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International | Par Mohamed Bouhamidi | 25-07-2017

Divergences et convergences sur la question syrienne

Trump et Israël dans le désordre du monde

A en croire Haaretz, dans son édition de samedi 22 juillet 2017, (1) «Donald Trump a officiellement fait don de la Syrie aux Russes et aux Syriens». Il s’agit de l’accord de désescalade conclu entre les présidents Poutine et Trump et qui mèneraient le sud syrien vers un gel des combats entre miliciens et armée syrienne, à l’exclusion d’El Nosra, groupe tenu pour terroriste par les instances onusiennes et par les USA eux-mêmes, mais qu’Israël soutient, finance, aide et soigne ses blessés au besoin.

A en croire Haaretz, dans son édition de samedi 22 juillet 2017, (1) «Donald Trump a officiellement fait don de la Syrie aux Russes et aux Syriens». Il s’agit de l’accord de désescalade conclu entre les présidents Poutine et Trump et qui mèneraient le sud syrien vers un gel des combats entre miliciens et armée syrienne, à l’exclusion d’El Nosra, groupe tenu pour terroriste par les instances onusiennes et par les USA eux-mêmes, mais qu’Israël soutient, finance, aide et soigne ses blessés au besoin.

La charge est sévère et elle reflète le degré de déception des milieux sionistes en général et d’Israël en particulier. Le journal pointe la décision de la CIA et de Trump de ne plus livrer d’armes aux «rebelles modérés» et de ne plus poursuivre le but de renverser Assad. Dans le brouhaha qui entoure cette question syrienne ne comptez pas sur les médias dominants pour relever que le renversement d’Assad n’était pas un but syro-syrien, mais un objectif international sur lequel Israël et les milieux sionistes ont tellement investi que ce journal Haaretz, emblématique de ces milieux, s’en prend à Trump. Ce qui n’est pas peu, au vu des décisions formelles qu’il a prises de transférer l’ambassade US à El Qods occupée et de ne noter que pour la forme les difficultés supplémentaires d’une construction trop échevelée de nouvelles colonies. Il a surtout fait avancer à pas de géant l’officialisation des ententes et des alliances israélo-arabes avec certains pays du Golfe et de la région. Il a fait enterrer au cours de son fameux sommet arabe, toute idée d’une urgence palestinienne et toute prétention palestinienne à être une question arabe. Il a fait avancer le projet le plus cher à Israël, unir les pays arabes à majorité sunnite dans une alliance anti-iranienne, qui rapprocherait cet Etat des frontières de l’Iran et faciliterait l’action de ses avions et de ses missiles. Trump a pris les positions les plus pro-sionistes et pro-Israël de tous les Présidents américains passés et probablement à venir. Jared Kushner, son gendre, animateur du soutien aux colonies israéliennes, y est certainement pour quelque chose.

Mais la réaction de Haaretz, tenu pour un média sérieux, indique qu’une divergence majeure, d’intérêt ou de vision, oppose finalement Trump à Netanyahu, ou plus précisément, oppose une équipe américaine à Netanyahu. Elle serait composée essentiellement de Matis, le chef du Pentagone, et de Tillerson, le chef de la diplomatie, ainsi qu’un haut conseiller de Trump.

La plupart des analystes affirment que la position israélienne qui a été favorable à l’accord. Il l’aurait donc d’abord perçu comme un gel des hostilités avec maintien des zones ou territoires sous le contrôle des forces qui l’occupent, armée syrienne ou milices terroristes. Ce qui comblait Israël par la réalisation de trois objectifs en un seul. Premièrement reproduire l’expérience d’Antoine Lahd le général libanais qui a offert aux Israéliens des services éminents de contrôle du sud Liban et de missions supplétives contre les résistants. Deuxièmement grâce à ces troupes harkis créer une zone tampon qui l’isolerait du danger syrien, hezbollahi ou iranien et qui deviendrait un micro Etat dépendant pour sa sécurité. Mais, troisièmement, et surtout, forcer la reconnaissance internationale de l’annexion du plateau du Golan, au vu de l’apparition de ces cantons qui annuleraient ipso facto, toute souveraineté syrienne sur quoi que ce soit, par mort, violente certes, mais mort en bonne et due forme de la Syrie partie aux guerres arabes avec Israël, membre de l’ONU donc en capacité de recourir au droit international. Ce même droit international qui gêne Israël pour judaïser El Qods sans compte à rendre, maintenir en authentique camp d’internement les Ghazaouis et les écraser régulièrement sous les bombes.

