INFOS
International | | 11-07-2017

Ses membres ont affiché leurs divergences au lieu de l’unité escomptée

Le G20 a acté les fissures entre les capitalismes nationaux


 

Le grand P-dg de ce Conseil d’administration de l’économie mondiale qu’est le G20 devait être le gouvernement des Etats-Unis. Cela suppose que les principales puissances économiques occidentales avaient réglé la question de base du caractère partagé, unique de leur direction ultra ou néolibérale. Or, ce dernier G20 a surtout poussé ses membres à afficher leurs différences, voire leurs différends, pas leurs convergences et encore moins leur unité. Les Etats-Unis pourront prendre une autre route en ce qui concerne les questions du climat, les autres puissances poursuivront la leur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce n’est pas le seul couac, sur les livraisons de gaz russe, c’est encore plus patent. L’Allemagne refuse les nouvelles sanctions économiques US qui rendrait illégal ou risqué l’achèvement du Northstream ou l’achat du gaz russe qui transiterait par ce gazoduc. Et sur cette question l’Allemagne s’oppose aussi à la Commission de Bruxelles qui voudrait émettre un avis sur la finalisation du projet. L’Allemagne refuse tout simplement d’acheter du gaz américain biens plus cher que le gaz russe, même si la Pologne nouvelle plateforme militaire américaine, une nouvelle quasi colonie US, a reçu avec enthousiasme Donald Trump et les livraisons de gaz liquéfié américain. Les fissures se multiplient et elles apparaissent autour des lignes de fractures des intérêts nationaux qui recoupent eux-mêmes les intérêts d’un capitalisme national.

 

Par Mohamed Bouhamidi

 

Le G20 avait pour principe élémentaire de synchroniser puis d’harmoniser la conduite des affaires dans le monde post-URSS. Le projet était et reste bien sûr considérable : «fabriquer» une sorte de Conseil Mondial des Affaires qui serait capables d’extraire les Nations, les Etats et les peuples de leurs histoires particulières qui les ont amené à représenter la part écrasante des richesses du monde. 80% du PIB mondial, 80% des ressources et de la consommation, 75% du commerce mondial et 65% de la population mondiale.

Justement 65% de la population mondiale; sans l’Inde et la Chine dans un G18 ce Conseil représenterait quelle part mondiale de la population, de la production et des ressources ? Il représenterait quelle part actuelle du commerce mondial ? Question à 1 rénminbi, ce G18 représentera  quelle part du commerce mondial, de la production ou des ressources quand les nouvelles «ceinture et route de la soie» seront pleinement en service ?

Si on devait suivre les logiques archiconnues de l’intégration par les marchés, les économies de type socialistes, solidaires et donc forcément nationales au sens de souveraines, plus une économie est intégrée au marché mondial et donc aux monnaies ou à la monnaie dominante, plus la logique interne de ces économies devient une logique capitaliste.

Les formes de l’Etat de ces économies nominalement non-capitalistes, tout comme les idéologies qui ont inspiré, soutenu et cimenté les révolutions nationales de la Chine à l’Inde en passant par l’Algérie ou le Vietnam et l’Afrique du Sud, vont couver les recompositions sociales qui feront des notables des tribus et des clans, des mandarins comme des féodaux les nouvelles forces proto-capitalistes et les relais les plus actifs et les plus intéressés à l’intégration dans le système dominant.

Les dirigeants publics comme les dirigeants occultes des anciens centres de la domination impérialiste connaissent cette règle et l’appliquent à merveille. Un peu de libéralisme dans les orientations économiques et de commerce extérieur d’un pays mène inexorablement à toujours plus de libéralisme et de capitalisme dans ce pays. Les difficultés, les erreurs, les échecs seront toujours imputés non à l’orientation choisie, mais à la façon de l’appliquer, au savoir faire dans l’application, à l’insuffisance de la dose libérale introduite pour arriver au dopage suffisant de l’économie concernée. L’essentiel de la démarche intégrative des économies des pays récemment libérés, consistait simplement à les attirer vers toujours plus de libéralisme. Le processus n’est vraiment pas compliqué. Les raisons qui ont poussé ces pays sous la domination coloniale, l’écart des capacités de toutes sortes entre les économies occidentales hyper industrialisées et nos économies du Tiers-monde, reprendront leurs effets de sujétion de nos pays tant que nous restons dans la logique marchande du système impérialiste.

