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International | Par Mohamed Bouhamdi. | 13-06-2017

Avec l’affaire du Qatar

Le  projet du Nouveau Moyen-Orient entre en décomposition

Avec le blocus du Qatar par une coalition des pays arabes, l’Otan arabe prend-elle l’eau avant de naître ? Bien sûr si nous prenons en compte les Îles Maldives, nous serions plutôt mal partis. Quoique… les Îles Maldives ne seraient pas plus déplacées dans une coalition des plus grands flambeurs des Casinos européens  que le Monténégro dans l’Otan réelle, l’Otan historique.

Je ne parle pas que des casinos où on joue au poker texan ou à la roulette, je parle aussi des casinos des banksters. En 2008, dans la crise des subprimes,  les pays du Golfe ont laissé sur  le carreau autour de 800 milliards de dollars, certainement pas perdus pour tous. Cela n’empêche ! Les estimations des avoirs mobilisés dans les Fonds souverains de ces pays du Golfe sont estimés aujourd’hui à plus de 3 400 milliards de dollars, voire 4 000 milliards de dollars.

Dans un débat sur El Mayadeen, et ils sont les plus intéressants de tous les débats organisés sur les chaînes de langue arabe, un invité rappelait que les 480 milliards de dollars de commandes militaires et d’Investissements directs (IDE) saoudiens  s’étaleraient sur plusieurs années alors que le Fond souverain qatari dispose de liquidités disponibles immédiates de 380 milliards de dollars.

Cela ne vous rappelle pas un certain Fonds souverain libyen, créé par El Kadhafi sur conseil de Tony Blair dont les 300 milliards de dollars ont disparu des radars et sur lesquels un certain Sarkozy salivait aussi, lui qui se fantasmait un destin de souteneur/protecteur globalisé avec sa Rolex qui remplaçait la gourmette du proxénète à «la papa» ?

Mais la roulette des casinos tenus par les Banksters, est sur la scène de la globalisation et à l’intérieur   des buts géostratégiques, un jeu de roulette russe pour les régimes immensément riches, mais trop petits pour ne pas être poussés à la faillite.

La réalité des Fonds souverains n’est pas de «l’intelligence économique» qui consisterait à se tirer de la «rente pétrolière» en investissant dans ces économies occidentales à succès   – cachez-moi ces tableaux des dettes publiques que je ne saurais voir. Ils ne correspondent en rien à la camelote –puisque nous sommes dans l’économie de marché -  idéologiques que les prêtres du marché veulent nous refiler en tous lieux délassants  favorables au «climat des affaires» entre dessous de tables et dessous tout court.

Sur La Tribune de Genève du 17 décembre 2016, François Aïssa Touazi rappelait : «En 2007, les fonds souverains du Golfe ont sauvé les banques occidentales de la faillite : Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) avait par exemple renfloué Citibank en déboursant 7,5 milliards de dollars. Aujourd'hui, revers de la médaille, certains parient sur d'importantes cessions d'actifs, avec un impact majeur sur l'économie mondiale.»

La contribution de cet auteur commence par  cette introduction que je cite intégralement pour montrer,  rien que pour le Qatar, quelle est la dimension des enjeux planétaires. 

«L’annonce récente de la prise de participation - réalisée conjointement par Qatar Investment Authority (QIA), le Fonds souverain qatari et le géant des commodities Glencore (dont le Qatar est actionnaire majoritaire) - à hauteur de 20% du capital de Rosneft, le deuxième plus grand producteur de pétrole russe, pour un peu plus de 10 milliards d'euros, a surpris de nombreux observateurs financiers. Cette transaction vient en effet démentir les mauvais augures qui mettaient en doute la résilience des fonds souverains du Golfe. Pourtant, le deal Rosneft n'est pas un épiphénomène : ces derniers mois, le Saoudien PIF a annoncé la création d'un fonds de plus de 100 milliards de dollars sur les nouvelles technologies avec le Japonais Softbank, pris une participation de 3,5 milliards de dollars au capital d'Uber et les fonds du Golfe ont multiplié les acquisitions dans l'immobilier et l'hôtellerie de luxe sur tous les continents.

Il est vrai que depuis la baisse du prix du baril au deuxième semestre 2014 (passant de 115 à 46 dollars), les mauvaises nouvelles s'accumulent : les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont totalisé un déficit budgétaire cumulé de 160 milliards de dollars en 2015, ceci malgré une réduction rapide de plus de 15% de leurs dépenses publiques. À elle seule, l'Arabie saoudite a enregistré un déficit de près de 100 milliards de dollars en 2015, soit plus de 20% de son PIB. Et le Royaume devrait rester dans le rouge cette année encore, avec un manque à gagner estimé à 84 milliards de dollars.» (1)

Il y a comme une odeur de soufre dans cette lumière jetée sur Rosneft et comme une clé pour comprendre pourquoi la Russie maintient  des relations suivies avec le Qatar alors que leur confrontation devrait les pousser  à l’animosité compte tenu même, et surtout, de la culture tribale et bédouine.

Vous pensez que les USA voient d’un bon œil ces relations appuyées par de possibles intérêts convergents  sur les hydrocarbures. Car il y a le gaz aussi. Et justement, l’Iran est aussi un pays gazier qui partage même avec le Qatar un gisement commun.

Je suis vieux jeu, mais j’ai toujours eu l’impression que les USA n’aimeraient pas du tout l’esquisse d’une alliance russo-qatarie sur le gaz, et certainement pas une alliance russo-irano-qatarie. Non seulement je crois que les USA veulent casser toute possibilité d’alliance entre producteurs Opec et producteurs non-Opec, mais que les divergences et les querelles à l’intérieur de l’Opec  autour de tout et n’importe quoi, notamment sur les quotas les raviraient.

