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Editorial | Par Kamel Amghar | 19-06-2017

Foncier agricole en sursis, le péril urbain et la désertification


La sauvegarde et la valorisation du foncier agricole a été au menu de la première sortie publique du nouveau ministre de l'Agriculture et du Développement rural. Le péril de la désertification et celui, encore plus délicat, de l'avancée implacable du béton sont, en effet, bien présents et constituent une sérieuse source d'inquiétude. Deux bombes à retardement qui compromettent sérieusement les chances de développement et d'émancipation du pays. S'exprimant, à ce propos, à partir de Média, le responsable du secteur, M Bouazghi, a souligné que l'autonomie alimentaire et l'indépendance effective du pays «sont tributaires, dans une large mesure, de notre capacité à vaincre l'avancée du désert et à préserver nos terres arables», a-t-il déclaré en substance devant des cadres de son département, dont des forestiers, et des représentants des agriculteurs. «La protection de nos ressources, tant hydrauliques, sylvicoles et agricoles est un défi collectif et une responsabilité commune», a-t-il, ensuite, ajouté pour rappeler que ce lourd pari environnemental exige la coopération étroite de tout le monde. Si la lutte contre la désertification fait le consensus au sein de l'Etat et parmi les populations, il n'est pas de même pour le combat contre l'avancée du béton. L'accord de façade, qu'on étale à chaque évocation de cette plaie, véritable drame national, n'est pas rassurant, puisque les autorités continuent de projeter la construction de nouvelles villes et de nouvelles cités sur des terres arables. Les promoteurs immobiliers, profitant aussi de curieuses facilités auprès des administrations locales, réussissent toujours à se procurer des terrains à vocation agricole pour l'implantation de leurs projets de logement. Même les particuliers (membres d'exploitations agricoles, notables locaux influents ou vulgaires squatteurs faisant chanter les premiers contrevenants) participent également à cette abominable prédation. Non, dans le cas présent, le béton est beaucoup plus dangereux que le désert. En constante évolution depuis au moins une décennie. L'agriculture améliore, chaque année, ses performances en matière de productivité et de qualité. La filière motive, désormais, de gros investisseurs nationaux et étrangers. Le potentiel de production est, de l'avis de tous, énorme. Les premières exportations ont été très bien accueillies sur les marchés extérieurs, vantant les qualités nutritives et gustatives ainsi que le label «bio» des récoltes algériennes. Là encore, les opportunités sont alléchantes. Ce n'est pas aujourd'hui qu'on va tolérer l'abjecte dilapidation de ce précieux patrimoine! L'avenir du pays dépend justement de cette grande richesse qu'il va falloir mettre en valeur, protéger et rentabiliser afin de la transmettre intacte aux générations montantes qui, à leur tour, devraient en faire autant, sinon plus. Tous les experts sont d'avis que l'agriculture est le seul secteur réellement capable de soustraire l'économie algérienne de sa dangereuse dépendance des hydrocarbures. En un mot, le salut du pays dépend de la rentabilisation optimale de ce patrimoine. Un enjeu vital qui doit être suffisant pour décréter la tolérance zéro contre le détournement du foncier agricole de sa vocation.

K. A.

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