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Divers | De notre envoyé spécial à Beijing Bachir-Cherif Hassen | 19-06-2017

En présence de Bouteflika, le président Hu Jintao annonce à l’ouverture du sommet sino-africain

Effacement de la dette et 100 milliards de dollars pour les échanges commerciaux

Parée aux couleurs africaines, Pékin, ville-hôte du sommet du forum sur la coopération sino-africaine, a accueilli dans un faste protocolaire plus d’une quarantaine de chefs d’Etat africains qui ont eu à loisir de découvrir une capitale en chantier, déjà sous la fièvre des jeux Olympiques de 2008, où la modernité des buildings a transformé cette ancestrale ville en véritable mégalopolis, symbolisant ainsi la volonté des dirigeants politiques de ce pays de s’affirmer non plus seulement comme le dragon asiatique émergent, mais plutôt comme une puissance mondiale incontournable. En mobilisant des milliers de volontaires et en dégageant un budget conséquent pour ce sommet sino-africain, le président Hua Jintao a démontré on ne peut mieux la capacité d’organisation de son pays, projetant de ce fait l’image, pour les médias étrangers venus en force couvrir cet événement, d’un Etat plus ouvert aux réformes économiques impressionnantes et surtout pragmatique qui applique à merveille l’ouverture économique prônée par la communauté internationale, raillant la Chine sur les droits de l’Homme et les libertés d’expression, mais très inquiète sur ses appétits économiques et sa soif de pétrole. C’est dans cet esprit que s’est déroulé ce forum sino-africain, qui en parallèle a permis à nombre d’entreprises du Vieux Continent et à beaucoup d’hommes d’affaires accourus de diverses capitales africaines pour essayer d’accéder à une partie du pactole de 100 milliards de dollars de volume d’échanges commerciaux annoncé par le président chinois lors de la cérémonie d’ouverture hier au palais du Peuple, monument fastidieux érigé au centre de la fameuse place Tia’anmen.

En dépit des effets d’annonce des huit mesures décidées par le gouvernement chinois pour faire progresser le partenariat sino-africain et favoriser une coopération sino-africaine diversifiée, élargie et orientée dans le fond, et les responsables chinois ne s’en cachent pas, l’Afrique constitue un véritable eldorado et une nouvelle terre de conquête économique. La création du fonds de développement sino-africain dont le capital s’élèvera progressivement à cinq milliards de dollars pour soutenir les entreprises chinoises et les encourager à investir en Afrique en est l’exemple le plus explicite. Quoi qu’il en soit et à quelques heures de la déclaration du sommet de Beijing du forum sur la coopération sino-africaine qui scellera un nouveau partenariat stratégique, les mesures décidées par la Chine en direction de l’Afrique ont été accueillies avec satisfaction par les dirigeants africains, dont les pays les plus pauvres verront la dette, arrivant à échéance à la fin de 2005, être effacée, tout comme le doublement de l’aide octroyée aux pays de ce continent entretenant des relations diplomatiques. C’est dans ce contexte que le président Abdelaziz Bouteflika, entouré d’une forte délégation ministérielle et en présence de nombreux hommes d’affaires algériens participant à ce forum, s’est adressé à ses pairs africains pour souligner que, si, depuis le forum de 2000 organisé ici même à Pékin, les relations économiques entre la Chine et le continent africain «ont connu un essor considérable» -on évoque le chiffre de 50 milliards de volume d’échanges à la fin 2005- «il faut reconnaître qu’elles se situent encore en deçà de nos potentialités réelles et ne reflètent pas encore pleinement la qualité de notre relation d’amitié et de coopération politique» et c’est dans ce cadre qu’il a appelé «les chefs d’entreprise à prendre des initiatives concrètes dans l’intérêt mutuel de l’Afrique et de la Chine». En dressant un tableau assez dur, pour ne pas dire négatif, sur les défis en matière de développement non atteints par l’Afrique, Bouteflika s’est montré plus magnanime pour mettre en exergue «les aspects positifs liés à l’œuvre du renouveau qui est en train de s’opérer dans de nombreux pays africains» notamment sur la bonne gouvernance, les droits de l’Homme, les libertés d’expression qui connaissent «un élan appréciable à travers de nombreux pays africains» tout comme «le suffrage universel qui est devenu le passage obligé pour l’accession au pouvoir». Soit une manière feutrée d’exhorter ses pairs africains, demeurés en reste, à ne pas occulter les problèmes politiques pendants sur le continent, à l’image du Darfour, de la Côte d’Ivoire ou de la Corne de l’Afrique.

Saisissant l’opportunité de la présence des hommes d’affaires chinois, le chef de l’Etat algérien les a exhortés «à renforcer leur présence en Afrique à travers l’investissement dans les secteurs productifs et apporter ainsi une contribution significative au développement socio-économique du continent».

Très actif au cours de ce sommet, Bouteflika a multiplié les contacts avec des chefs d’Etat et de gouvernement africains et nombre d’apartés avec des responsables chinois de haut niveau à l’image du président Hua Jintao, qu’il retrouvera d’ailleurs pour les journées à venir, puisqu’il effectuera une visite d’Etat qui le conduira jusqu’à la Cité administrative de Shangai. Cette visite d’Etat, la seule programmée dans l’agenda des dirigeants chinois, sera sanctionnée par des accords bilatéraux touchant nombre de secteurs socio-économiques.
B-C. H.

In La Tribune du 5.11.2006

 

 

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