Si la Russie apparaît comme le grand diable actuel, l’Iran reste quand même le diable le mieux partagé, la haine commune de Trump, d’Israël et de la Maison des Saoud.  Trump ne cherche même pas à séparer l’Iran de la Russie, trop long et trop subtil  ce truc à la mode Obama, surtout qu’une récupération de l’Iran pouvait faire des heureux du côté des entreprises U.S, allemandes ou anglaises pour écouler leurs surplus de production. La France pouvait espérer aussi des parts sérieuses pour Peugeot, mais il faudrait plutôt du côté Boeing et du côté de l’industrie allemande. 

Dans cette perspective, America First, ne pouvait tout à fait marcher, le gendre ultra-orthodoxe et sioniste de choc, partage les phobies israéliennes. Le point commun avec la Maison des Saoud est là : la perception religieuse, c’est-à-dire ultra idéologique, du monde devient une cause matérielle, un facteur décisif, des options politiques.

Est-ce que la déraison peut engendrer une rationalité  du délire politique ? Il faut croire, oui si on sait que les croyances sont actives et que les idées ne sont pas un ordre supra réel, mais un niveau de la réalité.

Et que dans les sociétés patriarcales non, précapitalistes comme disent certains, l’ordre des idées est fondamental pour maintenir l’ordre social existant et  le pouvoir dans ses formes archaïques et ses passages obligés par le religieux.

De ce point de vue, l’entité Israélienne  est la  jumelle de l’entité saoudienne : pouvoirs théocratiques dont la réalisation est  de conformer le monde humain à la prédiction religieuse.

Amis revenons au Qatar. Les Fonds souverains ont été des instruments de régulation des crises du capitalisme. Rien que pour l’Angleterre, pays de formation et de formatage pour tout dire de l’actuel Emir du Qatar et terre de ses épanouissements de jeunesse, Nassim Aït Kacimi, écrivait sur les Echos du 29 mars 2017, que le  Qatar Investment Authority (QIA) prévoyaient 5 millards de livres d’investissements après le Brexit, alors qu’il en avait déjà investi  40 milliards l’ années précédentes. (2) 

 Du coup je comprends l’empressement de l’Allemagne à défendre l’indépendance du Qatar.

Car l’affaire du Qatar est bien de mettre l’Emirat sous tutelle, pardi !

Les raisons géostratégiques sont nombreuses. Les Frères Musulmans et le danger qu’ils représentent pour la maison des Saoud, pour l’Etat égyptien bien au-delà du régime Sissi ou Moubarak, les intérêts nationaux de la Turquie dont Erdogan prend conscience après s’être fourvoyé dans le plan anti-syrien Israélo-US- Saoudo- qatari. Tiens, tiens ! Qatari pour une histoire de gazoduc qui devait «libérer» l’Europe du besoin de gaz russe.

Bref, vous saviez tout cela.

 Trump n’est pas qu’un homme d’affaires. Il est aussi homme des médias et homme du spectacle. Quand il accuse le Qatar de financer le terrorisme, il accuse les USA eux-mêmes d’amitiés douteuses, de complicité avec entreprise terroriste aggravée par la présence de sa base militaire sur le sol de l’Emirat. Il accuse du même coup la maison des Saoud de financement du terrorisme et même la France et l’Angleterre et l’Allemagne et la Norvège car le Qatar a siégé parmi tous ces pays amis de la Syrie qui ont soutenu, financé, armé, les mêmes groupes que soutenait et soutient toujours le Qatar.

Trump a quand même accusé mardi dernier le Qatar, de financer le terrorisme «à grande échelle» faisant croire qu’il est derrière la décision d'isoler diplomatiquement le Qatar, décision prise par l’Arabie saoudite et ses pays amis.

Il jette l’huile sur le feu, intimide l’Emir de pacotille après avoir ordonné sa «mise à mort» politique puis propose un dialogue pour une solution politique,  sous l’égide US.

Connaissez vous meilleur surveillant et meilleur garant des destinations financières à travers le monde que les USA ?
Par ici, le pactole. L’Emir aura la vie sauve et le maintien au pouvoir  s’il sait à qui remettre le flouze.

Entre temps le futur dissident de l’ordre  des USA, je parle d’Erdogan, est entré en ligne dans le champ de bataille. En alliance avec l’Iran à qui Boeing vient de vendre  pour 8 milliards d’avions civils, lequel Iran a déjà proposé de  spécialiser des ports pour aider le Qatar.

L’Otan arabe est le projet de remettre de la discipline dans la pétaudière du Moyen-Orient où tout le monde est perdant depuis les succès militaires de l’armée syrienne et de ses alliés et amis, Russie en tête, Iran, Hezbollah, Force de la Mobilisation Populaire.

Ce qui apparaît être une recomposition politique à grande échelle avec succès géostratégique israélien et leadership saoudien  n’est que la décomposition de l’ordre politique et militaire mis en place par Bush et Rice du Chaos créateur.

Le premier échec de cet ordre de bataille a été infligé par le Hezbollah à l’exécutant  israélien en 2006. Le deuxième vient d’être infligé à la coalition menée directement par les USA en ce mois de juin 2017 le jour même de la jonction entre les forces de  la  résistance sur les frontières syro-irakiennes.  

Est-ce dire que le danger Otan arabe serait dissipé pour les autres pays que l’Irak, la Syrie, le Liban et l’Iran ?

M. B.

  1.  

http://www.latribune.fr/opinions/blogs/euromed/pourquoi-les-fonds-souverains-du-golfe-demeureront-des-acteurs-majeurs-de-l-economie-mondiale-625446.html

 

  1. https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0211922293558-le-fonds-souverain-du-qatar-defie-les-pessimistes-du-brexit-2076026.php

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