Le but, donc, pour en rester au principal était d’intégrer la Chine au système impérialiste mondial, non d’en faire un concurrent, le monstre créé pour être l’atelier du monde ne devait devenir l’élément-clé de son Conseil d’administration.

Or, il apparaît que le poids économique réel des deux pays que sont la Chine et l’Inde ne pouvait pas laisser l’ordre projeté réussir sa trajectoire. Si l’Inde semble ne pas représenter une menace pour la poursuite de la mise en place d’un gouvernement mondial qui polariserait les flux financier du Sud vers le Nord, de la périphérie vers le Centre, la Chine elle devient une authentique inquiétude quand à la direction concrète de ces richesses produites et échangées. D’autant que la monnaie chinoise remplace progressivement le dollar dans les échanges internationaux et donc sape la fonction «intégrative» du dollar nécessaire tout à la fois à la suprématie d’un centre US de l’économie mondiale et d’une arme formidable, de mondialisation des problèmes US et d’américanisation des profits.

Quelque chose a foiré. Le grand P-dg de ce Conseil d’administration de l’économie mondiale, devait être le gouvernement des USA. Cela suppose que les principales puissances économiques occidentales avaient réglé la question de base du caractère partagé, unique de leur direction ultra ou néolibérale.

Or, ce dernier G20 a surtout poussé ses membres à afficher leurs différences, voire leurs différends, pas leurs convergences et encore moins leur unité.

Les USA pourront prendre une autre route en ce qui concerne les questions du climat, les autres puissances poursuivront la leur dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ce n’est pas le seul couac, sur les livraisons de gaz russe, c’est encore plus patent. L’Allemagne refuse les nouvelles sanctions économiques US qui rendrait illégal ou risqué l’achèvement du Northstream ou l’achat du gaz russe qui transiterait par ce gazoduc. Et sur cette question l’Allemagne s’oppose aussi à la Commission de Bruxelles qui voudrait émettre un avis sur la finalisation du projet.

Vous savez quoi ? L’Allemagne refuse tout simplement d’acheter du gaz US biens plus cher que le gaz russe, même si la Pologne nouvelle plateforme militaire US, une nouvelle quasi colonie US, a reçu avec enthousiasme Donald Trump et les livraisons de gaz liquéfié US.

Les fissures se multiplient et elles apparaissent autour des lignes de fractures des intérêts nationaux qui recoupent eux-mêmes les intérêts d’un capitalisme national.

Nous sommes alors, dans le Tiers-Monde, face à l’interrogation la plus élémentaire de savoir si la réalité existe ?

Et contre tous les vents des théories de la «Fin de l’Histoire», de l’Unification européenne, de la Globalisation Intégrative des peuples sous le label des mêmes valeurs démocratiques et droits-de-l’hommistes, quelques voix vite refoulées dans les arrières salles des petits médias, avaient douté qu’on puisse unifier un Sud européen largement sous développé par rapport au Nord et une Europe de l’Est largement en retard sous une Europe de l’Ouest.

Le crash arriverait inexorablement d’une cassure en le Nord de l’Europe et son Sud, entre son Est et son Ouest.

Le plus gros problème de cette époque de transition des années 1990 et suivantes était le sens des mots, dans nos élites Sud, dans le refus de ces élites de comprendre que la notion de «capitalisme» prenait le pseudo transparent pourtant de «démocratie», «droits de l’homme», «valeurs» de toutes sortes allant de l’obligation sociale de faire la promotion de l’homosexualité et LGTB à la procréation assistée pour parents homosexuels. Bref, tout ce qu’on nous présentait comme un combat pour les valeurs était une sommation d’ouvrir le passage devant la déferlante du capitalisme financiarisé. De l’impérialisme, tout simplement.

