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International | Par Mohamed Bouhamidi | 04-07-2017

L’impunité de l’État-voyou terroriste israélien entretenue par l’Occident

La Raison occidentale et le prochain massacre à Ghaza

La question palestinienne est une question internationale par excellence. Nul ne peut ignorer qu’on applique aux Palestiniens une perception du droit et une perception de l’homme qui relèvent des époques d’avant la naissance des Etats et du droit lui-même. Nul ne peut l’ignorer, d’autant que les campagnes de solidarité tenaces et répétitives se sont consolidées par les campagnes BDS qui ont installé les luttes pour les droits des Palestiniens et contre la colonisation dans le quotidien le plus immédiat des Européens en touchant à la commercialisation des produits issus des colonies ou par le boycott culturel et scientifique. Gideon Levy annonce le massacre à venir, que seul un bouleversement régional pourrait éviter aux internés de Ghaza.

Le 15 juin 2017 Gideon Levy publiait une alerte sur la préparation d’un massacre à Ghaza. Deux passages de cette alerte me semblent intéressants. Le premier dénonce le réquisitoire tout prêt du procès des Palestiniens de Ghaza. Pas le simple procès du Hamas, mais celui de tous les internés de cet immense camp de concentration, dans une continuité dynamique du principe de responsabilité collective. «Tous les résidents de Gaza sont des meurtriers. Ils construisent des “tunnels terroristes” au lieu d’inaugurer des usines high-tech. Enfin, comment expliquez-vous que le Hamas n’ait pas développé Ghaza ? Comment osent-ils ? Comment se fait-il qu’ils n’ont pas construit une industrie en état de siège, une agriculture en prison et de la haute technologie dans une cage ?» (1) Cette généralisation pousse des êtres, pourtant singuliers aux yeux du droit, vers une sorte de magma dans lequel elle les fond en masse indistincte. La remarque de Gideon Levy a l’air, cependant de souligner, comme un fait nouveau, un fait inédit, la plus vieille discrimination connue dans l’histoire de l’humanité, celle des identités des sociétés dites primitives puis des sociétés tribales. On peut le comprendre pour des esprits formés dans l’affirmation de la primauté du groupe quand cette primauté était nécessaire à la survie du groupe et par conséquent à l’individu lui-même. Souvenez-vous que la punition suprême dans les anciennes sociétés, était le bannissement, équivalent d’une condamnation à mort sociale et presqu’inéluctablement physique si le proscrit ne trouvait pas une tribu d’accueil en manque de bras. Pourtant, la question palestinienne est une question internationale par excellence. Nul ne peut ignorer qu’on applique aux Palestiniens une perception du droit et une perception de l’homme qui relèvent des époques d’avant la naissance des Etats et du droit lui-même. Nul ne peut l’ignorer, d’autant que les campagnes de solidarité tenaces et répétitives se sont consolidées par les campagnes BDS qui ont installé les luttes pour les droits des Palestiniens et contre la colonisation dans le quotidien le plus immédiat des européens en touchant à la commercialisation des produits issus des colonies ou par le boycott culturel et scientifique. Gideon Levy annonce le massacre à venir, que seul un bouleversement régional pourrait éviter aux internés de Ghaza, au moment d’une extraordinaire campagne de presse et de pression sur différents pays comme la Turquie, pour soutenir la Marche des Fiertés pour le droit des Lgtb à la procréation assistée. Pourquoi Gideon Levy relève l’anachronisme alors qu’il passe totalement inaperçu dans ces médias et ces capitales si promptes à réclamer de tous le respect du principe du droit ? Pour les gouvernements et les médias dominants et de la domination, vous connaissez la réponse : ils sont au service d’une fabrication de la perception utile à leurs intérêts, à leurs buts politiques immédiats ou lointains. Ils sont devenus des soldats sur le front, aujourd’hui décisif, de la perception et de la narration des faits. De la narrative, selon Grasset. Il est plus surprenant que les opinions publiques suivent cette voie de la vision, disons, communautariste. C’est bien de cela qu’il s’agit, dès que sur un problème réel, une émotion ou un fait fabriqué, s’interprète par généralisation. Or, l’élément fondamental de la construction de la suprématie blanche et de la justification de l’entreprise coloniale, est précisément que l’Europe, auto-désignée Occident, et l’homme blanc, nous apportaient les lumières de la Raison. Cette même Raison qui stipule qu’un principe est universel ou n’est pas, qu’il est général ou n’est pas. C’est encore plus contraignant pour le droit. Bien sûr, aucune élite des résistances anticoloniales n’a gobé la couleuvre. Elle ne leur était pas destinée de toutes les façons, mais destinée aux élites des pays européens eux-mêmes. Dans un livre de Maspero, que tous devraient lire, L’honneur de Saint Arnaud (2) - il s’agit du criminel qui a laissé