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Sport | Par A. Lemili | 16-07-2017

Plafonnement des salaires des footballeurs

L’agit-prop des présidents de clubs

S’agissant des droits des footballeurs, tant que la situation est telle qu’elle est aujourd’hui, le président de la Fédération algérienne de football, visiblement très légaliste, a raison quand il menace les clubs «qui n’honorent pas leurs engagements». Et la loi est de son côté

Le sujet relatif au plafonnement des salaires des footballeurs n’a pu être évité lors de la dernière rencontre entre le président de la Ligue de football professionnel et les présidents de clubs de ligue 1 et 2. Et la décision finale qui en a découlé ne s’invente pas. «Une commission composée de quelques présidents pour réfléchir sur la question a été constituée», et pouvait-il en être autrement comme justificatif à même de renvoyer aux calendes grecques un problème qui embarrasse tout le monde, mais sur lequel il y un réel consensus, celui de laisser au libre arbitrage des dirigeants de clubs de fixer les salaires et les joueurs d’en agencer le niveau à leur gré. Les cris de vierges effarouchées poussés ici et là par les représentants des clubs au cours de rencontres périodiques ne sont que de l’esbroufe. Sans plus. Comble du paradoxe, si le président de la LFP ne semble pas s’opposer à un plafonnement des salaires, la mesure et tout autrement perçue par le président de la FAF qui, lui, considère que «personnellement je ne crois pas au plafonnement des salaires, Il existe une réglementation du droit du travail qu’il faut respecter et qui, justement, ne parle d’aucun plafonnement et cela quel que soit le domaine d’activité. Les clubs sont des entreprises libres. Maintenant si les clubs n’honoreront pas leurs engagements, des mesures seront prises au moment voulu ». Et Kheireddine Zetchi n’a surtout pas tort dans la mesure où la réglementation sur les relations de travail (loi 90-11) n’évoque pas le sujet comme en témoigne ses articles 1 et 2 :

«Article 1. - La présente loi a pour objet de régir les relations individuelles et collectives de travail entre les travailleurs salariés et les employeurs.

Art 2. - Au titre de la présente loi, sont considérés travailleurs salariés, toutes personnes qui fournissent un travail manuel ou intellectuel moyennant rémunération dans le cadre de l'organisation et pour le compte d'une autre personne physique ou morale, publique ou privée, ci-après dénommée ‘’ employeur ‘’». Ceci étant et pour mettre au clair la question de la rémunération, la loi dispose en ce sens dans l’article 4 que «Nonobstant les dispositions de la présente loi et dans le cadre de la législation en vigueur, des dispositions particulières prises par voie réglementaire préciseront, en tant que de besoin, le régime spécifique des relations de travail concernant les dirigeants d'entreprises, les personnels navigants des transports aériens et maritimes, les personnels des navires de commerce et de pêche, les travailleurs à domicile, les journalistes, les artistes et comédiens, les représentants de commerce, les athlètes d'élite et de performance et les personnels de maison». Il parait pour le moins étrange que le cas d’un athlète d’élite et de performance soit aussi délicat que celui des personnels de maison mais tout cela n’interfère en rien sur la clarté de l’absence de solution comme l’a si bien souligné le président de la Fédération au cours de sa conférence. Autrement dit, toute mesure qui pourrait être prise et qui ne serait pas inscrite dans le cadre de la loi ne serait en réalité que caduque et surtout facilement démontable pour tout salarié qui s’aviserait d’aller en justice pour retrouver ses droits. Enfin, s’agissant toujours des droits des footballeurs tant que la situation est telle qu’elle est aujourd’hui, Zetchi, visiblement très légaliste, a encore une fois raison quand il menace les clubs «qui n’honorent pas leurs engagements», parce qu’une fois encore la loi est de son côté avec l’article 88 : «L'employeur est tenu de verser régulièrement à chaque travailleur et à terme échu, la rémunération qui lui est due.» Ce qui, est-il besoin d’insister là-dessus, rarement si ce n’est jamais le cas. la ré-évocation de ce dossier laisse la nette impression que les présidents de clubs ont tout juste cherché à meubler l’ordre du jour tant il n’échappe plus au sportif lambda qu’en réalité ces derniers trouvent largement et très lucrativement leur compte pour ne pas dire «leurs comptes» compte tenu de la très réelle arnaque dans la conclusion des contrats de recrutement et évidemment de la fixation des salaires sur lesquels nombreux sont les intervenants qui prennent leur dîme.

En conclusion, le plafonnement des salaires ils en auront parlé et ils en reparleront le cas échéant durant l’intersaison de la saison 2018/2019. Ils n’en demeurent pas moins que les plus rassurés demeurent les joueurs qui ne feront jamais de bile au sujet des rémunérations de nababs qu’ils perçoivent parce qu’ils savent qu’ils restent gagnants à tous les coups

A. L.

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