D’un point de vue de la perception, la présentation de ce nouveau siècle impérialiste nous a été présentée contradictoirement comme la voie désirable et comme la seule voie possible. «There is no alternative» disait déjà Tchatcher.

La voie du désir n’est pas celle de l’obligation.

La clé du succès de la formation de notre perception selon les besoins et, justement, les désirs de l’impérialisme, a été une extraordinaire inhibition du sens des réalités. La réalisation du projet de gouvernance mondiale est devenue la réalité elle-même. Que les robes de marque Ivanka Trump soient fabriquées dans des conditions d’esclavage absolue importent peu. Que les domestiques des Emirs du Golfe amis des puissances occidentales, vivent dans les conditions du servage, corvéables à merci, importent encore moins. Que dans les dictatures arabes ou de l’Iran islamistes, les télévisions regorgent de femmes journalistes, animatrices d’émissions culturelles et politiques de très haute qualité importe peu, qu’on y trouve des femmes députés, ministres, conseillères politiques, médecins, professeures de tous les cycles de formation importe peu.

Les royaumes moyenâgeux où elles sont recluses, interdites de conduire et de paraître, sont par contre traités en amis et en alliés par ces mêmes économies occidentales. Ce sont ces mêmes royaumes moyenâgeux qui seront les financiers et les ordonnateurs des révolutions du «printemps arabe».

Cette perception qui permet à un Benoît Hamon de faire de la diabolisation de Bachar el Assad, une ligne de démarcation politique infranchissable lors des débats de sa campagne électorale. Benoît Hamon, n’est pas monsieur tout le monde, et dans ses fonctions de candidat et de dirigeant du Parti socialiste français, il n’est pas tenu de se conformer à une perception préfabriqué et formatée de la réalité.

Nous en sommes arrivés à ce point que d’examiner la réalité en dehors de cette préperception équivaut à une révolution.

Sauf si la réalité profonde, occultée et refoulée réapparaît. Ce dernier G20 vient d’en être une occasion.

Premièrement l’unité idéologique et de propagande du capitalisme financiarisée n’était juste une idéologie de façade, désormais sapée par la résurgence des intérêts des simples gens, des peuples, si j’ose dire comme nous l’a montré le vote du peuple grec pour le mouvement Syrisa qui l’a honteusement et copieusement trahi. Ce message grec annonçait les revirements inaboutis dans les opinions des Italiens, Espagnoles et Français ou annonçait encore une idée populaire contre l’Union européenne dans l’opinion anglaise.

Le Brexit et le ton ferme de Merkel, à l’endroit des USA et de la Commission européenne, à propos du gaz russe, montre que dans les élites des économies et des places financières qui comptent le «consensus pour une gestion capitaliste commune» du monde, qui inclurait des pays périphériques, mais importants, est en train de voler en éclats.

Tout le monde des médias attendait que Poutine et la Russie sortent encore plus isolés de ce G20. C’est Trump et les USA qui ont essuyé la colère allemande et la perte de leur place de timonier dans au moins le bateau «climat» de la flotte de la globalisation. Les effets sur l’Union européenne seront bien sûr désastreux car l’Allemagne tolérera encore moins les divagations antirusses de Tusk, de Porochenko ou de Junker dès qu’il s’agira des sous du grand patronat allemand, de ses entreprises et du coût de ses achats.

L’impression est que les USA ont plané moins haut que d’habitude, qu’ils ont montré moins de démesure dans leur orgueil.

Alors, au risque de paraître sous les habits des Tiers-mondistes des années 70 du siècle passé, assistons nous à un retour des contradictions inter-impérialistes, mais avec ce fait nouveau, que Chine, Inde et Russie ont largement déplacé le centre de gravité, hors du monde occidental ?

Et lui ont arraché une bonne partie du pouvoir de décision stratégique et de la construction des routes du Futur ?

M. B.

Réactions (0)