derrière, dans notre pays, un cortège sinistre de meurtres de masse, de massacres, d’actes génocidaires, d’enfumades- évoque la figure de son grand-père médecin, humaniste, bienveillant qui partage les idéaux de la conquête coloniale sur cette base précisément, qu’elle apporterait au reste de l’humanité les bienfaits de la Raison. Aujourd’hui comme hier, les enjeux de la «fabrication» d’une perception du monde sont d’abord des enjeux du «Centre capitaliste», si nous reprenons à notre compte la classification de Samir Amin, en ce qu’elle porte d’approfondissement réel de la théorie de l’impérialisme. L’entreprise du meurtre colonial était bénie par des élites bienveillantes. Elles avaient entre les mains les informations qui les poussaient vers cette compréhension du fait colonial comme fait civilisationnel. François Maspero nous livre cependant dans son texte la trame subconsciente de la pensée qui fait que le citoyen français de province ou de Paris, cultivé, instruit, abreuvé aux sources grecques et latines, humaniste selon le sens de l’époque (c’est-à-dire détaché de la pensée cléricale et cherchant les ressorts de l’action de l’homme hors des voies impénétrables de Dieu) pouvait être sur les mêmes positions que les flibustiers de la traite des noirs et des massacres coloniaux. Ce citoyen doué de Raison partageait avec le criminel, justement, que nous étions des communautés. Mettez les noms que vous voulez, noirs, arabes, peaux-rouges ou peau de citron, nous étions à leur yeux la répétition à l’identique du même au même dans nos communautés. Dans la foulée, ils nous ont collé des identités labiles mais collantes, des identités interchangeables au besoin, car ils en étaient les émetteurs. Nous pouvions être des arabes ou des musulmans, selon le contexte. Idem pour les humains des autres endroits de la planète, vous avez le choix entre désigner pas la couleur, par la religion, par l’ethnie. A partir de là, se crée la zone grise, rouge pour nous et par notre sang versé, du sens. Nous sommes restés des communautés, religieuses, ethniques, exotiques ou pas, mais pas des identités nationales. Avec dans cette zone grise, des réalités impensées. La Palestine, c’est forcément le Hamas ou Yasser Arafat (ne faisons pas injure à cette terre et à ce peuple de nommer Mahmoud Abbes) mais jamais l’Archevêque Atallah Hanna. C’est la pensée occidentale qui fait ce tri spontané, un spontané qui surgit des équivalences et des associations de mots et d’idées, qui nous renvoie à une image des choses plus qu’aux choses elles-mêmes. Si ce renvoi spontané des «Autres» à une identité communautaire, forcément minorée, reste récurrent, c’est bien parce cette idée des autres est le soubassement désormais caché par la construction théorique qu’il soutient. Houria Bouteldja et les Indigènes de la République auraient parlé de communautés racisées. Et du point de vue de la pensée et de l’analyse, ils ont raison d’élargir ainsi la pensée de Fanon, mais aussi la pensée anticoloniale en général. La longévité de cette vision communautariste est également entretenue. Battue en brèche, au moins parmi les élites à l’époque des guerres de libération et du mouvement communiste, elle règne désormais presque sans partage, en dehors des quelques formations militantes anticolonialistes et anti-impérialistes. C’est cette hégémonie d’un subconscient communautariste qui nous ramène au cœur des aveuglements surprenant : pourquoi l’écrasante majorité des opinions publiques occidentales ne voient pas que les Etats arabes qu’ils combattent sont laïcs, protègent les doits religieux des minorités et notamment les églises, octroient des droits avancés aux femmes et leur assurent l’accès aux universités et aux emplois publics, leur ouvrent les plus hautes responsabilités ? Comment ces élites européennes ont pu passer à la trappe que le Hezbollah a protégé les églises ce dernier Noël 2016 et les festivités du Nouvel An au Liban ? Ou que les Eglises étaient en bien meilleure position, sous Kadhafi ? La situation faite aux chrétiens d’Irak est encore plus dramatique et peut-être irréversible. C’est quand même curieux, non, que ces opinions publiques ne voient pas que le principal conseiller politiques d’Al Assad est une conseillère, une femme, Boutheïna Chââbane, que le mouvement palestinien a désigné en France une ambassadrice, Laïla Shahid, et que la dirigeante palestinienne Hanane Ashrawi, née d’un père de confession anglicane, a été ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. C’est la famille des Saoud, et toutes les familles régnantes du Golfe, dont on ne voit nulle part la moindre trace de partage de ces «valeurs» de laïcité ou de libération des femmes, ou de protection des minorités qui sont les «amies» adulées et respectées d’Israël et de l’Occident. Ne demande pas aux modernistes algériens amis d’Israël, de ses prix du cinéma ou de la littérature, de nous expliquer par quel miracle ils se retrouvent amis des wahhabites du Golfe via leur amitié pour Israël ?

