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Culture | Par Sihem Bounabi | 27-07-2017

Les autorités locales doivent jouer le rôle de catalyseur

Créer une dynamique culturelle et impliquer les citoyens

La pérennité et le succès de Racont’Arts en Kabylie, un festival itinérant de village en village célébrant en ce moment sa 14e année à Ait Ouabane,  démontre la réussite d’une action culturelle multidisciplinaire grâce à l’implication des citoyens et des responsables de la commune.

La pérennité et le succès de Racont’Arts en Kabylie, un festival itinérant de village en village célébrant en ce moment sa 14e année à Ait Ouabane,  démontre la réussite d’une action culturelle multidisciplinaire grâce à l’implication des citoyens et des responsables de la commune. Ce festival a réussi à voir le jour grâce au pari fou d’une poignée d’artistes, dont les deux cofondateurs, Hacène Metref et Denis Martinez, ont impulsé une synergie, créée par les efforts conjugués des artistes, des habitants des villages et des communes organisatrices. Chaque année, un village, prend en charge pendant une semaine les artistes sur le plan de l’hébergement, la restauration et l’organisation du festival. Les artistes dorment et mangent chez les habitants du village de résidence en contrepartie ils assurent bénévolement toutes les animations du festival. Ainsi, durant une semaine, des artistes algériens et étrangers animent une myriade d’activités artistiques, de spectacles et d’ateliers culturels dans des communes qui aspirent à s’abreuver de culture. Initiative louable particulièrement en ces temps d’austérité qui frappe de plein fouet le secteur de la culture, réduisant drastiquement les activités dans les régions enclavées. Dans ce contexte, l’exemple du festival Racont’Arts est l’exception qui confirme la règle. En effet, il démontre qu’avec peu de moyens, il suffit de la bonne volonté, de part et d’autre, pour que le citoyen algérien, dès qu’il est impliqué dans une action culturelle, réponde présent, avec les moyens du bord pour que l’activité puisse être réalisée. Depuis quatorze années les initiateurs de ce concept, ont réussi à créer de véritables ilots de créativités et de brassage interculturel dont l’impact s’inscrit dans le temps, car les ateliers de formation au profit des villageois sèment les graines de la continuité. Grace à cette démarche, des villages ont droit à une véritable dynamique aux rythmes du théâtre, de la chanson, de la peinture, des arts de la rue, des conférences-débats et du cirque. Des pratiques nouvelles sont introduites pour le plus grand bonheur des habitants de la région, qui ne lésinent pas à la tâche et sont fiers de recevoir leurs hôtes, des artistes d'Algérie et d’autres pays dans une ambiance conviviale et de partage.

Aujourd’hui, il s’agit de sortir des discours nihilistes et défaitistes radotant que, faute de budget, il ne peut y avoir d’action culturelle. Certes, l’argent et le nerf de la guerre pour toute action, mais face à une situation existante la question reste posée au responsable locaux : est-ce une raison pour baisser les bras et sacrifier la culture en premier ? Il serait plus judicieux pour les responsables des communes de prendre l’exemple de ce festival pluridisciplinaire, ainsi que d’autres initiatives, pour lancer une dynamique citoyenne. Dès lors, l’action culturelle est organisée en partenariat avec les habitants des communes pour assurer la prise en charge des artistes pour l’hébergement, la restauration et l’organisation. Les responsables communaux devront assurer et les espaces d’expression. Le cadre réglementaire administratif entrave également de nombreuses actions créatives et de nombreux projets d’actions de proximité ne voient pas le jour broyés par la bureaucratie. Les communes devraient aussi être les initiatrices de ce genre d’événement, créer des passerelles entres les artistes en les conviant et les citoyens en les sollicitant pour la réussite de cette action. Peu importe le résultat, le plus important et d’impulser une dynamique et de créer la possibilité d’organiser ce genre d’événement. De nombreux artistes sont prêts à répondre à ce genre d’invitation et les exemples concrets sont multiples et Racont’Arts est la plus grande illustration. Aujourd’hui, il serait temps que toutes les parties impliquées dans l’action culturelle se retroussent les manches, sortent des sentiers battus, des paillettes et du consommable, pour aller au cœur de la société, l’Algérie profonde du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Il est temps de défricher tout ces espaces qui ne demandent qu’à vibrer dans l’art et la culture pour peu qu’on les exploite. Pour paraphraser la célèbre phrase de notre grand martyr Larbi Ben M'hidi : «jeter la Révolution dans la rue, le peuple s'en emparera», et à tous ceux qui sont sceptiques sur les potentialités populaires et le génie créatif des Algériens : «jeter la culture dans la rue, le peuple s'en emparera»,

S. B.

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