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Magazine | Par le Nouvel Obs | 25-07-2017

Lutte contre le sida 

Trump veut réduire les financements sur le dos des malades

Lors de l'ouverture de la conférence de recherche sur le sida à Paris, dimanche dernier, les organisateurs ont exprimé leurs inquiétudes face à la baisse des financements des Etats-Unis dans la lutte contre le sida.

Historiquement, les Etats-Unis sont le plus gros contributeur dans la lutte contre le sida. Et pour cause, ils représentent à eux seuls plus des deux tiers des financements gouvernementaux internationaux. Problème, le président Donald Trump menace d'importantes coupes budgétaires ces financements, indispensables pourtant dans le combat contre le VIH.

A l’occasion de l’ouverture de la conférence internationale de recherche contre le sida, dimanche 23 juillet, les organisateurs ont publié une «Déclaration de Paris» pour exprimer leurs craintes face à cette annonce du président Trump. Un appel qui donne une coloration politique inhabituelle à cette conférence scientifique, qui réunit la fine fleur de la recherche mondiale jusqu'à mercredi au Palais des Congrès. Face à cette inquiétante décision de Donald Trump de réduire les dépenses dans le budget 2018 pour un montant global évalué à plus d’un milliard de dollars par l’ONG américaine Health Gap, les associations de lutte contre le sida tirent la sonnette d'alarme. La chercheuse, présidente de la Société internationale du sida (IAS), qui coorganise la conférence avec l'agence française Anrs, insiste sur la présence américaine dans la lutte contre l’épidémie.

En effet, les Etats-Unis représentent à eux seuls plus des deux tiers des financements gouvernementaux internationaux dans ce domaine. En 2016, ils ont consacré 4,9 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) à des programmes de lutte contre le virus, très loin devant le Royaume-Uni (645,6 millions) et la France (242,4 millions). Pour Linda-Gail Bekker, ce désengagement financier aurait de lourdes conséquences, qui se traduiraient notamment par des morts et des contaminations supplémentaires.  

«Des coupes draconiennes dans la recherche et le financement de la lutte contre le sida seraient une catastrophe que nous ne pouvons pas nous permettre.»

Mais, pour le président des Etats-Unis, cette coupe budgétaire n’a rien d’inquiétant. Il compte même sur la générosité d'autres pays pour pallier cette baisse de fonds... Il écrivait, en mai dernier, dans un projet de budget : «Il faut réduire les financements de plusieurs programmes de santé, dont certains concernent le sida, en considérant que d'autres donneurs devraient augmenter leur contribution.»

Parmi les coupes envisagées, une baisse de 17% de la contribution américaine au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Elle ne se monterait plus qu'à 1,13 milliard de dollars, soit 222 millions de moins qu'en 2017... Alors que les Etats-Unis représentent un tiers du financement de ce fonds.

Si ces économies sont adoptées par le Congrès, ces coupes priveront 830 000 patients, essentiellement africains, d'antirétroviraux, traitements qui empêchent le développement du virus, estime la Kaiser Family Foundation, organisation américaine à but non lucratif spécialisée dans les politiques de santé. En outre, cette révision budgétaire à la baisse entraînerait 200.000 nouvelles infections, selon l’organisation.

Alors que les progrès de la lutte contre le sida sont notables, les inquiétudes liées aux budgets en baisse, quant à elles, se manifestent. Linda-Gail Bekker, insiste : 

«Cette semaine nous allons montrer que les investissements dans la lutte contre l'épidémie ne sont pas perdus : cet argent n'est pas gaspillé, il sauve des vies.»

Depuis 2005, le nombre de morts de maladies liées au sida a été divisé par deux dans le monde (un million en 2016), a annoncé jeudi l'Onusida, le programme de coordination de l'ONU. L'an dernier, 36,7 millions de personnes vivaient avec le VIH et plus de la moitié (19,5) avait accès aux traitements.

En 2016, 19,1 milliards de dollars ont été réunis par des donateurs publics et privés dans le monde entier en faveur de la lutte contre le VIH.

Une belle et importante récolte. Mais, qui n'est malheureusement pas encore suffisante pour atteindre le but fixé par l'ONU en 2020 : que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, que 90% de ces dernières soient sous traitement, et que parmi celles-ci, 90% aient une charge virale indétectable.

Pour être sûr que cet objectif soit réalisé dans trois ans, il faudrait que l'ONU atteigne la somme de 26,2 milliards de dollars (soit 7 milliards de plus qu'en 2016). Une intention qui risque d'être mise à mal par le potentiel retrait financier des Etats-Unis dans ce combat. Et aux associations engagées dans cette cause de rappeler : »Pas de fin du VIH sans la recherche et pas de recherche sans des investissements pérennes.»

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