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Monde | Par Maria Isabel Sanchez de l’AFP | 05-08-2017

L'opposition rejette le principe même de la nouvelle Assemblée

Maduro inaugure sa Constituante au milieu de la contestation

Le Mercosur va suspendre le Venezuela jusqu'au rétablissement de la démocratie dans le pays. La décision sera annoncée aujourd’hui lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du bloc qui se tiendra à Sao Paulo

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a inauguré hier une Assemblée constituante qui lui est toute acquise, au milieu de polémiques sur sa légitimité et des contestations de l'opposition qui devait manifester à Caracas. Le parquet général du Venezuela, dirigé par la procureure dissidente Luisa Ortega, a tenté jeudi dernier de freiner la mise en place de cette Constituante et dont la légitimité est contestée : il a demandé à la justice d'annuler la séance inaugurale du lendemain. Le ministère public a précisé sur Twitter que cette demande, faite par les deux procureurs chargés de l'enquête, «se base sur la commission présumée de délits durant le processus électoral» dimanche.

Cette demande du parquet a été lancée après l'ouverture d'une enquête, mercredi soir dernier, a précisé le ministère public. Elle intervient après les révélations de l'entreprise britannique chargée des opérations de vote qui estime que la différence entre la participation réelle et celle annoncée par les autorités est «d'au moins un million de votes». «Nous savons, sans le moindre doute, que (les chiffres de) la participation à l'élection d'une Assemblée constituante nationale ont été manipulés», a déclaré Antonio Mugicala, le P-dgde SmartMatic. L'initiative du parquet a cependant peu de chances d'aboutir, ses précédentes décisions ayant toutes été neutralisées par la Cour suprême (TSJ), accusée par l'opposition d'être inféodée au pouvoir. Dotés de pouvoirs illimités durant un temps indéfini, les 545 membres de l'Assemblée sont pour la plupart issus de la société civile et appartiennent tous au camp présidentiel, l'opposition ayant boycotté le scrutin. Ils commenceront à siéger dans le «salon elliptique» du Parlement, à quelques mètres de l'hémicycle dans lequel se réunissent les députés élus fin 2015. L’Assemblée constituante se situe au-dessus de tous les pouvoirs, y compris du chef de l'Etat. Elle aura pour mission de réécrire la Constitution du Venezuela de 1999, promulguée par Hugo Chavez. Son élection dimanche, entachée par des violences qui ont fait dix morts, a suscité un tollé international. Plus de 120 personnes ont été tuées en quatre mois de manifestations contre le président. De son côté, l'opposition entend continuer de siéger au Parlement où elle est majoritaire, faisant craindre des tensions au sein du bâtiment. Le camp présidentiel a notamment promis de rapporter les portraits du défunt président Hugo Chavez (1999-2013) que les antichavistes (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013) avait décroché après leur victoire aux législatives de fin 2015. A l'extérieur aussi : partisans du gouvernement et de l'opposition défileront à Caracas. Cible d'une vague de contestation l'accusant de vouloir étendre ses pouvoirs et prolonger son mandat, M. Maduro entend, grâce à cette Constituante, «perfectionner» l'économie et inscrire ses programmes sociaux dans la Constitution. Confronté à une inflation vertigineuse (projection de 720% pour 2017 selon le FMI), le gouvernement impose depuis 2003 un strict contrôle des prix qui pèse sur la rentabilité des entreprises locales, qui accusent le gouvernement de provoquer ainsi des pénuries. Cette assemblée «naît avec du plomb dans l'aile. Mais peu importe pour Maduro, il veut seulement une Constituante à sa mesure», juge l'analyste Luis Salamanca. L'opposition continue à contester le principe même de ce «super pouvoir», les leaders antichavistes évoquant son «illégitimité». «La lutte continue. La fraude que représente cette Constituante met le pays sur la voie d'une explosion sociale. Ce processus est nul. C'est le début de la fin» a déclaré Henrique Capriles, l'un des chefs de l'opposition. Selon les autorités, plus de 8 millions d'électeurs, soit 41,5% du corps électoral, ont participé à l'élection des membres de la Constituante. Soit un chiffre supérieur aux 7,6 millions de voix réunies par l'opposition le 16 juillet, lors d'un référendum contre le projet de Constituante. Chaque camp conteste les chiffres de l'autre et les accusations de «manipulation» lancées par la société chargée des opérations de vote ont fait bondir les autorités. La Constituante est rejetée par 72% des Vénézuéliens, d'après l'institut de sondages Datanalisis. Les antichavistes ont boycotté le scrutin de dimanche en dénonçant sans relâche une «fraude» visant à prolonger le pouvoir de M. Maduro, dont le mandat s'achève en 2019. Enfin, la Constituante fait face à un opprobre international après l'arrestation dans la nuit de lundi à mardi dernier de deux des figures de l'opposition, Leopoldo Lopez et le maire de Caracas Antonio Ledezma.

AFP

 

Le Venezuela va être suspendu du Mercosur

Le Mercosur va suspendre le Venezuela jusqu'au rétablissement de la démocratie dans le pays, a-a indiqué une source gouvernementale brésilienne, jeudi dernier, à Reuters. La décision sera annoncée aujourd’hui lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du Mercosur qui se tiendra à Sao Paulo. Elle s'est imposée, souligne-t-on de même source, en raison de l'élection de l’Assemblée constituante et l'arrestation de dirigeants de l'opposition. Le Mercosur, bloc sud-américain de libre échange formé outre le Venezuela de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay, fera valoir sa clause dite démocratique pour suspendre Caracas, dit-on de même source. Dominé pendant des années par des gouvernements de gauche, plutôt favorables au pouvoir en place au Venezuela, ce marché commun a rebasculé à droite avec l'arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants en Argentine puis au Brésil.

 

Les pays latino-américains accentuent la pression sur Caracas

Le Pérou n'exclut pas de rompre ses relations diplomatiques avec le Venezuela, a dit jeudi son ministre des Affaires étrangères, illustrant la pression croissante que ses voisins exercent sur Caracas en raison de ce qui est perçu comme une dérive autoritaire. Le Pérou a invité plusieurs pays de la région à une réunion mardi prochain à Lima pour discuter d'une approche régionale commune. Le ministre péruvien des Affaires étrangères, Ricardo Luna, a dit jeudi à la presse que «toutes les options étaient sur la table», rapporte Reuters. A la question de savoir si Lima excluait une rupture des relations diplomatiques, il a répondu : «Non, pas du tout.» Mais, a-t-il souligné, le Pérou préfère attendre le résultat de la réunion de mardi à laquelle devraient assister ses homologues d'au moins neuf pays d'Amérique latine (Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panama et Paraguay) plus le Canada. Aucun pays n'a pour l'heure rompu ses relations diplomatiques avec le Venezuela mais le Pérou s'est montré en pointe parmi les détracteurs du président Maduro. Ce dernier considère que les critiques émises à son endroit en Amérique latine relèvent d'une «agression impérialiste» orchestrée de Washington par le président Donald Trump.

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