Il a fallu vingt-quatre heures chrono pour que les dirigeants d’Israël comprennent que les Américains avaient mis le pied au sol et que les bottes US qui devaient rester à l’écart des combats tout en formant et encadrant les terroristes venus de quatre-vingt pays décider démocratiquement de ce que doit être le devenir de la Syrie, peuple, terre et Nation.

Les chefs militaires réputés les plus durs ont indiqué à Trump la difficulté de réussir les buts que plus de six ans de guerre n’ont pas réalisés.

Les mêmes analystes notent qu’Israël s’en prend directement ou par médias interposés à Trump pour le mettre sous pression pour l’obliger à rester sur une ligne anti-russe et anti-iranienne et pour ramasser quelques atouts qui auraient échappé au regard des Russes. Israël a raison de mettre la pression sur Trump.

De l’autre côté dans une touchante unanimité Démocrates et Républicains (2) ont adopté une nouvelle série de sanctions contre la Russie, l’Iran dans une forme qui ne laisserait au Président américain peu de chances de les modifier. Même en l’absence de John Mac Cain malade, le parti les réseaux Obama dans l’Etat profond, dans l’administration et dans les chambres empêchent Trump de devenir véritablement un Président incontesté et maître du gouvernail, si jamais un président américain a été maître de diriger cet Etat. La stratégie d’Israël tout en prenant sans hésitation tout ce que lui offre Trump, a intérêt à contre carrer ses velléités de rapprochement avec les Russes fût avec le plein appui de cercles militaires bien informés des réalités du terrain.

L’axe d’efforts principal d’Israël, comme auraient dit les généraux russes, est d’empêcher à tout prix un rapprochement USA - Russie et USA - Iran éventuellement. La base de cette phobie est totalement rationnelle, il faut le reconnaître. La Russie se bat sur le principe du droit international actuel qui stipule la souveraineté des Etats, formellement en vigueur malgré les nombreuses transgressions des USA et des pays de l’Otan. Israël plus que tout autre entité ne peut accepter aucune norme qui soit supérieure à sa volonté de puissance, ses besoins, ses fantasmes ou ses angoisses existentielles ou pas. Tout doit être détruit dans un rayon de plus de deux mille kilomètres, incluant l’Iran et l’Algérie. Aucune nation ou pays ne doit avoir le niveau technologique suffisant à la fabrication de n’importe quelle arme, serait-elle une fronde, avec pour preuves «anti-sémites» le souvenir des pierres de l’intifadha et du poème de Derwish leur rappelant : «… Vous ne saurez pas / comment les pierres de notre terre / bâtissent le toit du ciel» (3).

Bref, la Russie, malgré les nombreuses visites de Netanyahu à Moscou et ses plaintes ritournelles, ne peut être stratégiquement un ami d’Israël tant qu’elle défend le droit des Etats nationaux. La démarche des USA de sanctionner Etats étrangers, banques, entreprises, personnes physiques, etc. etc. installe la démarche totalement inverse d’étendre les lois US aux autres pays du monde comme s’ils étaient sous leur juridiction.

Les USA et la Russie avaient pourtant fait part, selon Lavrov, des intérêts d’Israël et l’en avait informé (4). Sa réaction est donc hautement significative de ses déceptions.

Nous pouvons, bien sûr, nous interroger sur la capacité des stratèges occidentaux à évaluer leurs chances de réussir et de manœuvrer sur le terrain du proche orient actuel.

Posons la question la plus simple : pourquoi Nasrallah dit en 2013, après la bataille de  Qousseir qui a fait réduit à néant les chances des terroristes de prendre la totalité de Homs, que le projet de destruction de l’Etat syrien a échoué et en 2017 les avancées de l’armée syrienne lui donnent raison ? Et pour quoi toute la clique des dirigeants impérialistes serinent depuis 2011 que Bachar en a pour quelques semaines tout au plus et se retrouvent avec tout faux en 2017, en train de manœuvrer pour conserver dans leur échec, quelques cartes qui ressemblent plus à des cailloux dans la chaussure qu’à des gains stratégiques ?