Gideon Levy a raison de souligner que les Palestiniens seront jugés au nom de la responsabilité collective, avec l’approbation de l’Occident Rationnel. Faut-il rappeler à tous que ce jugement de la responsabilité collective est commandement ou une autorisation divine donné à Josué de massacrer (3) ? Et que les gouvernements de l’Occident rationnel, à l’image de Sarkozy, Clinton, Cameron, Finkielkraut, BHL, Fabius, soutiendront le droit d’Israël à se défendre, selon les commandements donnés à Josué.

La deuxième remarque importante de Gideon Levy, me dispense de lecture : «Il n’y aura pas de guerre à Ghaza, parce qu’il n’y a personne à Ghaza pour combattre contre l’une des armées équipées des armements les plus puissants au monde, et cela même si le commentateur des questions militaires à la télévision, Alon Ben David, affirme que le Hamas est capable d’aligner quatre divisions. Les habitants de Ghaza sont les sujets d’une expérience conjointement menée par l’AP et Israël : peuvent-ils survivre avec une heure d’électricité par jour ? Est-ce que 10 minutes ne suffiraient pas ? Il n’y aura pas davantage la moindre bravoure (israélienne) à Ghaza, car il n’y a aucune bravoure à attaquer une population sans défense. Et, bien entendu, il n’y aura ni moralité ni justice à Ghaza, car il n’y a ni moralité ni justice dans le fait de se lancer à l’assaut d’une cage scellée pleine de prisonniers qui n’ont même aucun endroit vers où fuir, s’ils en avaient la possibilité. Donc, appelons un chat un chat : c’est bien d’un massacre qu’il s’agit. Et c’est de cela qu’ils parlent actuellement en Israël. Qui est pour un massacre, et qui est contre ? Serait-il “bon pour Israël” ? Contribuera-t-il à sa sécurité et à ses intérêts, ou pas ? Provoquera-t-il la perte du pouvoir par le Hamas, ou non ? Sera-t-il favorable aux intérêts électoraux du Likoud ou pas ? Israël a-t-il le choix ? Bien entendu que non ! Toute attaque contre Ghaza se soldera par un massacre. Rien ne peut le justifier, parce qu’un massacre est injustifiable. Nous devons donc nous demander : sommes-nous pour un nouveau massacre à Ghaza ou non ? Les pilotes sont déjà à l’échauffement sur les routes, tout comme les artilleurs et les femmes soldats qui manipulent des joysticks [pour piloter à distance les drones de l’armée - Ndlr]. Une heure supplémentaire chaque jour sans électricité à Ghaza, et ce sera le signal : des roquettes Qassam. Israël, cette fois encore sera la victime, et des millions d’Israéliens se réfugieront dans des abris une fois de plus. “Nous sommes sortis de Ghaza et regardez comment ils nous récompensent. Oh le Hamas, ces assoiffés de guerre, les plus cruels d’entre eux tous…”. Mais quel autre moyen reste-t-il à Ghaza pour rappeler au monde son existence et sa détresse inhumaine, hormis les roquettes Qassam ? Ça fait trois ans qu’ils étaient tranquilles, et voilà qu’ils sont les sujets d’une recherche menée conjointement par Israël et l’Autorité Palestinienne [de Ramallah] : une grande expérience menée sur des cobayes humains. Est-ce qu’une heure d’électricité par jour suffit pour une existence humaine ? Peut-être que dix minutes seraient suffisantes ? Et qu’arrive-t-il à des humains sans électricité du tout ? L’expérience est en cours, les scientifiques retiennent leur souffle. Quand la première roquette tombera-t-elle ? Quand le massacre commencera-t-il ?»

Est-ce qu’à Ghaza vivent des Lgbt en quête de procréation assistée ? L’Europe veillerait-elle à leur droit à la vie et à aller acheter de la vie dans ce nouveau créneau du marché et du profit ?

M. B.

 

1- http://www.pourlapalestine.be/gaza-en-route-vers-un-nouveau-massacre-pire-que-les-precedents-gideon-levy/

http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.795785

 

2- http://www.seuil.com/ouvrage/l-honneur-de-saint-arnaud-francois-maspero/9782021051735

http://danielbensaid.org/L-Honneur-de-Saint-Arnaud

 

3- http://larevuereformee.net/articlerr/n225/la-conquete-de-canaan-un-genocide 

https://www.bible-service.net/ext ranet/current/pages/669.html 

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