le développement de la lecture publique doit commencer, soit les enfants. Or, alors que l’école a abandonné cette mission pour des raisons extra-pédagogiques, l’Etat peine à trouver la meilleure formule pour faire aimer la lecture aux Algériens.

L’on ne peut oublier le gâchis engendré par la non mise en œuvre de la convention signée par les ministères de l’Education et de la Culture à la fin de l’année 2010 visant la réintroduction de la lecture dans l’enseignement. Une convention qui a donné de l’espoir aux amoureux du livre mais aussi aux parents d’élèves qui ont accueilli l’annonce de cette convention avec enthousiasme. Sept années plus tard, cette convention signée par les prédécesseurs des deux ministres actuels est mise aux oubliettes. Au grand dam de ceux qui ont «osé» espérer, allant jusqu’à douter de la capacité du secteur de la culture de travailler sérieusement dans le sens de la promotion du livre et la lecture.

En outre, si l’on dit que les pouvoirs ne peuvent pas tout faire seuls, particulièrement pour cette question qui nécessite une grosse mobilisation de compétences, il n’en demeure pas moins que même le secteur privé ne fournit pas un effort important dans le sens de la promotion de la lecture, particulièrement chez les enfants. L’on n’a qu’à visiter des librairies pour se rendre à l’évidence que les libraires n’ont pas encore adopté la promotion de la lecture comme une de leurs missions, se contentant du statut de vendeurs de livres. Le constat est facile à faire dans la mesure où les libraires se contentent majoritairement d’exposer des livres et les proposer à la vente.

Pour ce qui est des livres pour enfants, les libraires se contentent de réserver un rayon d’ouvrages destinés aux mômes. Sans aucun effort pour rendre plus visible les rayons pour enfants. En fait, rien n’est fait pour attirer la curiosité ou l’intérêt de l’enfant, comme cela se fait dans les pays où le livre et la lecture sont sacrés. Les libraires pourraient par exemple réserver un espace sans chaises et avec moquette pour y accueillir des enfants de bas âge. Ce genre d’espaces pousse les enfants à prendre des livres et à s’essayer à la lecture. Une action extraordinaire pour le long terme. Rien n’empêche non plus de regrouper des enfants autour d’un lecteur de contes. Un lecteur d’histoires qui est susceptible de faire aimer la lecture à l’enfant, surtout si ce dernier a déjà entendu sa maman ou sa grand-mère lui raconter des contes à la maison avant de dormir. En d’autres termes, le livre pour enfants doit être mis en valeur par les parents et l’école, mais aussi par les libraires. C’est comme cela que la lecture pourra reprendre sa véritable place dans la société. C’est comme cela que la lecture pourra servir la société.

M. B.

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