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International | Par Moumene Belghoul | 20-06-2017

Le bras de fer entre le Qatar et ses voisins se durcit

Crise du Golfe : une équation à plusieurs inconnues

L’Arabie saoudite, les Emirats et l’Egypte font monter le plafond de leur exigence pour mettre un frein à cette escalade dont la finalité pourrait être désastreuse. L’émir du Qatar est sommé de s’excuser officiellement auprès de ses pairs, notamment sur les «allégations» de la chaîne Al-Jazeera dont certaines capitales exigent tout bonnement la fermeture. Est exigée la rupture avec le mouvement des Frères musulmans et la cessation de tout financement concernant la confrérie égyptienne, l’expulsion de tous ses éléments installés à Doha. Cette dernière est enjointe à couper tout financement des bras politiques et médiatiques des Frères notamment à Istanbul et à Londres. Les anti-Qatar exigent la fermeture de tous les réseaux et sites d’informations constituant une alternative parallèle aux médias officiels qataris, une liste de ces médias a été diffusée avec moult détails. Il est évident que ces exigences sont difficilement applicables pour n’importe quel Etat, sauf à abandonner sa souveraineté

La situation dans la région du Golfe demeure toujours tendue et ouverte sur différents scénarii. La guerre médiatique interposée que se livrent notamment les pays ayant enclenché la campagne contre le Qatar reste exacerbée. Des accusations en tout genre, notamment de concupiscence avec l’ennemi israélien sont émises par notamment la chaîne Al-Jazeera visant frontalement les Emirats arabes unis ou l’Arabie saoudite. En face, Al Arabya et Sky-News diffusant depuis Dubaï et Abu Dhabi, tirent au blindé contre Doha l’accusant de mener une véritable campagne de déstabilisation contre ses voisins. Ainsi va cette guerre froide version pays du Golfe qui a accaparé l’intention médiatique au dépend du dossier syrien ou yéménite, deux tragédies passées presque aujourd’hui au second plan. Les acteurs en présence dans cette théâtrale scène des voisins de ce Moyen-Orient compliqué meuvent chacun selon ses intérêts immédiats. La Turquie par exemple n’a pas hésité à envoyer des avions au Qatar prétextant un accord de sécurité entre les deux pays, signé il y a quelques années. Ankara s’est engagé à travers ce geste d’une forte symbolique stratégique à protéger le Qatar en cas d’agression. La Turquie, membre de l’Otan, sait pertinemment que les Américains, à travers notamment leur base au Qatar, restent l’acteur principal en cas de conflit. Mais la Turquie, en difficulté en Syrie avec le renforcement des mouvements kurdes soutenus par les Américains, semble vouloir envoyer d’autres messages à plusieurs niveaux. La situation dans la presque île arabique reste bloquée dans un statu quo tendu. Les deux camps en accusations se regardent en chien de faïence.  Pour l’heure il n’y a pas encore de vainqueur et de vaincu, même si le Qatar se trouve isolé et en proie à des difficultés. Cependant le camp anti-Qatar n’a pas encore non plus gagné puisque il n’a pas réussit à imposer ses règles à Doha qui résiste toujours à la pression.      

 

Sommations du camp anti-Doha 

 

L’Arabie saoudite, les Emirats et l’Egypte font monter le plafond de leur exigence sans lesquelles ils ne mettraient pas un frein à cette escalade dont la finalité pourrait être désastreuse. L’émir du Qatar est sommé de s’excuser officiellement auprès de ses pairs, notamment sur les «allégations» de la chaîne Al-Jazeera, un canal dont certaines capitales exigent tout bonnement la fermeture. Ainsi est exigée du Qatar la rupture avec le mouvement des Frères musulmans, la cessation de tout financement concernant la confrérie égyptienne, et l’expulsion de tous ses éléments installés à Doha. Cette dernière est enjointe à couper tout financement des bras politiques et médiatiques des Frères notamment à Istanbul et à Londres. Les anti-Qatar exigent la fermeture de tous les réseaux et sites d’informations constituant une alternative parallèle aux médias officiels qataris, pour ce faire une liste de ces médias a été diffusée avec moult détails.  Le Qatar est enjoint de rompre ses relations avec l’Iran et d’user d’un discours anti-iranien particulièrement hostile, pouvant aller jusqu’à traiter l’Iran de «parrain du terrorisme» comme c’est le cas actuellement dans le discours des médias saoudiens et émiratis. Doha est sommé de couper les relations avec les mouvements de résistance libanais Hezbollah et palestinien Hamas. Interdiction au Qatar d’accueillir les opposants aux pays du Golfe, leur donner asile sur ses terres et leur ouvrir ses moyens d’expression médiatiques. La fermeture des centres d’études et autres think-tanks financés par le Qatar localement où à l’étranger dont le but est de soutenir la politique qatari sur le plan international. Le Qatar doit s’engager à ne plus entreprendre de positions politiques qui vont à l’encontre des intérêts des autres pays du Golfe.  Ne plus faire partie d’alliances qui pourraient nuire aux intérêts stratégique du CCG (Conseil de Coopération des pays du Golfe). Enfin la normalisation des relations de Qatar avec les autorités égyptiennes et la cessation des attaques médiatiques visant le Caire. Il est évident que ces exigences sont difficilement applicables pour n’importe quel Etat, sauf à abandonner sa souveraineté. Doha semble ne pas l’entendre de cette oreille condamnant l’attitude jugée agressive de ses voisins et se rapprochant de facto de l’Iran. Dans cette équation à plusieurs inconnues Riyad et Abu Dhabi ne récolteraient-ils pas le contraire escomptés par leur plan initial ?

 

R. I.

 

 

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