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Au fil des jours | Par Noureddine Khelassi | 19-06-2017

Gaz de schiste et mix énergétique désormais à l’ordre du jour

Il y a deux mois seulement, Noureddine Boutarfa, encore ministre de l’Energie, affirmait lors d’une conférence à l’Ecole des hautes études commerciales (Ehec) de Koléa que l’Algérie «n’a pas besoin à l’heure actuelle du gaz de schiste», précisant que l’avenir était aux énergies renouvelables. Mais soixante jours après, les lignes ont bougé, car l’idée d’exploiter les immenses réserves de gaz de schiste que recèle le sous-sol algérien est de nouveau à l’ordre du jour. Selon le dernier communiqué du Conseil des ministres, le président Abdelaziz Bouteflika a appelé le gouvernement Tebboune «à valoriser davantage toutes les ressources et richesses dont dispose le pays, y compris les hydrocarbures fossiles conventionnels et non conventionnels ainsi que les énergies renouvelables». Il faut donc comprendre que l’idée de mise en valeur du potentiel schisteux du pays n’a jamais été abandonnée, mais avait juste était mise en réserve ! La dernière fois que le chef de l’Etat avait lui-même évoqué le gaz de schiste remonte au 27 janvier 2015, et ce fut, de manière implicite, pour décréter un moratoire sur son exploration et demander au gouvernement Sellal de confirmer que «l'exploitation proprement dite de cette énergie nouvelle n'est pas encore à l'ordre du jour». La formule «n’est pas encore à l’ordre du jour», signifiait, en pointillés, que la question le sera un jour ou l’autre, la preuve par le chef de l’Etat lui-même qui soulignait toutefois que si l’exploitation du gaz de schiste devenait une «nécessité pour la sécurité énergétique du pays, à moyen ou long terme, le gouvernement devra, cependant, veiller avec fermeté au respect de la législation par les opérateurs concernés, pour la protection de la santé de la population et la préservation de l'environnement». La manière de faire était en même temps définie : on exploitera un jour ou l’autre la ressource, mais on respectera l’environnement et la santé publique. On ne pourrait pas dire désormais que l’on ne savait pas. L’idée de tirer profit un jour du gaz de schiste n’a donc jamais été renvoyée aux calendes grecques. On le savait aussi grâce à Abdelmalek Sellal qui avait affirmé en avril 2016 à Moscou que «Gazprom a certains plans de coopération avec nous» (en la matière),  et nous sommes, avait-il ajouté, «en train d’étudier le développement du gaz de schiste», sans pour autant parler de solutions alternatives ou de mix énergétique. Il fut aussi un temps où Youssef Yousfi, alors ministre de l’Energie (présentement ministre-conseiller à la présidence de la République), parlait, lui, d’appliquer «toutes les solutions», notamment les énergies renouvelables et le nucléaire civil dans un mix énergétique où le gaz de schiste aurait toute sa part. Ses propos sonnent aujourd’hui comme un écho pas si lointain que ça des propos tenus par le président de la République lors du dernier Conseil des ministres. On s’achemine ainsi vers le choix d’un certain mix énergétique dont les parts restent à déterminer. L’exploitation du gaz de schiste parait dans ce cas inéluctable car vitale. Une solution d’autant plus inévitable que le pays ne serait plus en mesure d'exporter le moindre fût d'hydrocarbures. A l’époque, Sellal, catastrophiste à souhait, avait même fixé une échéance précise : 2030 ! «Avec nos réserves de 12 milliards de barils de pétrole et de 4 000 milliards de mètres cubes de gaz, l'Algérie ne pourrait couvrir que ses propres besoins», avait-il estimé en 2014. A l’époque, Nostradamus Sellal semblait rendre les oracles. Il semblait ! Et, sans préjuger d'éventuelles découvertes de nouveaux gisements de pétrole et de gaz, il s’était fait Cassandre en présentant comme inéluctable et exclusive la solution du gaz de schiste à l'horizon 2030 ! Mais l’échéance semble dorénavant moins lointaine. Il ne fallait donc pas rejeter catégoriquement la solution du gaz de schiste en donnant du temps au temps et en faisant confiance au progrès technologique. Le gaz de schiste, en dépit des inconvénients économiques et écologiques de la fracturation hydraulique, serait une solution d'avenir, mais pas la seule. De ce fait, ne point négliger ou sous-estimer les solutions de substitution ou de complément, sous prétexte qu'il n'y a pas, à ce jour, de solutions de rechange fiables à la fracturation. Sauf à faire preuve d'intégrisme intellectuel et à désespérer du progrès scientifique, donner toute leur chance aux techniques d'extraction alternatives qui seraient peut-être moins coûteuses à l'avenir, ne serait pas du tout une mauvaise idée. Par exemple, le remplacement de l'eau par le propane, la stimulation par arc électrique ou chauffage de la roche. Ou encore la fracturation exothermique non hydraulique ou fracturation sèche qui n'utilise ni eau, ni explosifs, ni acides, ni solvants, mais de l'hélium chaud. Sans oublier la technique de fracturation au fluoropropane. L'idéal serait donc de soumettre la question de l'exploitation du gaz de schiste à un débat où les experts de tout bord auraient leur mot à dire et seraient entendus et écoutés. Et de rester par conséquent à l’écoute attentive de l'évolution des techniques d'exploitation. De définir un mix énergétique adapté où la part des hydrocarbures s'amoindrirait progressivement pour laisser de la place à des énergies renouvelables ou moins polluantes comme le nucléaire. Et de développer notamment l'hydroélectricité. De promouvoir surtout un modèle de consommation d'où l'on bannirait les habitudes énergétivores comme celles d'importer, sans normes précises et sans restriction, des climatiseurs à très forte consommation de kilowatts ! Bref, explorer toutes les possibilités, en privilégiant les énergies renouvelables dans le mix énergétique, tout en se préparant, à plus long terme, et en s'en donnant les moyens, à la transition énergétique.

N. K.

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