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Monde | Par Maria Isabel Sanchez de l’AFP | 15-07-2017

Pour matérialiser le rejet par la population de la future assemblée constituante

L'opposition lance une consultation populaire contre Maduro

En face, pour ne pas laisser le champ libre au camp adverse, le gouvernement vénézuélien organisera, demain, en parallèle, une répétition du vote du 30 juillet pour de l'Assemblée constituante

L'opposition vénézuélienne organise demain une consultation populaire symbolique contre le président Nicolas Maduro et son projet de refonder la Constitution, après plus de trois mois de manifestations violentes dans ce pays engluée dans la crise. Dans un pays en partie paralysé et traumatisé par la quasi centaine de morts au cours de ces protestations, pro et anti-gouvernement se livreront à un bras de fer dans les urnes.

Le camp du chef de l'Etat est actuellement en campagne électorale en vue de la désignation, le 30 juillet, des 545 membres de l'Assemblée constituante. Celle-ci aura pour mission de refonder la Constitution en vigueur. Ce projet est fermement rejeté par les antichavistes (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013), qui y voient une manière de contourner l'Assemblée nationale élue, dominée depuis 2016 par l'opposition, via «un régime copié sur celui de Cuba». En signe de contestation, celle-ci a prévu demain une consultation populaire symbolique sur cette Constituante, dans 1 600 bureaux de vote à travers le pays, et multiplie manifestations et blocages pour accroître la pression sur le gouvernement. Présenté comme un acte de «désobéissance civile», ce plébiscite, qui se déroulera sans l'aval des autorités, a pour but, explique l'opposition, de matérialiser le rejet par la population de cette future assemblée.

Selon la société de sondages Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% dénoncent la gestion du chef de l'Etat.

 «Une mission de cinq anciens présidents arrivera samedi en tant qu'observateurs internationaux», a déclaré jeudi l'élue de l'opposition Maria Corina Machado, en citant les noms du Mexicain Vicente Fox, des Costariciens Laura Chinchilla et Miguel Angel Rodriguez, du Colombien Andres Pastrana et du Bolivien Jorge Quiroga.

Le choc des pouvoirs dans ce pays d'Amérique du Sud est incessant depuis janvier 2016, quand la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (MUD, centre droit) est devenue majoritaire au Parlement, mettant fin à 17 ans de majorité chaviste. Cette crise politique portée par un mouvement de colère populaire survient sur fond de chute depuis 2014 des cours du pétrole qui frappe de plein fouet l'économie vénézuélienne, dont 95% de ses devises proviennent de l'exportation de l'«or noir». Le Venezuela dispose des plus importantes réserves de la planète.

En face, afin de ne pas laisser le champ libre au camp adverse ce week-end, le gouvernement organisera, demain, en parallèle, une répétition du vote du 30 juillet pour élire les constituants. A l'occasion de ce scrutin-ci, les autorités électorales ont prévu d'installer quelques 2 000 machines de vote.

Pour la MUD, la consultation sera le «détonateur» de la dernière phase pour sortir Nicolas Maduro du pouvoir et elle promet d'amplifier la mobilisation, sans écarter une grève générale.

De son côté, le chef de l'Etat assure que la Constituante apportera la stabilité économique et politique. «Le 30 juillet se décide le destin du Venezuela, pour sauver la patrie de l'agression fasciste impérialiste», a déclaré jeudi le président Maduro.

Le camp gouvernemental a laissé voir quelques fêlures, notamment avec les prises de position de plus en plus critiques de la procureure générale Luisa Ortega, une chaviste entrée en dissidence. Elle est menacée d'un procès qui pourrait conduire à sa destitution et elle doit être fixée sur son sort prochainement. D'autres chavistes, dont d'anciens ministres de l'ancien chef de l'Etat, ont fait part de leurs critiques contre le gouvernement, rejetant la Constituante et considérant légitime la consultation de l'opposition.

Pour l'analyste Benigno Alarcon, si le plébiscite organisée par les antichavistes «n'est pas légalement contraignant», il l'est en revanche «politiquement». «Il sera très compliqué pour le gouvernement de donner une viabilité politique ou une gouvernabilité à une Constituante qui naîtrait avec une abstention très forte, par opposition à une consultation qui pourrait avoir une participation très élevée», ajoute-t-il.

L'Eglise catholique aussi est montée au créneau, dénonçant «l'inscription dans la Constitution d'une dictature militaire, socialiste, marxiste et communiste» et appelant lundi M. Maduro à renoncer à son projet.

AFP

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