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Culture | Par Mohamed Rahmani | 06-07-2017

Le cinéma pour préserver la mémoire collective

L’histoire par l’image

Apocalypse Now, Good morning Vietnam, la série Rambo, Full metal jacket…, Hollywood a tout fait pour exorciser le mal profond de l’Amérique, un mal ressenti par toute une génération sacrifiée sur l'autel du capitalisme soigneusement enrobé dans des principes dits de démocratie et de liberté

Apocalypse Now, Good morning Vietnam, la série Rambo, Full metal jacket…, Hollywood a tout fait pour exorciser le mal profond de l’Amérique, un mal ressenti par toute une génération sacrifiée sur l'autel du capitalisme soigneusement enrobé dans des principes dits de démocratie et de liberté. La défaite cuisante face aux Viêt Cong a été transformée par la magie du cinéma, qui a inventé de toutes pièces des héros qui sortaient victorieux de situations impossibles essayant de prouver la supériorité et l’hégémonie américaine. Une glorification du «way of life» américain qui cependant a ses limites car on ne travestit pas l’histoire, celle-ci est immuable et inaliénable. Le même procédé a été utilisé pour la 2e guerre mondiale où à travers des films faits par les Occidentaux, on dépeint l’Allemand comme étant bête et discipliné et parfois même idiot comme c’est le cas dans la série Golditz. Dans la réalité il en est tout autrement et tout le contraire à l’exemple du général allemand Erwin Rommel, que les Occidentaux eux-mêmes ont surnommé le renard du désert tant l’homme était un grand stratège maitrisant parfaitement l’art de la guerre. Et donc le cinéma, même si parfois il travestit la réalité, n’en reste pas moins un des meilleurs vecteurs pour apprendre l’histoire et la diffuser pour des millions de spectateurs, une culture qui se retrouve même dans le langage de tous les jours avec des répliques célèbres répétées par des cinéphiles et renvoyant à des situations vraisemblables.

Chez nous, la guerre de libération nationale qui a abouti à l’indépendance le 5 juillet 1962, une guerre qui a duré 7 ans et demi qui a eu ses héros, ses grands hommes, ses martyrs, a été un filon pour les cinéastes qui ont excellé en la matière avec des films qui ont réussi à fédérer des générations entières et à glorifier ces pères de la Révolution, de la liberté et de l’indépendance. L’Opium et le bâton, la Bataille d’Alger, Patrouille à l’Est, pour ne citer que ces films qui ont transporté des millions d’Algériens dans leur histoire contemporaine, avec ses héros, bien réels cette fois et qui sont tombés au champ d’honneur les armes à la main, autant de référents culturels et historiques qui illuminent ce présent hélas peu glorieux. Cette fierté toute algérienne, cette prédisposition à se sacrifier, ce patriotisme a été semé et renforcé par ces films et l’Algérien, en découvrant ces longs métrages, salue ses héros et voyage dans son histoire. Des répliques célèbres sont répétées à l’unisson, telle celle prononcée par le grand Larbi Ben M’hidi répondant à des journalistes français qui lui demandaient comment le FLN se disant combattre l’armée de l’occupant pouvait commettre des attentats dans des lieux civils avec des bombes placées dans des couffins : «Donnez-nous vos avions et on vous donnera nos couffins.» D’autres héros connus ou inconnus ont été oubliés et n’ont pas eu ce privilège, mais il n’est jamais trop tard pour leur rendre justice. La déclaration du Premier ministre M. Tebboune  sur le retour au cinéma et son développement a été pour les hommes de culture comme une bouffée d’oxygène. Peut-être que cette fois-ci sera la bonne et le cinéma reviendra avec ces réalisateurs et ces acteurs marginalisés et qui pourraient encore beaucoup donner. Les sujets sur la guerre de libération nationale ne manquent pas et les héros, ces combattants de la liberté qui se sont sacrifiés pour ce pays, sont légion, il s’agit seulement de «les mettre en scène». Mais s’approprier son histoire, en être fier, peut aussi passer par d’autres vecteurs, l’un des plus efficaces est avant tout l’école où l’on étudie cette discipline, une matière quelque peu dévalorisée  et qui n’intéresse presque plus. Les commémorations, les stèles dressées, les plaques commémoratives et autres noms de rues, de villes, de places publiques sont, eux aussi, importants. Il faudra seulement savoir les exploiter pour que nos référents culturels restent éternels.

M. R.

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