Car il faut bien en revenir aux constats de terrain, «aux vérités de situation», selon la formule de Ph. Grasset.

Et d’un Israël selon ses propres promoteurs et fondateurs devait être la tête de pont de l’Occident au Moyen-Orient et accomplir les sales besognes de destruction du nationalisme arabe. Il en est aujourd’hui à se défier du Hezbollah qui n’a quand même pas la taille d’une varie armée et à pleurnicher devant la menace iranienne. Il demande à Trump d’assurer sa sécurité alors que Condoleezza Rice le chargeait en 2006, encore le Hezbollah. Force nous est de constater que les USA à travers leurs bases au nord et au sud syrien en sont à défendre leurs propres intérêts sans garantir tout à fait et en dehors des discours les intérêts d’Israël. Il fallait le noter.

Les alliés des USA sont dans une spirale de disputes, de malentendus et de conflits, la plupart issus de leur échec dans l’entreprise syrienne. Au-delà de leur caractère burlesque, les accusations mutuelles saoudo-qataries de financement de terrorisme montrent bien que l’unité d’orientation des «amis» de la Syrie menés par les USA cachaient des dissensions et des chapelles minées par des querelles et des concurrences de courtisanes zélées auprès du grand maître protecteur au sens de la traite des blanches.

Cet échec a amené la Turquie à comprendre tardivement que son propre démembrement pouvait arriver à l’ordre du jour, avec la création d’un Etat kurde syrien dont la dynamique «nationale» le mènerait vers une idée de Kurdistan global, transnational sur les quatre pays concernés.

Les USA doivent désormais gérer l’humeur turque qui aurait sur les questions géostratégiques des conséquences lourdes, beaucoup plus lourdes que les jérémiades de l’Etat d’Israël, criminel de masse et enfant naturel et tyrannique, première colonie multinationale de l’histoire de l’humanité. Le projet chinois en réalisation «Une Ceinture, une Route» a un puissant effet attractif et un virage vers l’Eurasie perdrait la Turquie pour l’Otan. La Chine a déjà mis deux milliards de dollars sur la table pour la reconstruction de la Syrie avec utilisation de technologies chinoises qui leur assureraient le monopole de leurs maintenances (5). Comme hier pour la millénaire route de la soie, la nouvelle passera par Palmyre.  Après ses virages et tournants au Pakistan, Iran et Turquie.

Le résulta de ce désordre et de ces échecs est la réaction de J. C. Juncker à la résolution du Congrès US d’ajouter de nouvelles sanctions contre la Russie. Il prévient que l’Europe, comprenez Bruxelles, réagirait si ces sanctions ne tiennent pas compte des intérêts de l’UE (6).

Déjà qu’il y avait de l’eau dans le gaz pour le Northstream.

Il faut rajouter la révolte palestinienne qui gronde dans El Qods et qui a obligé les domestiques arabes des USA de se réunir en urgence au plus bas niveau de représentation diplomatique et que Netanyahu laisse entendre que les portiques électroniques de détection de métaux pourraient ne pas être installés autour d’El Aqsa.

Le désordre, le désordre.

M. B.

 

1- http://www.camerounliberty.com/donald-trump-a-officiellement-don-de-syrie-aux-russes-aux-syrienshaaretz/

 

2-https://fr.sputniknews.com/international/201707241032347832-russie-USA-UE-sanctions-reponse/

3-https://blogs.mediapart.fr/edition/palestine/article/140815/passant-parmi-les-paroles-passageres

4- https://fr.sputniknews.com/international/201707171032258258-syrie-treve-russie-usa-israel/

5- http://www.atlantico.fr/decryptage/que-chinois-voient-en-syrie-que-ne-voyons-pas-en-decidant-investir-millions-valerie-niquet-2413680.html

6- http://www.atlantico.fr/decryptage/que-chinois-voient-en-syrie-que-ne-voyons-pas-en-decidant-investir-millions-valerie-niquet-2413680.html

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