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Culture | Par Hassan Gherab | 03-08-2017

La culture pour tous, un droit dénié



Un bout de trottoir, une petite place sur un quai, un coin sur une place ou une plage suffirait largement à un artiste, ou même un groupe, qui pousserait ses vocalises et emplirait l’air ambiant de sa musique. Mais il ne suffit de le vouloir pour le pouvoir. Il faut une autorisation pour se produire dans un espace public - ce qui est normal et en vigueur dans tout pays soucieux de préserver l’ordre. Par contre, ce qui ne l’est pas, c’est le labyrinthe bureaucratique ou le ping-pong administratif auquel on est soumis pour obtenir ce bout de sésame en Algérie. On se souvient encore de la réponse du responsable du Palais des Raïs (Bastion 23) à qui nous avions proposé, il y a quelques années, l’organisation d’un happening sur la place d’en face, avec l’idée d’ameuter le public et de l’attirer ensuite, dans le sillage des artistes, vers le Bastion 23 boudé par les visiteurs : «C’est compliqué. Il faut l’autorisation des services de la sûreté urbaine - normal-, ensuite il y a le risque d’avoir une foule ingérable», nous dira-t-il. Sans commentaire. On se souvient aussi de ce jeune guitariste de rue qui s’est fait interpellé par la police à Alger - normal aussi, parce qu’il n’avait aucune autorisation. A la différence que ce dernier a trouvé chez le maire d’Alger-centre, Abdelhakim Bettache, un soutien. M. Bettache ne se contentera pas de délivrer l’autorisation au jeune chansonnier, mais il adjoindra un appel à tous les artistes qu’il invitera à venir se produire sur les places et trottoirs sous sa juridiction. C’est exactement ce qui est attendu de tous les maires, chefs de daïras et walis : aplanir le terrain pour les artistes et leur permettre d’aller à la rencontre du public. Ça ne leur coûtera rien et ça leur rapportera beaucoup, sur tous les plans : popularité, réalisation et action à porter sur leurs bilans d’exercice, socialisation de la culture, voire même quelques petites rentrées d’argent s’ils consentent une petite participation (scène, sono…) et savent y faire pour rentabiliser l’espace. Quant aux artistes, ce serait bien le diable si on n’en déniche pas une poignée dans le plus petit patelin du pays. Tout véritable artiste, quelle que soit sa renommée ou sa stature, se ferait un plaisir de se produire devant ses fans, surtout dans son bled, sa ville ou son village. Et si des associations, bien moins dotées, sauf en volonté - qui ferait pâlir de jalousie le plus entreprenant des responsables-, arrivent à animer, monter des spectacles et organiser des festivals, une administration, avec tous ses moyens, peut tout de même monter des petites scènes ou juste dégager des espaces à mettre à la disposition des artistes ! «Travaillez, prenez de la peine - C’est le fonds qui manque le moins», dit le laboureur à ses enfants dans la fable de La Fontaine. Le conseil est d’actualité et toujours valable. Les responsables et élus locaux devraient s’en inspirer. Car, la culture pour tous, telle qu’elle est définie dans la Constitution au chapitre droits, n’est finalement qu’une question de volonté et d’effort, de travail, en somme. Et ils sont payés et élus pour le faire.

H. G.

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