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Economie | Par Bahia Aliouche | 24-07-2017

L’Algérie se limite actuellement uniquement à extraire les matières premières

Passage imminent à la valorisation des hydrocarbures primaires

L’Algérie opte aujourd’hui pour le passage à la valorisation des hydrocarbures primaires. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, est revenu, en juin dernier, sur cette question. Intervenant après l'adoption du Plan d'action du gouvernement par le Conseil des ministres qu'il avait présidé, le Chef de l'Etat avait ainsi «invité le gouvernement à valoriser davantage toutes les ressources et richesses dont dispose le pays, y compris les hydrocarbures fossiles conventionnels». Pour ce faire, l’Algérie compte développer la pétrochimie. Un programme dans ce sens est en cours de maturation et devra prendre forme au début de l’année 2018

L’activité de raffinage a connu, ces dernières années, une évolution remarquable en matière de production, conséquence directe du bon fonctionnement des raffineries rénovées, notamment celles de Skikda et d’Arzew. La mise en service de ces deux raffineries a permis la réduction des importations de gasoil et d'essences de l'ordre de 1 milliard de dollars après avoir atteint 3,5 milliards de dollars, en 2014. Le recours aux importations a été rendu nécessaire par le besoin de combler le déficit créé par les arrêts pour entretien et rénovation des raffineries d'Alger, Skikda et d’Arzew, alors que la demande ne cessait de croitre. Notons, à ce titre que la consommation du gasoil, carburant très prisé pour son prix bas et pour ses utilisations multiples dans l'industrie et l'agriculture, a explosé ces dix dernières pour atteindre un taux de croissance annuel de 7%. Cette hausse est due notamment à une croissance spectaculaire du parc automobile national. Ainsi, pour répondre aux besoins nationaux en produits dérivés dont le gasoil, Sonatrach a lancé un programme de développement de l’industrie du raffinage. Un programme scindé en deux axes, en l’occurrence la réhabilitation des vielles raffineries pour porter les capacités installées de 22 à 27 millions de tonnes par an, mais aussi la réalisation de nouvelles raffineries afin de rehausser les capacités de production et de traitement des produits dérivés pour répondre aux besoins nationaux, et en exporter les excédents, mais surtout pour installer des équipements aux fins de sécurité, afin de parer aux multiples risques guettant aujourd’hui ces structures stratégiques. Le plan de réhabilitation qui a coûté la somme de 4,5 milliards de dollars à la compagnie nationale Sonatrach a concerné donc la raffinerie d’Alger, Arzew et de Skikda. Avant sa rénovation, la raffinerie d’Arzew traitait 2,5 millions de tonnes par an de pétrole brut saharien et 280 000 tonnes de pétrole importé. Aujourd’hui, sa capacité de traitement est passée à 3,8 millions de tonnes par an. Pour ce qui est de la raffinerie de condensat de Skikda qui avait une capacité de traitement de 5 millions de tonnes par an et 20 000 tonnes de bitumes, elle traite, après la rénovation de son complexe, 980 000 tonnes de gasoil, 550 000 tonnes de fuel et 490 000 tonnes d’essence normale ainsi que 120 000 tonnes de bitumes. A cela s’ajoute le méga train GPL à proximité de la région qui a coûté 2,9 milliards de dollars pour sa réalisation. Son niveau de production de 4,7 millions de tonnes vise à augmenter les capacités de traitement de gaz de Sonatrach. Ce qui permettra d’approvisionner les clients traditionnels et conquérir d’autres marchés en Asie et en Amérique. La raffinerie d’Alger, une fois mise en service, verra sa capacité de production en gasoil passer de 737 000 tonnes/an à 1,18 million de tonnes/an, ainsi qu'un doublement de la capacité de production de l'essence super avec une hausse conséquente des capacités de stockage de carburants. En plus de ce programme de réhabilitation, visant à conserver et à viabiliser l’outil existant, la Sonatrach avait prévu la création de trois nouvelles raffineries à Tiaret, Biskra et Hassi-Messaoud, d’une capacité de production de 9 millions de tonnes de gasoil, et de 4 millions de tonnes supplémentaires d’essence. Néanmoins, le recul des prix du pétrole (sous la barre des 50 dollars, actuellement contre 115 dollars avant la mi-2014), a contraint le groupe Sonatrach à revoir «la planification de ses investissements, notamment en termes de priorité, selon le P-dg du groupe, Abdelmoumène Ould Kadour qui prévoit, à ce titre la possibilité de concrétiser l'ensemble des cinq nouvelles raffineries ou simplement une partie. Selon lui, la réalisation de la raffinerie de Hassi Messaoud (sud-est du pays) est retenue comme première priorité de ce plan, vient ensuite celle de Tiaret (ouest) puis de Biskra (sud-est) dans une seconde étape.

L’impératif de transformer localement nos matières premières des hydrocarbures

Aujourd’hui, le groupe Sonatrach, selon son P-dg, vise une nouvelle approche économique basée sur la transformation locale des matières premières des hydrocarbures. Le groupe travaille ainsi avec des partenaires étrangers dans le cadre de cette nouvelle approche économique qui permettra, par la suite, au pays d’exporter «autre chose que du brut et du gaz», comme l’a souligné récemment M. Ould Kadour lors d’un point de presse tenu à l’issue d’une visite à Gassi Touil et à Hassi Messaoud. Considérant qu’il s’agit d’un «non sens» pour un pays de se limiter à extraire uniquement les hydrocarbures, le premier responsable de Sonatrach a soutenu que l’Algérie a opté pour le passage «imminent» à la valorisation des hydrocarbures primaires. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, faut t-il le rappeler, est revenu, en juin dernier, sur cette question de «valorisation des hydrocarbures primaires». Intervenant après l'adoption du Plan d'action du gouvernement par le Conseil des ministres qu'il avait présidé, le chef de l'Etat avait ainsi «invité le gouvernement à valoriser davantage toutes les ressources et richesses dont dispose le pays, y compris les hydrocarbures fossiles conventionnels». Pour ce faire, l’Algérie qui exporte ses produits bruts, compte aujourd’hui, selon le patron de Sonatrach, développer la pétrochimie. Un programme dans ce sens est en cours de maturation et devra prendre forme au début de l’année 2018. Sonatrach est déjà en discussions avec divers partenaires internationaux technologues pour la réalisation en partenariat de cinq projets pétrochimiques. Il s’agit du projet de complexe de craqueur éthane et GPL d’un million de tonnes d’éthylène, du projet de complexe de PDH PP d’une capacité de 600 000 tonnes et du projet de complexe de méthanol et dérivés d’une capacité d’un million de tonnes. Les deux autres projets concernent le complexe de caoutchoucs synthétiques ainsi que le projet de complexe de pneus de 5 millions d’unités. Le groupe a aussi lancé dans le domaine de la pétrochimie trois projets en effort propre, dont le premier concerne le projet de réhabilitation de l’unité éthylène du complexe pétrochimique de Skikda pour produire 120 000 tonnes d’éthylène/an. A cela s’ajoutent la réalisation d’un complexe de production de méthyl tert-butyl éther (MTBE) d’une capacité de 200.000 tonnes/an et le projet de complexe de l’alkyl linéaire de benzène (LAB) d’une capacité de 100 000 tonnes/an.

B. A.

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